Questions et réponses. Opération Lava-jato

, par Carta Capital

Source : Carta Capital - 17/11/14

Traduction pour Autres Brésils : Roger GUILLOUX (Relecture : Piera SIMON-CHAIX)

Lancée le 14 novembre dernier, la septième phase de l’opération Lava-jato [1] a provoqué un choc en raison du caractère inédit de ses cibles, des PDG de quelques-unes des plus grandes entreprises de travaux publics se sont retrouvés en prison pour participation à ce qui peut constituer l’un des plus grands scandales de corruption de l’histoire du pays. Cette action est le résultat d’une enquête dont le public a pris connaissance en mars et qui peut, en fonction de son évolution, conduire des personnalités politiques à la prison. Ci-dessous, quelques questions et réponses au sujet de cette opération.


Youssef et Costa : les principaux délateurs de l’opération Lava-jato

Qu’est ce que l’opération Lava-jato  ?

Il s’agit d’une enquête menée par la Police Fédérale et le Ministère Public Fédéral portant sur une organisation criminelle formée de personnes politiques, de fonctionnaires publics, de PDG d’entreprises de travaux publics et de doleiros [2] Les entreprises de travaux publics se partageaient entre elles les contrats publics et tout particulièrement ceux avec la Petrobras [3], moyennant paiement de dessous de table et de détournement de l’argent en faveur de partis politiques.

Pourquoi cette opération en est-elle à sa 7ème phase, que s’est-il passé auparavant ?

L’opération Lava-jato a été lancée le 17 mars 2014. Elle se concentrait sur le combat au crime de blanchiment d’argent et s’intéressait tout particulièrement aux activités du doleiro Alberto Youssef. L’ex-directeur du segment Raffinage et approvisionnement de la Petrobras, Paulo Roberto Costa, était l’une des cibles et a été emprisonné le 20 mars. A partir d’écoutes téléphoniques, de documents saisis et des dépositions, la Police Fédérale et le Ministère Public ont remonté la trame de détournement de l’argent public. Dès lors, au rythme des avancées de l’enquête, de nouvelles phases de l’opération sont réalisées.

Comment fonctionnait ce dispositif de corruption ?

Selon le Ministère Public, les entreprises de travaux publics se réunissaient et décidaient au préalable qui exécuterait chacun des travaux lancés par les pouvoirs publics. Au coût initial présenté lors des licitations, était ajouté un certain pourcentage qui était dévié pour être remis aux fonctionnaires publics et aux partis politiques. Les sommes détournées étaient repassées par ces entreprises à ce groupe criminel par le biais d’entreprises de ʺconsultantsʺ liées aux comparses du détournement, blanchissant ainsi l’argent reçu.

Qui commandait cette bande ?

Selon la Police Fédérale et le Ministère Public, le doleiro Alberto Youssef était l’opérateur financier du système alors que l’ex-directeur du segment Raffinage et approvisionnement de la Petrobras, Paulo Roberto Costa était l’opérateur politique. Dans ces dépositions à la Justice, Costa a affirmé que ce système fonctionnait également avec d’autres directions de la Petrobras, celles des Services, du Gaz et de l’Energie, de la Production et de l’International. On soupçonne également ce gang des mêmes agissements avec la Transpetro, filiale de la Petrobras. Au cours de la septième phase de l’opération Lava-jato, Renato de Souza Duque, ex-directeur de la branche Services de la Petrobras, a été emprisonné.

Quelles entreprises faisaient partie du gang ?

En novembre 2014, lors de la septième phase, l’opération Lava-jato a enquêté auprès de neuf entreprises de travaux publics [4] : Camargo Corrêa, OAS, UTC/Constram, Odebrecht, Mendes Júnior, Engevix, Queiroz Galvão, Iesa Óleo & Gás e Galvão Engenharia.

Quelles quantités d’argent ce cartel a-t-il détourné ?

Dans un premier temps, selon les enquêtes en cours, le cartel de blanchiment d’argent aurait détourné jusqu’à 10 milliards de réaux. Cependant, et pour l’instant, il n’y a pas d’information quant au montant d’argent public détourné. Dans une note diffusée en novembre, le juge fédéral Sergio Moro, responsable de l’affaire, a affirmé que seuls les dommages subis par la Petrobras ʺatteignent des millions et même des milliards de réauxʺ. En mars, quand Youssef a été emprisonné, la Police Fédérale a trouvé une liste de 750 programmes de travaux publics dans lesquelles les grandes entreprises étaient impliquées.

Pourquoi la plus grande partie des informations sur l’opération Lava-jato ne portent que sur la Petrobras ?

Parce que toute enquête a besoin de se centrer sur une cible et la vérification de la Police Fédérale et du Ministère Public a commencé avec Youssef et Paulo Roberto Costa. Au fur et à mesure qu’un plus grand nombre d’informations sont obtenues par ces institutions, l’enquête sera élargie. Même si l’épicentre est la Petrobras, d’autres entreprises publiques sont déjà apparues dans les enquêtes. C’est le cas de la Companhia Energética de Minas Gerais (Cemig), l’une des principales concessionnaires d’énergie électrique du Brésil, qui aurait signé un contrat avec une société écran appartenant à Alberto Youssef.

