Manifeste contre les déclarations du président de la FUNAI

 | Par COIAB

Manifeste contre les déclarations du président de la FUNAI, Mércio Gomes, qui propose de limiter le droit territorial des Peuples Indigènes du Brésil

La Coordination des Organisations Indigènes d’Amazonie Brésilienne (COIAB), en réponse aux déclarations du président de la Fondation Nationale de l’Indien (FUNAI), Mércio Pereira Gomes, véhiculées par la presse le 12 Janvier 2006 questionnant le droit originel des peuples indigènes aux terres qu’ils occupent traditionnellement, vient en public manifester :

Incommodé par la divulgation d’informations sur le nombre élevé d’Indiens morts durant l’année 2005, dû en majeure partie à la lenteur des procédures de régularisation des terres indigènes, conséquemment à la pression et aux actes de violence commis contre cette population par les plus divers types d’envahisseurs, le président de la FUNAI, Mércio Gomes, déclare à l’Agence de Presse Reuters, le 12 Janvier 2006, que les peuples indigènes du Brésil ont trop de terres : « Jusqu’à présent, il n’y a pas de limites concernant leurs revendications foncières, mais nous arrivons à un tel point que le Tribunal Fédéral Suprême aura à définir une limite. »

La COIAB réaffirme publiquement que les Indiens morts au Brésil, soit du fait de la violence pratiquée par les envahisseurs, soit du fait de l’incapacité à définir et implanter des politiques publiques efficaces et de qualité dans les domaines de la santé, de l’éducation et du maintien des peuples indigènes, relèvent bel et bien de la responsabilité de l’actuel gouvernement, que ces années de mandats ont totalement fait oublié les engagements pris durant plus de 20 ans conjointement par les leaders et les instances représentatives des peuples indigènes. C’est seulement durant l’année 2005 que ce gouvernement s’est ouvert au dialogue avec le mouvement indigène , après de nombreuses pressions de ces peuples et de leurs organisations qui furent toujours ignorés et non respectés, en particulier par le président de la FUNAI.

En relation avec la démarcation des terres et les revendications des peuples indigènes, comprenant non seulement la régularisation, mais aussi les Programmes de Vigilance, la protection et le maintien de ces terres, il est lamentable de constater que l’anthropologue Mércio Gomes tente de dévaloriser l’importance de la terre et les conséquences du manque de celle-ci pour les peuples indigènes, contredisant les affirmations qu’il expliqua lui-même lors de l’étude développée sur le peuple Tenetehara (Guajajara) dans l’état de Marignan : « Un peuple indigène sans terres suffisantes pour exercer son mode de vie se voit forcer de changer, de laisser de côté beaucoup de caractéristiques sociales et culturelles qui renforcent son ethnicité et de s’adapter à un monde nouveau, plus proche du mode de vie paysan. A la limite, l’ethnie peut se désagréger en groupes familiaux ou en individus déconnectés qui se mettent à chercher leur propre survie, à titre personnel... »

Vu sa déclaration : « Il y a trop de terres. Jusqu’à présent, il n’y a pas de limites concernant leurs revendications foncières », le président de la FUNAI paraît en réalité vouloir que cela devienne le destin des peuples indigènes. Et cette intention ethnocide, il propose qu’elle soit institutionnalisée à travers la décision du Tribunal Fédéral Suprême (STF), limitant le droit territorial des peuples indigènes.

En pratique, le président de la FUNAI a déjà agit en ce sens, étant l’un des principaux responsables de la paralysie des processus de régularisation des terres indigènes depuis la fin 2003. Il est vain maintenant de tenter de démentir ses affirmations dépassées, car celles-ci furent déjà depuis longtemps légitimées par les mesures institutionnelles telles que la réduction de la Terre Indigène Baú, du peuple Kaiapó, dans l’état du Pará.

Vouloir que le STF limite les droits territoriaux des peuples indigènes, c’est pousser à commettre un acte dictatorial d’inversion du droit constitutionnel de ces derniers, en faveur des intérêts économiques et politiques qui, comme le président de la FUNAI, proposent et défendent la réduction des terres indigènes au Congrès National, méprisant la grande diversité ethnique et culturelle composée par plus de 230 peuples indigènes différents ; une réalité qui dispense de comparaisons stupides comme celles selon laquelle l’aire occupée par les Indiens au Brésil est plus grande que celle des pays d’Europe.

Vanter le gouvernement Lula pour avoir homologué la Terre Indigène Raposa Serra do Sol revient à dire que le Brésil a une des politiques indigénistes les plus avancées, mais aussi vouloir cacher la forêt avec l’arbre, car l’actuel gouvernement ne remplit rien de plus que son rôle constitutionnel.Le processus de régularisation de ces terres, n’arrive seulement qu’après de nombreuses pressions et de gros dégâts et souffrances des organisations et peuples indigènes de la région, provoqués par la morosité des propres insttutions et autorités du gouvernement. Le volume réduit des Terres Indigènes régularisées et la situation de calamité publique dans laquelle se trouve la santé indigène dans tout le pays, pour citer à peine deux aspects de l’éventail des droits des Indiens, ne vont pas de pair avec la rhétorique d’une politique indigéniste louable.

La COIAB a raison quand elle diverge, à propos de l’indication par le gouvernement Lula de l’anthropologue Mércio Gomes pour la présidence de la FUNAI, car maintenant lui-même s’assume comme ennemi déclaré des peuples indigènes sur la question du droit territorial de ceux-ci, faisant écho aux intérêts des gros fermiers, des exploitants de scierie et autres envahisseurs intéressés par la richesse des terres indigènes et qui désirent l’extinction physique et culturelle des Indigènes.

Il incombe désormais au gouvernement du président Luis Inacio Lula da Silva d’attester face à l’opinion publique nationale et internationale si le point de vue défendu par le président de la FUNAI est la vision qui sous-tend sa politique indigéniste. Le cas échéant, qu’il donne une démonstration de qui dirige quoi au sein de ce pays, en destituant immédiatement l’anthropologue Mércio Pereira Gomes, avant qu’il ne fasse plus de dégâts non seulement à son gouvernement, mais par-dessus tout, au droit sacré des peuples indigènes de profiter des terres qu’ils occupent traditionnellement. Mais cette substitution ne suffit pas.

Le gouvernement doit démontrer que de ce fait il existe un compromis avec les peuples indigènes et que la Nouvelle Politique Indigène tant décriée du début de mandat vienne à se concrétiser par des actions concrètes, par des politiques publiques cohérentes avec les désirs, demandes et aspirations des peuples indigènes.

Manaus, le 17 Janvier 2005

La Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne (COIAB)

Source : CIMI

Traduction : Caroline Don pour Autres Brésils

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