SFB : une association et une lutte à Rio

, par Aude Torchy

Elles sont nombreuses, les associations à se battre pour le respect des droits des enfants au Brésil ! A Rio notamment, où les besoins sont si importants. Les projets sont plus ou moins ambitieux et les actions plus ou moins bien ciblées, mais une chose est sûre, la société civile s’organise. Voici l’histoire de l’une de ces associations : Solidariedade França Brasil (SFB) [Solidarité France Brésil].

La Baixada fluminense, histoire économique de la périphérie de Rio…

Quand la région de la Baixada Fluminense (cf.carte ci-dessous) a commencé à se développer dès le 15ème siècle, elle a connu successivement les cycles économiques qui ont fait la richesse du Brésil au 19ème siècle avec la canne à sucre et le café. Puis, au début du 20ème siècle, la production d’oranges pour l’exportation est devenue le poumon économique de la région. Le début de la deuxième guerre mondiale et l’arrêt de la marine marchande ont conduit à la ruine des agriculteurs. Malgré le déclin économique, la Baixada Fluminence a tout de même continué sa croissance démographique subissant l’urbanisation croissante de la ville de Rio de Janeiro. Mais aucune activité économique ne s’est substituée à l’agriculture et l’extension de la région s’est faite dans des zones plus reculées sans être accompagnée par le développement d’infrastructures adaptées.

La Baixada Fluminence : la périphérie de Rio de Janeiro - Source : SFB

Pour faire face au manque d’infrastructures, des groupes d’habitants ont commencé à s’organiser bien que connaissant une situation de précarité économique, de marginalisation sociale et d’exclusion culturelle. C’est ce que l’on appelle le mouvement communautaire. Ainsi, des « crèches communautaires » sont apparues avec force dans les années 70 et 80. Ces Centres d’Education Infantile se sont développés à la demande des parents pour pallier l’absence d’une politique publique de soutien à la famille alors que le nombre de femmes actives augmentait.

Au début de la mobilisation, il s’agissait de prendre soin et d’assurer un minimum l’éducation des enfants des couches sociales populaires. Ces groupes se sont constitués spontanément sans être formés à l’accueil des enfants et souvent avec l’aide d’associations d’habitants ou d’églises qui ont fait don d’un lieu d’accueil pour les enfants. Des mères du quartier, souvent avec un faible niveau d’éducation, se sont alors improvisées éducatrices.

…ou l’histoire de la création de Solidariedade França Brasil

1986, Rio de Janeiro. Un groupe de femmes brésiliennes et françaises, expatriées et indignées par la réalité socio-économique d’une catégorie de la population brésilienne, décide de créer une association qui vienne en aide aux enfants et plus largement à leurs familles. La fondatrice de l’association est la femme du Consul français de l’époque. C’est ainsi que SFB a vu le jour, et c’est pour cela que l’association affiche ses liens avec la France jusque dans son nom. Aujourd’hui, ses liens avec l’hexagone sont moins marqués. Ils sont réels mais se sont progressivement élargis à l’Europe.

Au tout début, SFB travaillait de manière informelle. Il s’agissait d’aider à la construction de centres communautaires, dans les favelas de Rio. En effet, ces centres existaient mais accueillaient les enfants dans des lieux extrêmement précaires donnés par l’église ou des habitants du quartier. L’infrastructure était donc la priorité ! Puis, les demandes d’accompagnement pédagogique ont vu le jour…

Et aujourd’hui …

Actuellement, SFB travaille exclusivement avec des centres d’éducation infantile de la Baixada Fluminense. Elle travaille dans ce que l’on appelle couramment « la périphérie de la périphérie », c’est-à-dire les poches de pauvreté de la périphérie de Rio. Là où l’Etat n’est pas encore présent. Or, pour que les centres aient la possibilité d’être reconnus par les pouvoirs publics locaux, ils doivent se professionnaliser. C’est pourquoi, l’action de SFB se concentre sur 5 objectifs :
1/ Perfectionner les pratiques éducatives et la gestion des centres communautaires pour qu´ils offrent un accueil et un travail de qualité.
2/ Créer une conscience sanitaire avec les enfants, les éducatrices et les familles de promotion de la santé et de prévention des maladies
3/ Valoriser la culture populaire de ces quartiers et utiliser l´art comme instrument de pédagogie et de transformation sociale.
4/ Contribuer à la formation et à l’organisation sociale locale des leaders et des groupes de quartier afin qu´ils participent et interviennent dans la formulation des politiques publiques.
5/ Promouvoir les pratiques coopératives entre les groupes de quartier et les autres partenaires à travers l´articulation des réseaux.

Pour atteindre ces objectifs, des techniciens de SFB au travers d’accompagnements réguliers et d’ateliers dans les centres forment les éducatrices, agents de santé et agents culturels. De plus, SFB a mis en place le programme de « retour à l´école ». Il s’agit d’inciter les éducatrices, les agents de santé et les agents culturels à reprendre leurs études en leur permettant de bénéficier d’une bourse mensuelle. Un programme de formation de leaders communautaires est également en cours afin que les quartiers se mobilisent au niveau social et qu´ils avancent de manière autonome vers la reconnaissance de leurs droits auprès des municipalités où ils vivent.

Enfin, le travail développé avec les groupes communautaires perdrait tout son sens si ces groupes ne s’organisaient pas entre eux pour conquérir plus d´avancées en terme de reconnaissance des droits, gagner davantage d´autonomie et sortir de leur isolement.

Evaluation annuelle - Novembre 2007

Concrètement……

SFB ne forme pas de groupes ni de crèches communautaires. Elle répond à des demandes effectuées par des groupes déjà constitués, issus du mouvement communautaire. Une fois qu’un groupe a pris contact avec SFB, l´équipe de l’association réalise un diagnostic pour identifier les besoins des groupes (santé, éducation, construction...). SFB répond alors favorablement ou pas à la demandes des centres. Mais ces derniers gardent leur autonomie et le travail est conduit de manière participative.
Une fois le partenariat lancé avec un groupe, un accompagnement direct est effectué par des techniciens de SFB.

Il n’y a pas un accompagnement « cadre ». Les techniciens se rendent sur le terrain et adaptent leur accompagnement aux besoins des groupes. Une membre de l’équipe technique de SFB parle de son travail : « Aller sur le terrain, c’est observer et adapter son accompagnement. Par exemple, dans un centre, j’ai vu une éducatrice qui donnait à boire successivement à deux enfants, dans le même verre. ». A partir de l’observation, des actions en faveur de la prévention de maladies vont être conduites… Un travail de longue haleine !

En 2007, SFB a soutenu 37 centres de quartiers. Ce sont 275 éducatrices, 10 agents culturels et 40 agents de santé qui accueillent 4 323 enfants et adolescents.

Plus d’informations sur www.sfb.org.br

05/03/2008


Aude est partie au Brésil pour un an dans le cadre d’un Programme de volontariat de solidarité internationale, programme porté par l’association Echanges et partenariats. Elle fait le lien entre l’association Solidariedade França Brasil (SFB) qui actue dans la banlieue nord de Rio et Autres Brésils. Régulièrement, elle nous écrit pour nous faire part de ses impressions et réflexions.


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