Tant qu’il y a la croix... (2)

Question : pourquoi les transnationales n’exploitent-elles pas l’eucalyptus dans leurs propres pays ? L’activiste norvégienne Ingeborg Tangeraas, de l’Union des exploitants et petits agriculteurs déclare : « Aracruz est en train de voler ou occuper un territoire d’indigènes et cela a créé une forte réaction dans notre population. Il y a beaucoup de forêt en Norvège, comme également en Suède et en Finlande, qui forment la Scandinavie, au nord de l’Europe, où a été fondée la société Stora Enso, qui produit aussi de la cellulose au Brésil. Pourquoi ne produisent-elles pas la cellulose là-bas en Europe ? Pour pouvoir utiliser le bois des arbres de Scandinavie il faut les laisser pousser entre 10 et 30 ans. Alors que l’eucalyptus peut être utilisé dès 7 ans. Et il est beaucoup moins cher de produire au Brésil, la main-d’œuvre étant meilleur marché ». Impossible d’être plus clair.

« Comme si ce n’était pas assez, ils reçoivent en plus de grosses incitations du gouvernement, depuis l’époque de la dictature militaire (quand ils furent favorables à l’occupation de terres indigènes quilombolas) [2] », dit Cristiano Kern Hickel, de l’Institut Gaucho d’Etudes Environnementales. « En décembre 2005, Aracruz a bénéficié d’un prêt de 297 millions de Reais [environ 100 millions d’euros] approuvé par la BNDES lequel, entre autres, servira pour la modernisation de son usine de cellulose dans le Rio Grande do Sul. Le délai de carence des crédits de la BNDES est de 21 mois, les paiements de l’emprunt ne commençant qu’à partir de là : les délais des amortissements vont jusqu’à 84 mois. Tout cela à des taux incroyables : jusqu’à 2% par an. La BNDES a aussi prêté 318 millions de dollars pour la construction de l’usine de la Veracel (possédée par Aracruz Celulose et Stora Enso, qui sont concurrentes mais en même temps associées, qui comprend ?), dans l’état de Bahia. En plus du gouvernement fédéral, le gouvernement du Rio Grande do Sul a déjà investi plus de 29 millions de Reais, depuis 2004, dans l’agrobusiness « forestier ». Avec autant d’alliés, il est facile d’atteindre un bénéfice net de 1,2 milliard de Reais (comme en 2005) ».

(Malgré cela, le président Lula proclame son appui supposé à l’agriculture familiale. Mais les taux d’intérêts pratiqués par le Programme National de l’Agriculture Familiale (Pronaf) vont jusqu’à 8,75 % par an, scandaleux si on les compare à la manne accordée à Aracruz).

Il faut toutefois démonter le « discours pro-science et technologie », et se demander à qui bénéficie son application. Les femmes du MST ne sont pas luddites. Elles ne sont opposées ni à la science ni à la technologie. Mais elles luttent pour la défense d’un pays propre, sain, juste et souverain. Les médias vassaux de l’empire ne supportent rien de cela.

À propos, aussi, de l’extrême partialité des médias, j’approuve la réplique du lecteur Cid, de Fortaleza. Après avoir critiqué le ton « alarmiste » (l’adjectif est le mien) adopté par un journaliste dans certains articles, Cid observe que des nouvelles, même importantes, ne sont pas publiées si elles touchent à certains intérêts. Il donne l’exemple concret d’un scandale dûment étouffé par les médias nationaux : en janvier 2006, une personalité du PSDB (Parti de la social-démocratie brésilienne) de l’Etat de Tocantins a été arrêtée dans l’intérieur du Pará, alors qu’il transportait 500 kg de cocaïne. « Devinez ce qu’ils auraient fait si cela avait été quelqu’un du PT (Parti des travailleurs) ? », demande-t-il. Suit la note qu’il a envoyée :

« Les Brésiliens qui voudraient savoir qui était derrière les 500 kg de cocaïne saisis la semaine dernière dans l’intérieur du Pará devront avoir recours à la presse argentine, plus précisément au journal La Nación, car, au Brésil, aucun grand journal n’a donné l’information qu’il s’agissait du tucano [3] Misilvam Chavier dos Santos, connu sous le nom de Parcerinho, qui transportait la drogue.

Misilvan a été candidat à la mairie de Tupiratins (Tocantins) pour le PSDB en 2004 et a perdu l’élection pour moins de 50 voix. À cette occasion, il a reçu un fort appui du sénateur Eduardo Siqueira Campos, qui est aussi du PSDB de Tocantins. Parcerinho a été arrêté dans un autocar à Castanhal, commune du nord-est du Pará (à 100 km de Belém), dans la nuit de vendredi, alors qu’il venait de São Paulo. Misilvan tentait de retourner dans le Tocantins après qu’un chargement de 500 kg de cocaïne ait été saisi par la Police Fédérale, au bord du Rio Xingú, frontière avec l’Etat du Mato Grosso (MT).

L’agence de presse Reuters a relaté le cas et distribué l’information à toute la presse brésilienne, mais peu de journaux et de télés ont répercuté l’information ; ceux qui l’ont fait ont omis la filiation partisane du trafiquant ».

Il est dommage que les « amis de la science » ne notent pas ce type de désastre.


Par José Arbex Jr., journaliste et professeur à l’université de São Paulo PUC-SP

(Article publié dans le magazine Caros amigos, avril 2006, São Paulo)

Traduction : Madeleine Jung pour Autres Brésils


Notes :

[2] Quilombolas : descendants des Quilombos, rassemblements d’esclaves en fuite.

[3] Tucano : nom donné aux adhérents du PSDB.

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