Point de vue de la presse brésilienne sur l’intervention des troupes nationales dans les bidonvilles d’Haïti…

, par Aude Torchy

Fin novembre 2007. Dans les bureaux de Solidariedade França Brasil, à Rio, devant mon ordinateur. Un mail arrive. Tiens, des nouvelles d’une amie volontaire en Haïti. Elle m’écrit un mail et me parle de l’intervention controversée des troupes brésiliennes dans son pays d’accueil….« Controversée » ?!?! C’est étrange. Je suis l’affaire dans les journaux brésiliens depuis quelques jours et si on parle de quelques incidents, on lit surtout, ici ou là, que « les troupes ramènent le calme à Haïti »,….
Si la presse brésilienne souligne que la mission de paix des troupes brésiliennes semble accomplie, l’intervention des troupes nationales en Haïti est cependant au cœur d’une douce polémique au sein l’opinion publique. A la suite de cet échange avec ma nouvelle correspondante en Haïti, je commence mes recherches. Je trouve des articles dans la presse française notamment sur des exactions que les troupes de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti, commandée par le Brésil auraient commises. On parle même dans certains articles de « massacres » à Cité Soleil, quartier périphérique de Port-au-Prince. J’entame alors mes recherches dans la presse brésilienne. Les articles de fond ne sont pas tout à fait les mêmes….

L’intervention en Haïti : une stratégie politique affichée

Qu’est-ce qui différencie un casque bleu d’un autre ? Rien, si ce n’est le petit drapeau cousu sur le bras gauche qui indique l’origine des troupes de l’Organisation des Nations Unies. Depuis 2004, les Haïtiens voient un petit drapeau brésilien. Oui, c’est bien le Brésil qui a pris le commandement de la « Minustah », nom donné à la mission de paix en Haïti.
Si cette intervention en Haïti a été justifiée comme un acte solidaire envers le peuple latino-américain, le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, n’a pas caché ses ambitions. Le retour au calme en Haïti serait un argument de poids pour revendiquer un siège permanent au Conseil de Sécurité. Le Brésil est aujourd’hui reconnu comme un acteur incontournable sur la scène politique internationale. Pourtant, l’assise du plus grand pays d’Amérique Latine n’est pas encore visible dans les instances internationales.
L’action diplomatique récente brésilienne laisse penser que ce qui se passe en Haïti est un enjeu important. Le 21 septembre dernier, le chef de la diplomatie du Brésil, Celso Amorim, a effectué en Haïti, une visite d’une journée. Au cours de cette « visite d’amitié », il a déclaré que le Brésil s’est « toujours intéressé à Haïti et au développement d’Haïti ». Le président devait lui même se rendre en Haïti à la mi-novembre. Il a annulé sa visite à cause du passage de la tempête tropicale Noël en Haïti. Mais sa visite devrait s’effectuer au début de l’année 2008.

La presse brésilienne souligne particulièrement le rôle positif de ses troupes

La presse brésilienne informe régulièrement l’opinion publique de l’action des troupes brésiliennes en Haïti. Dans la presse récente, on trouve par exemple les titres suivants :

  • « Les Brésiliens sont perçus comme des « gens bien » en Haïti », BBC Brésil, 10 septembre 2007
  • « L’Haïti sert d’exemple d’action militaire », Folha do São Paulo, 5 novembre 2007
  • « Minustah : les protestations contre sa présence sont minoritaires », agence EFE, 23 novembre 2007
    Les « incidents » commis vraisemblablement en 2006 ont fait l’objet de « brèves » dans les médias commerciaux. En fouillant un peu, on trouve plusieurs médias notamment sur Internet, moins connus du grand public, qui parlent de « Massacre commandé par les troupes brésiliennes en Haïti » comme le CEMI (Centre de Média Indépendant), dans un article du 27 décembre 2006.

L’intervention du Brésil en Haïti questionne toutefois les Brésiliens

En discutant de ce sujet avec des Brésiliens, on parle peu des possibles exactions de l’armée brésilienne. Je ne l’interprète pas comme un acte nationaliste mais plutôt comme un manque d’information à ce sujet. Car cette présence controversée des Brésiliens en Haïti n’est à mon sens pas véritablement lisible dans les grands médias.
Toutefois, on peut parler quand même de douce polémique car dans les discussions, ce qui est perceptible, c’est le questionnement suivant : pourquoi le Brésil réussit-il à ramener le calme en Haïti alors qu’il y a des zones de violences extrêmes au Brésil ? Il faut tout de même rappeler qu’on annonce, chaque année, le chiffre de 25 000 personnes tuées par balles au Brésil. Selon l’ONU, le Brésil est le premier pays du monde pour le nombre des tués par balle. Les Brésiliens eux-mêmes parlent fréquemment de « guerre » pour parler des violences qui se déroulent le plus souvent dans les favelas. Cela m’a parfois fait sourire au début. Je me disais « le Brésil, c’est quand même pas l’Afghanistan ! ». Et, heureusement, ça ne l’est pas. Mais je les entends aussi, au loin, ces coups de feu, régulièrement. C’est une violence audible. La presse brésilienne la rend visible, sous forme de faits divers.
Alors, si ces « massacres » ont bien eu lieu en Haïti, pourquoi la presse brésilienne ne s’est-elle pas attardée sur le sujet ?

Aude - 02/01/2008


Aude est partie au Brésil pour un an dans le cadre d’un Programme de volontariat de solidarité internationale, programme porté par l’association Echanges et partenariats. Elle va faire le lien entre l’association Solidariedade França Brasil (SFB) qui actue dans la banlieue nord de Rio et Autres Brésils. Régulièrement, elle nous écrit pour nous faire part de ses impressions et réflexions.


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