Les suites de la lutte des Tupinikim et Guarani contre Aracruz Celulose

Après la destruction, en janvier dernier, des villages Tupinikim et Guarani par les
tracteurs de l’entreprise Aracruz Celulose avec l’appui de la police fédérale (ici), plusieurs centaines de messages internationaux de
solidarité avec la lutte des autochtones pour récupérer les terres qui leur
appartiennent légitimement ont été adressés aux autorités brésiliennes.

L’attention accordée par la presse étrangère à la violence de la police et aux
nombreuses irrégularités entourant la décision du juge (qui a motivé l’action de la
police et sur laquelle le ministère public fédéral est en train d’enquêter) a poussé la
maison royale de la Suède à retirer sa participation financière dans la société Aracruz
(partenaire de l’entreprise suédo-finnoise Stora Enso dans l’usine de pâte Veracel,
située dans l’État de Bahia). La société d’investissement privée de la famille royale
suédoise, Gluonen (qui appartient à la princesse héritière Victoria, à son frère le
prince Carl Phillip et à sa soeur la princesse Madeleine) avait un paquet d’actions
d’Aracruz de grande valeur. Lorsque les médias ont redoublé leurs critiques, ils ont
décidé de vendre ces actions ; cette décision a été applaudie par les ONG
environnementalistes suédoises.

Le 28 janvier, les Tupinikim et Guarani, avec l’aide de groupes d’appui, de
mouvements d’étudiants et du MST (Mouvement des paysans sans terre), ont passé
la journée à reconstruire le village en ruines d’Olho d’Água.

Dans le domaine juridique, les services du ministère public à Espírito Santo
préparent un nouvel appel où ils demandent au juge fédéral d’accorder aux Tupinikim
et Guarani le droit d’occuper la zone jusqu’à ce que le gouvernement fédéral prenne
une décision définitive au sujet de la démarcation.

Le 30 janvier, avec l’appui de diverses autorités, une délégation de 8 leaders
indigènes s’est réunie pendant 30 minutes avec le président de la république, Luíz
Inácio ’Lula’ da Silva, à l’aéroport de Vitória, à la fin d’une courte visite du président dans
l’État d’Espírito Santo. Le président leur a promis qu’il enverrait le ministre de la
justice, Márcio Thomaz Bastos, parler directement avec eux, pour résoudre le
problème de la démarcation.

Lula a tenu sa promesse. Le 9 février, une commission indigène de 20 chefs et
leaders s’est réunie pendant une heure et demie avec le ministre de la justice et le
président de la FUNAI (Agence fédérale pour les affaires indigènes), Mércio Pereira
Gomes, qui ont promis de publier la nouvelle étude sur la zone indigène menée en
novembre et décembre 2005 pour actualiser et compléter certains aspects des
études antérieures faites par la FUNAI entre 1994 et 1998.

L’étude du Groupe de Travail (GT) de la Fondation nationale de l’Indien (FUNAI)
menée à Espírito Santo a été publiée fin février. Elle confirme la légitimité des terres
indigènes, raconte leur occupation depuis des temps immémoriaux et souligne les « 
retranchements successifs de leur territoire traditionnel, en fonction de politiques
erronées qui, depuis des années, limitent et rendent en quelque sorte inviables les
droits et les perspectives des peuples indigènes
 ». Il s’agit d’une mise à jour d’un
premier travail effectué par le GT en 1997, où l’on reconnaissait déjà que les terres
du Nord de l’État appartenaient aux autochtones. La confirmation actuelle est un pas
très important vers l’homologation définitive des 18 070 hectares en question.

L’étude mentionne aussi la transformation du mode de vie traditionnel que la
présence d’Aracruz Celulose a imposée dans la région
. Les plantations d’eucalyptus
introduites et maintenues par Aracruz Celulose sont considérées comme
responsables de « profondes transformations [de l’environnement] que l’entreprise
insiste à nier
 ». Pour le GT, les communautés indigènes se retrouvent aujourd’hui
devant une détérioration généralisée des conditions environnementales, qui
comprend la destruction des forêts et de la faune, la contamination ou l’assèchement
des ruisseaux et l’appauvrissement des sols.

Autrefois, le gibier y était abondant et varié (tatou, pécari, paca, cotia, cerf, jacu,
tamanduá, jacutinga, jacupemba, macuco, coati
), mais le déboisement a provoqué
l’extinction de presque toute la faune autochtone
. À l’heure actuelle, l’élevage de
poules, cochons, chèvres et vaches, qui n’en est qu’à ses débuts, représente un
complément alimentaire et une possibilité de revenus.

Le manque d’eau des fleuves et des ruisseaux proches des villages y est mentionné
aussi. D’après le GT, les fleuves et les ruisseaux de la région sont contaminés.
D’autre part, les eaux du fleuve Doce ont été détournées vers le fleuve Riacho pour
les besoins d’Aracruz Celulose ; cela a fait disparaître ou diminuer considérablement
les espèces de poissons traditionnellement utilisées par les indiens, et augmenter le
nombre des poissons prédateurs et fortement compétitifs comme le piranha et le
poisson-chat africain. Ainsi, les techniciens du GT reconnaissent non seulement la
légitimité des terres indigènes mais les préjudices d’ordre culturel, environnemental
et social qui ont découlé de l’installation d’Aracruz Celulose dans la région.

Les étapes de l’accord entre les Indigènes et la multinationale figurent elles aussi
dans l’étude, avec des informations sur la démarcation qui avait été autorisée par le
ministre de la justice de l’époque, Iris Resende. Cette démarcation n’avait concerné
qu’une partie des terres indigènes et il y avait eu certaines irrégularités, que le
ministère public d’Espírito Santo avait reconnues. Les Indigènes l’ont considérée
comme illégale et c’est elle qui a conduit à l’utilisation des terres par des tiers et à
l’épuisement du sol, dont la fertilité est actuellement compromise.

La publication de l’étude marque le début du délai de 90 jours dont dispose la
multinationale pour y répondre et pour envoyer son rapport à la FUNAI. Celle-ci aura
à son tour 60 jours pour préparer et signer un rapport qui sera présenté au ministère
de la justice.

La lutte des Tupinikim et Guarani se poursuit, et ils vous demandent de continuer à
les appuyer !

Article fondé sur des informations tirées de : « Follow-up on the violent Federal Police
action against the Tupinikim and Guarani indigenous peoples in Brazil
 », Réseau
Alerte contre le Désert vert, 10 février 2006, envoyé par Winfridus Overbeek, FASE - ES, adresse électronique : winnie.fase@terra.com.br ; « Funai publica estudo que
confirma ocupação de terras indígenas pela Aracruz Celulosa
 », Flávia Bernardes ;
« Royal News : Sweden’s Royals Sell Forestry Shares », Femalefirst,

Source : Bulletin 103 du WRM

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