Lettre aux évêques (2)

C’est dans cette guerre déclarée aux pauvres qu’a eu lieu l’expulsion de la grande ferme Rio Vermelho, dans la commune de Sapucaia, au sud du Pará, propriété du groupe Quagliato, connu comme le roi du bétail au Brésil, qui possède environ 100.000 hectares de terres dans la région de Xinguara, avec plus de 130.000 têtes de bétail.

De cette ferme, environ 300 familles de sans terre ont été expulsées par la police le 27 mars 2006 par ordre judiciaire. Aussitôt après, a été rendu public le fait que ces terres où se situait le campement des sans terre appartenaient à l’Union fédérale et ont été illégalement possédées par le Groupe Quagliato.

Malgré les dénonciations d’expulsion illégale, le juge de la Chambre Agraire s’est récusé à révoquer la décision prise en référé. Par ailleurs, le Groupe Quagliato a été pris, au moins
trois fois, par le Ministère du travail, en flagrant délit de travail esclave, et par la police fédérale, de maintien en situation d’esclavage de groupes de travailleurs ruraux. Son nom fait partie de la « liste sale » du Ministère du travail diffusant le nom de ceux qui pratiquent le travail esclave.

Par ordre du gouverneur de l’état, Simon Jatène, et du
secrétaire à la défense sociale, Manoel Santino, deux semaines après l’expulsion illégale, le bataillon de choc de plus de 200 policiers, avec des équipements modernes, y compris un hélicoptère, continue au service du groupe Quagliato, protégeant ses fermes. Et, pendant ce temps, la population du sud et du sud-est du Pará continue victime de constantes attaques à main
armée sur les routes, dans les rues, résidences, commerces, banques et d’autres formes de violence, sans avoir droit à la même protection que les grands fermiers. En plus de cela, des dizaines de mandats d’arrêt décrétés contre des fermiers, accusés d’assassinats de travailleurs, ne sont pas exécutés par la police, laquelle n’a toujours pas arrêté Adilson Laranjeira Carvalho et Vantuir Gonçalves de Paula, fermiers condamnés le
24 mai 2003 pour l’assassinat du syndicaliste João Canuto.

Au cours de la même semaine a eu lieu la destruction du siège de la ferme Peruana par les sans terre. Il s’agit d’une grande ferme constituée de parcelles de terres publiques de l’Etat du Pará, qui a aussi été prise en flagrant délit de pratique du travail esclave, occupée par environ 1 000 familles menacées d’expulsion, qui espèrent sa désapropriation depuis deux ans afin de pouvoir s’installer officiellement. Les propriétaires sont issus d’une famille extrêmement riche de la région connue pour sa violence. Ils possèdent également la ferme Cabaceiras, prise aussi en flagrant délit de pratique du travail esclave, occupée depuis 1999, où ont été réalisées trois expulsions. Actuellement, la désapropriation a été décrétée mais on attend le jugement du recours du fermier au Triunal Fédéral Suprême.

Ainsi, face aux promesses non réalisées, aux persécutions et aux criminalisations constantes, et face à l’impunité des crimes de l’agro-business, comment ne pas comprendre qu’inévitablement puissent arriver des actions de désespoir et de révolte, comme celle de la destruction du siège de la ferme Peruana ?

Il y a des années que nous acompagnons le travail du MST et d’autres mouvements sociaux du monde rural, spécialement dans le sud et le sud-est du Pará. Nous pouvons affirmer que la violence n’est pas une stratégie de ces mouvements ; au contraire ce sont eux qui sont victimes de la violence de la police et des fermiers. Le massacre d’Eldorado du Carajás, oú ont été assassinés 19 sans terre le 17 avril 1996, en est un triste exemple.

Bien que la lutte de ces mouvements pour la terre ait un carctère pacifique, il arrive qu’à certains moments elle soit aussi violente. Il en a été ainsi quand les hébreux se sont enfuis de l’esclavage d’Égypte. Après de longs campements dans le désert, ils ont eu à mener de violents combats pour la conquête de la Terre Promise.

En regardant les visages de ces mères et pères de famille sans terre, défigurés par la souffrance et l’extrême pauvreté, méprisés, exclus de la société, leurs enfants sous-alimentés, affamés de pain, de droits et de justice, comment ne pas contempler la figure de Jésus, telle que la décrit le prophète Isaie : « Il n’avait aucune beauté, rien d’attrayant, aucune apparence agréable , il était méprisé comme le dernier des mortels, homme plein de douleurs, plein de souffrances ; quand nous passions devant lui, nous le frappions au visage ; il était si méprisable que nous ne lui prêtions aucune attention. » (Is 53,2-3)

En ce temps de Carême, face à cette réalité de souffrance du peuple de la terre, nous renouvelons notre engagement et fortifions notre espérance avec les paroles du prophète paysan : « Ils planteront leurs vignes et boiront leur vin, ils feront leur verger et mangeront leurs fruits. Je vais les planter dans leur propre terre et plus jamais ils n’en seront arrachés. » (Amos 9, 1-14-15).

Fraternellement,

Via Campesina, Commission Pastorale de la Terre, Pastorale de la Jeunesse Rurale, Mouvement des Sans Terre, Mouvement des Femmes Paysannes, Mouvement des Victimes des Barrages, Mouvement de Petits Agriculteurs. Pastorales Sociales des diocèses de Marabá et Conceição do Araguaia, Comitê Dorothy et Fédération des Travailleurs em Agriculture du Sudeste du Pará.

Belém, le 12 avril 2006.

Traduction revue par Autres Brésils

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