Source : Agência Pública, « Facebook não barra anúncios com desinformação sobre eleições brasileiras », par Maria Martha Bruno, 25 août 2026
Traduction : Jonathan Gibon
Édition : Patrick Piro
Lire plus bas LE CHOIX D’AUTRES BRÉSILS concernant cet article
L’ONG internationale a soumis à Facebook une publication neutre et quatorze autres contenant des informations erronées sur les élections brésiliennes. Huit ont été acceptées, lorsque les sept autres (y compris le contenu neutre) ont été signalées pour vérification d’identité car elles semblaient liées à une question sociale, électorale ou politique, plutôt que d’être rejetées spécifiquement pour avoir contenu de la désinformation électorale. Aucune d’entre elles n’ayant été finalement publiées par l’ONG, les utilisateurs n’ont pas eu accès à ces contenus.
Les quatorze publications expérimentales à but de désinformation contenaient des allégations selon lesquelles les élections d’octobre prochain seraient entachées de fraude, ainsi que des appels à une intervention militaire. À l’exception de la publication neutre, les autres enfreignaient les propres règles de Meta en matière de désinformation, en particulier concernant la section relative à l’ingérence dans le scrutin ou dans la participation électorale. La définition de la désinformation donnée par Meta inclut « les contenus susceptibles d’influencer les processus politiques ».
Trois des quatre publications appelant à une intervention militaire ont été approuvées. L’une d’elles disait : « Nous avons besoin d’une révolution militaire. Ne votez pas aux élections : si le taux de participation est inférieur à 50 %, les militaires prendront le pouvoir. »
La publication neutre a été publiée par Amnesty International afin de tester l’obligation de vérification d’identité imposée par Meta pour la publication de tout contenu lié aux élections.
Selon l’ONG, le compte utilisé pour le test n’a pas parachevé le processus de vérification d’identité afin de conserver un profil aussi neutre que possible, de manière à éviter d’influencer l’algorithme. Il est donc impossible de savoir, dans le cas où la vérification d’identité du compte aurait été effective, si les publications auraient été acceptées ou non.
En 2025, Facebook comptait 109,2 millions d’utilisateurs au Brésil, selon la plateforme de données Statista ; Instagram, plus populaire, comptait 146 millions de comptes la même année. Les publications peuvent circuler d’une plateforme à l’autre.
Court laps de temps pour les nouvelles règles
Selon la description de l’expérience menée par Amnesty International, les publications reflétaient « trois tactiques fréquemment utilisées par les responsables politiques et candidats aux élections pour soutenir des pratiques autoritaires » : la « délégitimation électorale », avec des contenus qui sapent la confiance dans le système électoral brésilien et dans ses résultats ; « la construction de l’ennemi », présentant les adversaires politiques et la justice comme des menaces ; et « l’autoritarisme axé sur la sécurité publique », qui présente le recours à la force, à l’intervention militaire ou à un leader fort comme des réponses nécessaires à la criminalité.
Annonce test de l’expérimentation d’Amnesty International sur Facebook : « Nous avons besoin d’une révolution militaire. Ne votez pas aux élections : si le taux de participation est inférieur à 50 %, les militaires prendront le pouvoir. » ©Amnesty International
« Au lieu de veiller à la participation électorale et à l’accès à des informations précises, ces systèmes de modération risquent de valider des contenus préjudiciables [au processus électoral] », explique Ummar Bashir, chercheur et consultant auprès d’Amnesty International sur les questions d’intelligence artificielle et de droits humains.
Les publications ont été envoyées depuis l’étranger, à savoir le bureau d’Amnesty International à Londres, sans recourir à un VPN, outil qui aurait permis de simuler que le contenu avait été publié sur le territoire national. Pour l’ONG, ce résultat est préoccupant car il met en évidence « des vulnérabilités susceptibles d’être exploitées par des acteurs nationaux ou étrangers cherchant à influencer les processus électoraux ».
Meta n’a pas répondu aux questions de l’ONG concernant les lacunes en matière de modération qui ont permis à Facebook d’accepter ces publications trompeuses.
Interrogée par Agência Pública, l’entreprise a déclaré qu’elle investissait « des ressources considérables pour protéger le processus électoral de 2026 au Brésil – de la transparence en matière de publicité, leader du secteur, à l’application de protocoles rigoureux pour des publications portant sur des questions sociales, électorales ou politique – et que nous continuerons à le faire ». Elle a également affirmé que le rapport d’Amnesty International s’appuyait sur un petit échantillon de publications qui n’avaient jamais été diffusées. « Cela ne reflète pas l’ampleur de notre travail. Notre processus de vérification des publications comporte plusieurs niveaux d’analyse et de détection, avant et après leur diffusion. »
Sur son site officiel, l’entreprise indique qu’elle utilise l’intelligence artificielle pour identifier, dans les publications, les contenus susceptibles d’enfreindre ses règles. Ensuite, selon l’entreprise, le contenu est évalué de manière automatique ou par des modérateurs humains et, lorsqu’une infraction est confirmée, des mesures telles que la suppression, la restriction ou le rejet des publications sont appliquées, conformément aux normes communautaires de Meta. Selon l’entreprise, cet ensemble de règles, « s’appuie sur les retours d’expérience des utilisateurs et d’experts en technologie, en sécurité publique et en droits humains ».
