Scandales financiers au Brésil - Lula : tout compte fait (1)

Tout commence le 18 mai, mais l’affaire éclate vraiment le 8 juin. Enfin, tout récemment, le 21 juillet, sont rendus publics des relevés bancaires accablants.

Enveloppes ou valises bourrées de billets de 100 reais, agences de publicité, contrats de Poste Brésil, commissions parlementaires d’enquête, toutes les chaînes de télévision offrent depuis deux mois aux téléspectateurs brésiliens (y compris dans les favelas) le même défilé d’hommes politiques, de fonctionnaires et d’agents publicitaires que ceux dont les médias ont abreuvé le public canadien avec la commission Gomery. Par contre, ici, l’amnésie ne semble pas être de règle. Au contraire, on parle beaucoup.

Pour sa part, le président Lula essaie de se distancer des parlementaires qui, par la nature du système politique brésilien multipartis (une dizaine de partis non négligeables), sont plus facilement corruptibles.

La première mesure spectaculaire a été de renvoyer sur les bancs du Congrès le chef de la Maison civile jouant le rôle de premier ministre et de coordonnateur politique. Le président, invoquant sa vie de pauvre pour qui l’honnêteté est la vertu première, répète depuis qu’il continuera à faire poursuivre les coupables de malversations, de détournements et de commissions illégales, y compris au sein de son propre parti, le Parti des travailleurs (PT). Au sein de sa propre famille ? Il n’hésitera pas, dit-il, à « trancher dans sa propre chair » !
Après deux ans et demi de mandat, les déçus de la grande espérance engendrée par la victoire de Luiz Inácio Lula da Silva en novembre 2002 se taisent. Autant les étudiants que les professeurs des universités publiques — un des fers de lance de la campagne de 2002 — demeurent découragés car les mesures prises ne les favorisent pas. Les milieux populaires qui s’étaient mobilisés dans un grand espoir que la politique leur appartienne désormais, puisque Lula était l’un des leurs, ne discutent plus de politique mais de violence.

Des projets mais tant à faire

Sept millions de familles ont pourtant vu stoppée la dégradation de leur sort grâce au plan « Faim zéro », le programme des bourses familles. Dix sept milliards de reais (soit environ neuf milliards de dollars canadiens) ont été dépensés pour ce grand plan d’inclusion sociale où alimentation, santé, éducation et conscientisation sont articulés « par le haut ». Par son caractère raisonné, ce plan permet de mobiliser bon nombre de compétences locales. Selon mes enquêtes, il est ressenti par les plus pauvres comme un soulagement, pas toujours facilement accessible, mais ne touche pas subjectivement l’ensemble des couches populaires.

Frei Betto (une des figures les plus connues du catholicisme de gauche) qui était le conseiller spécial du président pour ce programme s’est retiré sans bruit. Actuellement, recevoir 160 reais (90 dollars) par famille, voir ainsi contrôlée la santé de ses enfants et avoir accès à des banques alimentaires est souvent perçu comme une simple mesure de compensation par rapport à un système social profondément injuste, avec des inégalités non seulement parmi les plus élevées au monde mais toujours en croissance.

L’objectif de doublement du salaire minimum n’est pas atteint, ni celui de la création de dix millions d’emplois. Le salaire minimum vient d’être fixé à 300 reais, ce qui représente un accroissement, en termes réels, de 35 % par rapport à l’année 2002. Mais que faire avec 300 reais lorsqu’un loyer en quartier très populaire est de 200 reais ?

L’objectif premier est d’augmenter l’emploi. Un million et demi de nouveaux emplois ont été créés grâce, notamment, à un taux d’accroissement du PIB de 5 % en 2004 (taux le plus élevé des dix dernières années). Mais ce taux spectaculaire qui est brandi comme le signe de la justesse de la politique économique monétariste du ministre des Finances, Antonio Palocci, ne se poursuit malheureusement pas en 2005. Au mieux, il atteindra 3 % et pas davantage les années suivantes.

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