Protection des Indiens : un combat à l’issue incertaine

Les Indiens du Brésil ont été décimés et soumis à l’esclavage après l’arrivée des Portugais, à partir de l’an 1500. Il aura fallu attendre plus de 4 siècles pour qu’ils soient considérés comme des êtres humains à part entière. En théorie, les peuples autochtones devraient jouir des libertés et droits fondamentaux reconnus universellement, notamment par les Nations unies. Dans la pratique, une lutte inégale oppose ces peuples aux ambitions économiques et politiques nationales et internationales. Telles sont les principales conclusions d’une étude sur « La protection des Indiens au Brésil » menée par la Française Sabrina Vitalis.

Etudiante en licence d’ethnologie à l’Université René Descartes de Paris, Sabrina Vitalis souligne que des 5 à 6 millions d’Indiens qui vivaient au Brésil à l’époque de la « découverte », il n’en restait plus que 100 000 en 1950, quand les autorités décidèrent enfin de s’en inquiéter réellement. Le gouvernement brésilien, en coordination avec la communauté internationale, offrit alors de meilleures conditions aux Indiens, dont le nombre remontait à 300 000 en 1997.

La première Constitution brésilienne, accordée en 1824, ignorait totalement l’existence des sociétés aborigènes. Une conception homogène de la société du Brésil avantageait les colons sans tenir compte de la diversité ethnique et culturelle du pays. Ainsi, note Sabrina Vitalis, l’Acte Institutionnel de 1834 consacrait les Assemblées des Provinces, dont la tâche était de promouvoir la catéchèse et de regrouper les Indiens dans des fondations coloniales, facilitant par là-même l’appropriation de leur terres.

Au début du 20ème siècle, il était évident que les missionnaires n’avaient pas réussi à convertir les Indiens ni à les préserver de la maladie ni encore à les protéger des tueurs professionnels -les « bugreiros »- sous contrat pour « nettoyer » les terres de l’immigration.

En 1908, pendant le Congrès des Américanistes de Vienne (Autriche), le Brésil fut dénoncé pour sa politique de massacre des Indiens. Pour regagner la considération internationale, les autorités brésiliennes fondèrent en 1910 le SPI (Service de protection des Indiens). Sa principale tâche était de « pacifier » les peuples aborigènes en conflit avec la société nationale sur des questions de territoire.

Le SPI, précise Sabrina Vitalis, n’interférait pas avec les croyances indigènes, mais au contraire faisait respecter l’organisation interne des tribus, leur indépendance, leurs habitudes, langues et institutions. Ce respect de la diversité était conçu comme une période de « formation au développement » qui se conclurait par l’incorporation des Indiens dans la société nationale et la civilisation occidentale. En d’autres termes, même si les Indiens étaient enfin perçus comme dignes de coexister dans la communauté nationale, ils étaient néanmoins traités comme culturellement inférieurs.

Respecter davantage les différences et ne plus vouloir intégrer les Indiens à tout prix

Le 5 décembre 1967, le SPI est remplacé par la FUNAI (Fondation nationale de l’Indien). La protection des Indiens change alors de cap. La FUNAI respecte davantage leurs différences et n’essaie plus de les intégrer à tout prix ni de les mener vers le « stade ultime » de la civilisation. On va même jusqu’à éviter d’exposer les Indiens au monde « moderne », le contact n’étant établi qu’en dernier recours, si les Indiens sont en danger et qu’il est jugé nécessaire d’intervenir.

Cette politique de protection soulève des réactions hostiles, au point de demeurer un combat à l’issue incertaine.

Sabrina Vitalis relève que pour les colons, les agriculteurs et les autorités locales du Brésil, l’étendue des réserves attribuées aux Indiens est jugée trop importante par rapport à leur nombre. Alors qu’environ 350.000 Indiens sont répertoriés, le total des terres que le Brésil a délimitées et leur a remises formellement équivaut à près d’une fois et demie la superficie de la France. Le nombre de réserves devrait en outre croître au cours des prochaines années.

Les défenseurs de cette politique y voient néanmoins une compensation à « cinq siècles de génocide » et certains jugent insuffisante une délimitation de territoires « qui n’empêche pas que 85% de ces terres soient envahies par des colons et des petits agriculteurs ».

Des territoires sont même remis en question, tel le territoire yanomami. Le ministre brésilien de la Défense évoque une « erreur » concernant sa démarcation et manifeste l’urgence de la « réviser », ce qui, en clair, signifiera une réduction de superficie. L’installation récente sur ce territoire de trois casernes ajoute en outre la menace de la propagation, par les soldats, de maladies sexuellement transmissibles.

Ainsi, constate Sabrina Vitalis, non seulement toutes les réserves devant être attribuées aux Indiens ne le sont pas, mais en plus ces réserves ne suffisent pas à assurer leur protection. D’autant que, malgré l’action de la FUNAI, la violence envers les Indiens reste un problème de fond non résolu.

La célébration du 500e anniversaire de la « découverte » du Brésil illustra l’escalade de la violence. Cet anniversaire tourna au désastre du fait de la dure répression policière de manifestations indigènes contre les célébrations officielles. Ces incidents empêchèrent la remise au président brésilien, Fernando Henrique Cardoso, d’une Charte dans laquelle les Indiens revendiquaient notamment l’abrogation de leur statut obsolète, qui les considère encore comme mineurs et les place sous la tutelle de l’Etat, sans droit de vote ni celui de posséder un passeport.

Le combat continue donc, conclut Sabrina Vitalis. Selon elle, c’est en faisant connaître le sort de ces populations qu’elles pourront accéder à l’égalité. Et de citer Davi Kopenawa, porte-parole yanomami : « Je voudrais que vous, nos amis blancs, puissiez continuer à nous aider. Ne nous laissez pas seuls dans ce combat. Maintenez votre pression sur notre gouvernement. Continuez vos campagnes de lettres, continuez à lutter pour que nous vivions ».

Source : latinreporters.com - mercredi 20 février 2002

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