En 2025, quelques jours avant l’investiture du président américain Donald Trump, le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, a annoncé un changement radical dans les politiques de modération des contenus et de vérification des informations. Selon lui, l’objectif était de lutter contre une prétendue « censure » orchestrée par des vérificateurs « partiaux », dont il a promis de se débarrasser.
« Le test d’Amnesty suscite des inquiétudes. Au Brésil, nous sommes confrontés à une nouvelle exigence qui modifie considérablement la manière dont toutes les plateformes mènent leurs activités, et pas seulement Meta », estime Fernando Neisser, professeur de droit électoral à la FGV/SP (Fondation Getulio Vargas, São Paulo). Il fait référence à l’arrêt de la Cour suprême fédérale qui a révisé l’article 19 du Cadre civil de l’Internet et a décidé, en 2025, que les plateformes n’avaient pas à attendre de décisions judiciaires pour supprimer des contenus.
L’expert rappelle encore une fois les nouvelles obligations imposées par les plans de conformité remis par les plateformes au TSE au cours de la première quinzaine d’août 2026, indiquant qu’ils prévoient la nécessité d’un contrôle thématique de la publicité payante de la part des entreprises technologiques. Au moment de la rédaction de cet article, ces plans n’avaient pas encore été rendus publics dans leur intégralité.
« Sur certains sujets, comme la pornographie infantile, la vérification est facile à effectuer grâce à un filtre automatisé. Mais il est encore très difficile de filtrer de manière automatisée des thèmes aussi contextuels que les discours de haine et les actes antidémocratiques », estime Fernando Neisser, pour qui il est peu probable que ces règles soient appliquées lors des élections de cette année. « Il est très difficile d’exiger la mise en place de mécanismes dans un délai aussi court. Ces demandes ont été formulées pratiquement à la veille du début du processus électoral. »
Pour Jurema Werneck, directrice exécutive d’Amnesty International Brésil, la manière dont Meta gère la désinformation contribue également au modèle économique de l’entreprise de Zuckerberg. « Cette expérience montre que Meta n’en fait pas assez pour empêcher que sa plateforme ne serve de vecteur de désinformation, tout en continuant à tirer profit des systèmes de contenu et de publicité qui permettent sa diffusion. Il n’est pas réaliste d’envisager un changement de procédures dans un délai aussi serré. »
Sur le même thème de la manipulation électorale numérique, lire sur notre site :
Faux électeurs, vidéos truquées sur TikTok : comment l’IA fausse la campagne électorale
LE CHOIX D’AUTRES BRÉSILS
La campagne électorale de 2018, qui a vu la victoire de Jair Bolsonaro à la présidence, est restée dans les mémoires comme inaugurale de la pratique à grande échelle du mensonge et du dénigrement numérique. En cause, principalement, la diffusion de fausses nouvelles grossières sur les réseaux sociaux, source majeure d’information d’une population fortement connectée, mais aussi faiblement politisée, et moins éduquée que la moyenne internationale selon la dernière étude Pisa en date, qui révélait que 40 % des élèves de 15 ans ne dominaient pas correctement l’exercice de la lecture.
Désormais, on est passé à un niveau de manipulation bien plus sophistiqué, avec l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle. Selon les analystes de l’entreprise Serasa Experian, la fraude numérique et l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pour créer de faux profils générés ainsi que des contenus trompeurs (vidéo, images, audio) hyperréalistes (deepfakes) ont été multipliés par quatre en 2026. Au premier semestre, près de 21 000 faux profils, pages, applications et annonces ont été recencés sur les réseaux sociaux, soit plus d’un quart par rapport à 2025. En 2018, l’offensive avait impliqué des officines étrangères, au service d’intérêts conservateurs brésiliens et internationaux, notamment états-uniens. En 2026, alors que les intentions néo-colonialistes d’un Trump sans foi ni loi sur l’Amérique du Sud sont explicites, que le Brésil est le dernier grand bastion de gauche du sous-continent, est que le clan Bolsonaro a des accointances notoires avec le Washington, il est légitime de craindre de fortes ingérences, notamment numériques, pour soutenir l’extrême-droite dans les derniers jours de la campagne présidentielle.




