Ne buvez pas d’eau, buvez de la bière !

, par Laura Capriglione

Source : Medium.com - 09/11/2014
Photos : MIDIA NINJA

Traduction pour Autres Brésils : Anne-Laure BONVALOT (Relecture : Hélène BREANT)


Dans la favela de Novo Itu, des familles sont restées plus d’un mois sans recevoir d’eau du système public. Le combat pour l’économie et le stockage de l’eau dans des barils occupe une bonne partie de l’espace des foyers. La conservation artisanale de l’eau peut être propice à la prolifération de maladies, comme la dengue.

En 2007, la Mairie d’Itu, ville située à 102 kilomètres de São Paulo, a décidé de privatiser le service qui gérait en régie l’eau et l’évacuation des eaux usées, en confiant la gestion à une entreprise nommée Águas de Itu (Eaux d’Itu). On se disait que la ville serait enfin à l’abri des pénuries comme celle survenue en 1991, alors qu’une tempête avait détruit des barrages, interrompant l’approvisionnement de la ville trois jours durant. Ou comme en 1999/2000, lorsqu’une sécheresse sévère, la pire que la municipalité ait connue jusque-là, avait une fois encore privé la population d’eau pendant deux jours.

L’appel d’offre qui s’est soldé par la privatisation de la gestion de l’eau et de l’évacuation des eaux usées d’Itu mentionnait que le service devait être assuré « de sorte que les besoins d’intérêt public soient couverts, en remplissant les exigences de qualité, de continuité, de régularité, d’efficacité, d’actualité, d’intérêt général, de diligence dans les prestations, de sécurité et de modicité des tarifs ».

On fait dire n’importe quoi au papier. Y compris des mensonges.

Car l’entreprise Águas de Itu qui a remporté l’appel d’offre a échoué et continue d’échouer, ne satisfaisant à aucune des exigences stipulées.

La classe moyenne, les pauvres et les malades d’une ville comptant 163 882 habitants (selon une estimation IBGE effectuée en 2013) subissent depuis février 2014 un rationnement drastique de l’eau : dans certains quartiers, voilà déjà 55 jours que les robinets sont à sec. Dans toute la ville, on peut voir des banderoles et des affiches sur les façades : « Itu appelle à l’aide ! »

Chose incroyable : c’est précisément le 22 septembre 2014, suite à une manifestation où 2 000 personnes se sont réunies devant la Mairie, en plein centre-ville, pour demander de l’eau, un droit essentiel, que la Mairie et l’entreprise Águas de Itu ont décidé de réagir.

Rappelons les faits : la manifestation a réuni des centaines de femmes au foyer et de ferventes catholiques de la ville, munies d’œufs et de tomates qu’il s’agissait de lancer sur les politiciens et sur le bâtiment de la Mairie. Quant aux adolescents qui les accompagnaient, ils étaient chargés de lancer des pierres.


La première manifestation #ItuVaiParar a réuni plus de 2000 personnes pendant la crise du ravitaillement. Principalement des femmes et des personnes âgées, qui jetaient des oeufs et interpellaient les pouvoirs publics sur leurs responsabilités, déléguées à l’entreprise privée Águas de Itu.

Les CRS ont été appelés en renfort pour disperser la manifestation des « sans-eau », qui s’est soldée par des jets de bombes paralysantes et de gaz lacrymogène dont les femmes, les personnes âgées, et même les enfants ont fait les frais.

Quelques jours plus tard, le Maire Antonio Luiz Carvalho Gomes, surnommé « Tuize » (PSD, Parti Social-Démocrate ), effrayé par la rébellion, a annoncé que l’entreprise Águas de Itu construirait une conduite permettant d’acheminer jusqu’à Itu l’eau de la rivière Mombaça, située à 22,5 kilomètres du centre-ville. Le coût des travaux, qui devraient durer quatre mois, s’élève à 30 millions de réaux. L’inauguration est prévue pour janvier 2015 : la conduite devrait pourvoir à 50% des besoins en eau du centre-ville, où vivent quelque 100 000 personnes.

Cela devrait résoudre le problème.

Autre mesure prise juste après les manifestations : la semaine dernière, – pas avant – l’entreprise privée qui gère l’eau et l’évacuation des eaux usées a commencé à draguer le fond des sept réservoirs d’eau qui approvisionnent la ville. Ils sont pleins d’immondices et de boue à cause de l’érosion du pourtour des bassins. Une fois l’opération finie, la capacité de rétention des barrages de la ville augmentera de 30%.

Le colonel Marco Antonio Augusto, Maire adjoint chargé de la Sécurité et des Transports, également porte-parole actuel du Comité de Gestion de l’Eau mandaté en urgence pour résoudre la crise, en convient : « Les analyses menées actuellement par les membres du Comité indiquent qu’il aurait dû y avoir davantage d’investissements en la matière ».

Depuis janvier 2014, on savait que la situation climatique était alarmante, voire gravissime. Mais le Maire s’est contenté de décréter la tenue d’une distribution d’eau toutes les quarante-huit heures. Une nuit avec, une nuit sans. Aucun investissement supplémentaire. S’ils avaient débuté en janvier, les travaux auraient été terminés en mai, et il aurait été possible d’approvisionner Itu avec l’eau de la rivière Mombaça. La ville et ses habitants auraient moins souffert.


Un habitant d’une résidence populaire monte 4 étages tous les jours pour stocker de l’eau. Les immeubles ne sont plus approvisionnés depuis plus de 2 mois, d’où une situation encore plus difficile pour les étages supérieurs du fait de la faible pression dans les canalisations.

Mais qui cela intéresse-t-il au fond ?

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