« Si les femmes se conduisaient bien, il y aurait moins de viols »

, par Matheus Pichonelli

Source : Carta Capital, le 27/03/2014
Traduction pour Autres Brésils : Pascale VIGIER (Relecture : Sifa LONGOMBA)

L’IPEA [1] a reconnu son erreur concernant une donnée qui a choqué le Brésil, à savoir que la majorité des Brésiliens approuve que les femmes portant des vêtements qui dévoilent leur corps méritent d’être attaquées. A la différence de ce qui avait été initialement diffusé par l’IPEA, 26% des Brésiliens sont de cet avis et non 65%. Selon l’institut du gouvernement fédéral, l’erreur dans l’enquête Tolérance sociale et violence contre les femmes, diffusée le 27 mars, a eu lieu en raison d’un échange de graphiques.


Ouverture de la campagne de lutte contre la violence envers les femmes, à Porto Alegre

Comme les résultats étaient inversés, en réalité 65% des personnes interrogées approuvent l’affirmation selon laquelle les femmes agressées qui restent avec leurs partenaires aiment être leur souffre-douleur. Le pourcentage de personnes d’accord avec l’affirmation selon laquelle les femmes portant des vêtements moulants méritent d’être attaquées est, en conséquence, de 26% et non de 65% comme diffusé antérieurement. Voyez l’exposé intégral (ICI.)

« Si les femmes savaient bien se comporter il y aurait moins de viols ». « Les femmes qui portent des vêtements qui révèlent leur corps méritent d’être attaquées ». « Il y a la femme destinée au mariage, il y a la femme destinée au lit ». « Quand mari et femme se disputent on ne se met pas en travers ».

Des phrases comme celles-ci sont acceptées, partiellement ou totalement, par la majorité des Brésiliens en plein 2014. La conclusion, diffusée ce jeudi 27 [mars], fait partie d’une enquête sur la tolérance sociale vis à vis de la violence contre les femmes réalisée avec 3810 personnes par le Système d’Indicateurs de Perception Sociale (Sips) de l’Institut de Recherche Économique Appliquée (IPEA).

Selon la même étude, environ un tiers des Brésiliens accepte, totalement ou partiellement, des idées comme celle que la femme mariée doit satisfaire son mari au lit, même sans en avoir envie (27%).

Le résultat montre quelques points apparemment contradictoires dans le discours sur la violence domestique au Brésil. Par exemple : la grande majorité des personnes interrogées (78%) est « totalement » d’accord avec l’emprisonnement des maris qui battent leurs femmes et rejette l’idée que la violence n’est qu’une manifestation de la nature masculine (75%).

Le paradoxe, selon les chercheurs, est seulement apparent. À commencer par la difficulté à mettre au jour les risques de considérer ces agressions comme une question privée à résoudre dans l’intimité des foyers. Pour 82% des interviewés, ce qui se passe dans un couple à la maison n’intéresse pas les autres – par conséquent, les possibilités sont moindres de le verbaliser et de le traiter comme crime. C’est là que réside le danger.

Dans son discours, le Brésilien tend à condamner avec véhémence la violence, physique ou psychologique, mais a encore des difficultés à dissocier cette violence d’un ensemble de règles admises par la société. Cette difficulté se révèle surtout face au thème de la violence sexuelle. La différence d’attitude de tolérance/intolérance envers la violence domestique et envers la violence sexuelle, disent les chercheurs, confirme la difficulté à établir au Brésil un programme de droits sexuels.

« Aussi grandes qu’aient été les transformations sociales dans les dernières décennies, avec l’occupation des espaces publics par les femmes, l’ordre patriarcal reste très présent dans notre culture et est renforcé quotidiennement par la dépréciation de toutes les caractéristiques liées au [genre] féminin, dans la violence domestique, dans l’acceptation de la violence sexuelle », conclue l’étude. « Il est surprenant d’observer que 65% des personnes qui ont répondu à l’enquête approuvent l’affirmation, dénuée de la moindre subtilité, selon laquelle « les femmes qui portent des vêtements dévoilant leur corps méritent d’être attaquées ».

Selon les chercheurs, la culpabilisation de la femme face à la violence sexuelle devient évidente quand, par exemple, 58% des interviewés disent approuver « complètement » l’affirmation selon laquelle elle n’est victime d’agression sexuelle que parce son comportement n’est pas convenable. « Derrière cette affirmation se trouve la notion que les hommes ne peuvent contrôler leurs appétits sexuels ; alors, les femmes, qui les provoquent, ce sont elles qui devraient savoir se comporter, et non les violeurs. La violence paraît surgir comme un châtiment : la femme mérite et doit être violée pour apprendre à bien se conduire. L’accès des hommes au corps des femmes est libre si elles n’imposent pas de barrières, telles que se conduire et s’habiller de façon décente. »

Toute femme désire se marier. Ce portrait ne naît pas de rien. Il a pour base l’acceptation d’un modèle qui place l’homme comme « référence » dans tous les espaces sociaux. Dans ce modèle, ce sont les hommes qui détiennent le pouvoir public et ont autorité sur l’espace domestique – et sur les corps et les désirs des femmes.

Cette idée devient évidente, par exemple, quand 64% des interviewés disent que « les hommes doivent être la tête du foyer » ou quand 79% affirment que « toutes les femmes rêvent de se marier ».

Ces phrases paraissent inoffensives, mais elles ne le sont pas. Au-delà de ces affirmations, indiquent les chercheurs, se trouve l’idée que la femme ne peut trouver la plénitude que dans une relation stable avec un homme – ou qu’elle doit rester en retrait sans désirer une vie de célibataire avec de nombreux partenaires. Cette idée, selon l’étude, porte l’influence marquante de la religion : les catholiques ont 1,5 fois plus de chances d’être d’accord avec l’affirmation selon laquelle toute femme rêve de se marier, et les protestants 1,8 fois. Cet indice baisse, toutefois, parmi les groupes plus scolarisés. « Ceux qui considèrent l’homme comme la tête du foyer ont une plus grande propension à trouver que la femme est responsable de la violence sexuelle », écrivent les auteurs.

Il existe une tendance, cependant, à contredire l’idée que la femme doit satisfaire les désirs du mari – l’indice de ceux qui réfutent cette idée (65%) est supérieur à celui de ceux qui l’acceptent totalement ou partiellement (41%). « Cette affirmation place de manière subliminale la question délicate du viol dans l’environnement du mariage, un tabou résultant de la comparaison entre les comportements et désirs sexuels féminins et masculins ».

La conclusion des chercheurs est que, d’une manière générale, il est difficile aujourd’hui d’admettre des attitudes encore tolérantes envers la violence de genre. « Reste à savoir si les pratiques suivent aussi cette tendance, or les indices semblent démontrer que non. »

Notes de la traductrice :
[1] IPEA : Institut de Recherche Économique Appliquée. Lié au Secrétariat aux Affaires Stratégiques auprès de la Présidence de la République, cet institut fournit un support technique et institutionnel aux actions gouvernementales pour les programmes de développement du Brésil.

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