Porto Alegre 2005 (2)

Démocratisation de l’espace

Le changement d’espace occupé par le Forum Social Mondial a aussi été évalué de manière positive. Au contraire des éditions antérieures réalisées dans la capitale gaúcha, où les activités se concentraient sur le campus de la PUC (Université Catholique de l’Etat du Rio Grande do Sul), cette année, le FSM a été transféré sous les toiles des chapiteaux de Guaíba, un espace ouvert, public, collectif et démocratique. Le dénommé Territoire Social Mondial qui a abrité de nombreuses activités des onze espaces thématiques, s’est transformé en « un laboratoire pour changer la vie », comme le décrit la lettre de clôture de la rencontre.

Dans le territoire, plusieurs pratiques transformatrices se sont matérialisées : en exemple, la bio-construction qui a montré qu’une maison peut naître de l’ordonnancement rationnel que la nature offre mais aussi de l’économie solidaire, juste dans les prix et éthique dans la consommation. L’utilisation du software libre, le réseau de volontaires de traduction et les nouvelles formes de communication ont été incorporés au quotidien du Forum, démontrant leur viabilité et leur vocation à être concrétisées par ceux qui veulent un monde différent.

« Cela a été une réussite stratégique de faire le FSM sur le Territoire Social Mondial. Les valeurs du Forum s’y sont reflétées dans une ville cosmopolite, démocratique et universelle. Malgré les différences culturelles, de langage, une cohabitation pacifique et joyeuse a été possible et la culture n’a pas été considérée comme un objet de mercantilisation et d’aliénation mais comme un élément d’intégration entre les peuples et de mobilisation contre-hégémonique » affirme Miola

Gérer une ville de cette taille, tout en incluant les près de 40 000 jeunes installés dans le Camp International de la Jeunesse pour la première fois inséré à la structure du FSM, a été un autre défi de l’édition 2005. Le groupe de travail Développement Durable souhaitait un programme plus osé qui prévoyait par exemple l’énergie éolienne et des ampoules à faible consommation. Mais il a manqué d’argent. D’un autre côté, les tentes de bio-construction dans lesquelles se sont déroulées les débats se sont révélées bien plus agréables et supportables que celles de plastique qui, sous 40°, ont réchauffé les journées du Forum. Il y a eu moins de gaspillage dans les produits consommés et le ramassage sélectif a recueilli chaque jour deux tonnes de déchets recyclables. « Cela représente cependant à peine 30% de ce qui aurait pu être réutilisé. Des 25 tonnes de déchets organiques ramassés par jour, de 3 à 4 tonnes pourraient être recyclées. Cela a été un progrès mais nous attendions plus. Les participants au Forum ont encore a apprendre cela » précise Marcelo Furtado, directeur des campagnes de Greenpeace et membre du groupe de travail Développement Durable.

Heureusement, la température élevée et les problèmes liés aux déplacements n’ont pas entamé la motivation des participants qui ont participé en nombre aux débats, se sont promenés dans les différents lieux et ont vécu le Forum dans son intégralité. Durant le week-end, plus de 500 000 personnes ont circulé dans le Territoire Social Mondial, montrant ainsi que la ville de Porto Alegre, qui une fois de plus a reçu des citoyens du monde entier, voulait faire partie du processus.

« Nous avons eu plusieurs manifestations à travers la ville, la décentralisation des lieux et les différents événements simultanés ont permis au FSM d’être plus participatif. Une des causes de l’exclusion était que nous restions enfermés dans la PUC. Maintenant nous avons un espace ouvert, sans délimitation, sans obligation de porter un badge. Les personnes se sont senties encouragées à participer. Nous n’avons jamais compté avec une aussi grande participation de la ville de Porto Alegre. Les gens n’ont pas forcément participé à tous les débats mais ils sont venus pour sentir le climat. C’est important car le message est aussi culturel » affirme Cândido Grzybowski, également membre du Conseil International du FSM. 

Selon les estimations du comité organisateur, l’apport pour l’économie gaúcha a dépassé les 60 millions de dollars. Le réseau hôtelier a saturé, ce qui s’est traduit par une augmentation de 12% de l’occupation du réseau de la région environnante vers qui les participants qui n’avaient pas trouvé d’hôtel dans la capitale, se sont tournés.

Changement de profil

La plus grande des éditions du FSM a aussi cherché à démocratiser l’accès aux débats pour la population la plus exclue. Le fonds de solidarité alimenté par 5% du budget total de la rencontre a permis, par exemple, d’amener à Porto Alegre 400 indigènes de différentes parties de l’Amérique Latine. Près de 300 000 Reals ont été dépensé en frais de bus qui sont partis de toutes les capitales en direction du Sud, avec des sièges prioritaires pour les groupes sociaux les plus exclus. « Mais cela représente encore bien peu face au défi que nous nous donnons. 5% du budget n’est pas suffisant. Sans ressources canalisées nous ne pouvons pas modifier le profil du Forum » affirme Grzybowski.

L’ Ibase, organisation dirigeante, a créé un fonds propre grâce à la contribution de 0.5% du salaire de ses employés et a amené 40 habitants de quartiers défavorisés de Rio de Janeiro au FSM. Cidade de Deus, Morro da Tijuca et Santa Marta ont finalement connu le Forum. Et le Forum les a connu de près. L’Ibase est en train d’analyser les données d’une étude réalisée pendant le Forum s’appuyant sur 2500 entretiens, afin de tracer le profil des participants du 5è FSM.

Une chose est sûre, entre casquettes, chapeaux de paille, turbans, tchador et cocardes ; entre peaux noires, blanches, jaunes, marrons ; entre langues latines, arabes, slaves, indigènes et anglo-saxonnes ; entre drapeaux rouges, blancs, verts et arc-en-ciel, le profil du FSM est et continuera à être pluriel. C’est le visage qu’il avait lors de la marche qui a ouvert l’événement le 26 janvier et lors de sa clôture le lundi suivant, au son de groupes palestiniens, marocains et zambiens. En 2006, le Forum va se dérouler dans plusieurs lieux en même temps. Maroc, Venezuela, Mexique, Canada et Pakistan sont quelques uns des pays possibles. De nouvelles candidatures viendront. Décentralisé, le FSM entend être encore plus participatif et démocratique. Il continue autogéré, par des personnes qui ne croient pas seulement à un autre monde possible mais qui travaillent à sa concrétisation depuis déjà un bon moment.

Par Bia Barbosa

Source : Agência Carta Maior

Traduction : Emilie Sobac

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