Quels sont les bénéficiaires de cette escroquerie ?

Jusqu’à maintenant, les dépositions Costa et Youssef indiquent que l’argent repassé aux partis politiques a servi à approvisionner les coffres du PT, du PMDB et du PP [5]. Selon les déclarations de Costa à la Justice Fédérale, dans le cas du PT, c’était le trésorier du parti, João Vaccari Neto qui recevait et répartissait cet argent. Pour le PMDB, l’opérateur serait Fernando Soares, connu sous le nom de ʺFernando Baianoʺ.

Paulo Costa a également affirmé qu’il a servi d’intermédiaire pour le versement de 20 millions de réaux à la caisse noire de la campagne à réélection au gouvernement de l’Etat du Pernambouc du candidat Eduardo Campos (PSB), en 2010. Autre nom cité, celui de la Sénatrice Gleisi Hoffmann du PT du Paraná dont la campagne pour le Sénat, selon Costa, a reçu 1 million de réaux du dispositif de détournement en provenance de la Pétrobras.

Une autre personne impliquée dans ce dispositif serait l’ex-président du PSDB [6], Sergio Guerra, mort en mars de cette année. Selon Paulo Roberto Costa, il aurait lui-même versé un pot de vin à Guerra en 2009 pour qu’il sape le travail de la Commission parlementaire d’investigation (CPI) qui prétendait mettre à jour les accusations de corruption de la Petrobras. Selon Costa, Guerra est allé le chercher et a demandé 10 millions de réaux pour qu’il mette fin à la CPI lancée en juillet 2009. Le paiement qui aurait été réalisé après la clôture de la CPI, aurait été réalisé par la Queiroz Galvão. De plus, Leonardo Meirelles, l’un des propriétaires de l’entreprise Labogen, utilisée par Youssef pour le blanchiment d’argent détourné, dit qu’il croit que ʺle PSDB et éventuellement quelque parrain politique passé et probablement originaire de la même région que M. Albertoʺ ont profité des détournements d’argent de la Petrobras.

Tous les partis et les personnes politiques citées nient leur implication dans ce dispositif de détournement.

Depuis quand ce cartel existe-t-il ?

Le Ministère Public Fédéral affirme que ce cartel des entreprises de construction civile travaillant pour la Petrobras existe depuis au moins 15 ans. ʺBien qu’il ne soit pas possible de donner la dimension de la valeur totale du dommage, il est cependant possible d’affirmer que ce dispositif criminel fonctionne depuis au moins 15 ans dans la Petrobrasʺ écrivent les procureurs dans la pétition où ils demandent l’autorisation de lancer la septième phase de l’opération Lava-jato.

Existe-t-il un lien entre l’opération Lava-jato et le ʺmensalãoʺ [7] ?

Tout comme le ʺmensalãoʺ, l’opération Lava-jato est une nouvelle tentative visant à comprendre la relation de promiscuité entre partis politiques, dons pour les campagnes électorales et appels d’offres multimillionnaires. Jusqu’à ce point, la relation entre ces deux cas apparaît et résulte du fait que Youssef, selon le Ministère Public, a blanchi 1,16 millions de réaux repassés par l’entrepreneur Marcos Valério, opérateur du ʺmensalãoʺ à José Jaten du Parti Populaire du Paraná et alors leader de ce parti à la chambre des députés et qui est l’un des accusés du ʺmensalãoʺ.

Que peut-on attendre de l’opération Lava-jato ?

Les procédures et les enquêtes liées à l’opération Lava-jato vont se poursuivre dans deux forums distincts. Alors que le juge Fédéral, Sergio Moro continue son investigation visant à prouver la réalité de ce système criminel où sont impliqués les entreprises de travaux publics, les "doleirosʺ et les entreprises publiques à Curitiba, le procureur général de la République, Rodrigo Janot, se penche sur les preuves afin de conduire, au niveau du STF [8], l’enquête des accusés bénéficiant d’une juridiction spéciale, les politiques.

Notes de la traduction :

[1] Les ʺlava-jatoʺ sont des stations où on lave les voitures au jet d’eau à forte pression.
[2] Doleiros : personnes qui changent de l’argent, souvent mal acquis, au noir, habituellement de l’argent local en dollars.
[3] Petrobras : 8ème entreprise mondiale d’extraction de pétrole. L’actionnaire principal est l’Etat brésilien.
[4] Ces neuf entreprises sont les plus importantes du secteur au Brésil.
[5] Les trois partis les plus importants de la base gouvernementale.
[6] PSDB : premier parti de l’opposition (au pouvoir de 1994 à 2002 avec Fernando Henrique Cardoso).
[7] Mensalão : Terme utilisé par les grands médias – conservateurs et très hostiles au PT – pour caractériser un mode de corruption politique où le PT a utilisé de l’argent pour s’assurer l’appui de quelques partis politiques monnayant leur décisions. Le PT reconnaît l’existence d’une caisse noire qui a servi, entre autres, au financement des élections des partis de la majorité. Les responsables de ce scandale ont été condamnés le 10 octobre 2012 par la plus haute instance de justice.
[8] STF : Tribunal Suprême Fédéral, la plus haute instance de justice.

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