Lettre au président Lula

, par Collectif

Dans le cadre des manifestations du 1er mai 2003, des artistes, des intellectuels et des économistes, des religieux ont remis une lettre au président Lula, exprimant leurs préoccupations et leurs positions face à l’adhésion du Brésil à l’ALCA (Zone de libre-échange des Amériques) et face à l’autonomie de la Banque centrale du Brésil par rapport au gouvernement (dirigée par l’ancien PDG de la banque américaine Bank Boston).

La lettre ouverte demande l’organisation d’un plébiscite pour que ces deux thèmes soient débattus et votés par la population. Il faut rappeler que, antérieurement à l’élection de Lula, qui a pris ses fonctions en janvier 2003, une vaste mobilisation s’était développée afin d’organiser un référendum populaire contre l’ALCA.
Ci-dessous, le texte de cette lettre.


Monsieur le Président,

Cette lettre est envoyée par des personnes qui vous apprécient et qui admirent votre trajectoire politique, et qui désirent vous apporter toute leur aide afin que, Monsieur le Président, vous puissiez répondre aux énormes espérances que votre victoire a suscitées au sein du peuple brésilien.

Conscients de la situation économique et financière du pays, nous percevons clairement les difficultés internes et externes qui ont conduit le gouvernement à promulguer des mesures de restriction des dépenses et une augmentation des taux d’intérêt. Nous savons, au-delà de cela, que la globalisation provoque des modifications substantielles dans l’économie mondiale et qu’il sera très difficile de développer le pays sans participer d’une façon ou d’une autre à la communauté financière internationale.

Tenant compte de tout cela, ces contraintes ne peuvent impliquer la renonciation à notre souveraineté. Deux mesures sont particulièrement préoccupantes sur ce plan : la négociation de l’ALCA et la prétendue autonomie de la Banque centrale.

La première - comme certains d’entre nous l’ont déjà expliqué de façon détaillée et à partir de développements raisonnés et répétés - exposerait nos producteurs industriels, agricoles et de services à une concurrence absolument inégale, dont la première conséquence serait une dénationalisation encore majeure de notre appareil productif. Et, par la dimension de ces accords, qui dépassent des accords d’ordre commercial et qui touchent à l’agriculture, aux investissements, aux commandes d’Etat, à la monnaie, aux services, il apparaît clairement que l’intention du gouvernement des Etats-Unis est de recoloniser le continent à partir de ses intérêts spécifiques.

La seconde négociation (autonomie de la Banque centrale) implique la remise du contrôle de notre monnaie aux capitaux étrangers et, dès lors, la renonciation à un projet national. On ne peut cacher que, étant donné que les secteurs les plus dynamiques de notre économie sont dans les mains d’entreprises étrangères, l’autonomie de la Banque centrale ne signifie rien d’autre que transférer à ces dernières l’établissement du taux de change de notre monnaie.

Pour ces raisons, nous prenons la décision de vous envoyer cette lettre. Selon nous, aussi bien l’ALCA que l’autonomie de la Banque centrale sont des questions non négociables, puisqu’elles touchent l’intangibilité de la souveraineté propre de la nation. Des décisions d’une telle ampleur doivent être prises par le détenteur de cette souveraineté : le peuple brésilien. Ainsi, chaque Brésilien et chaque Brésilienne devrait être appelé à se prononcer sur ces deux questions lors d’un plébiscite convoqué à cette fin précise.

Le plébiscite permettrait un grand débat national sur ces deux thèmes, leur donnant de cette façon un fondement véritablement démocratique.

Nous sommes convaincus qu’une attitude ferme du Brésil changerait la position des forces qui font pression sur les pays et ouvrirait la voie pour que nous puissions construire de façon autonome des chemins qui conviennent mieux à notre développement.

Si le gouvernement se voyait placé dans une situation conduisant à une rupture avec les forces qui exercent sur lui des pressions, sachez, Monsieur le Président, que les représailles ne seraient pas insupportables. Notre économie est suffisamment forte pour y résister et notre peuple suffisamment politisé pour vous donner l’appui nécessaire dans un tel affrontement.

1er mai 2003


Signataires :

Alfredo Bosi ; Ana Maria Freire ; Ana Maria Castro ; Ariovaldo Umbelino de Oliveira ; Augusto Boal ; Beth Carvalho ; Benedito Mariano ; Bernardete de Oliveira ; Chico Buarque ; Carlos Nelson Coutinho ; Dom Demetrio Valentini ; Dom Paulo Arns ; Dom Pedro Casaldaliga ; Dom Tomas Balduino ; Emir Sader ; Fábio Konder Comparato ; Fernando Morais ; Francisco de Oliveira ; Joana Fomm ; Haroldo Campos ; Leonardo Boff ; Margarida Genovois ; Maria Adelia de Souza ; Manuel Correia de Andrade ; Marilena Chauí ; Nilo Batista ; Pastor Ervino Schmidt/IECLB ; Plínio Arruda Sampaio ; Oscar Niemeyer ; Ricardo Antunes ; Sergio Haddad ; Sérgio Ferolla, brigadeiro ; Tatau Godinho ; Valton Miranda


Source et traduction : A l’encontre

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