Les rêves d’un Tariano à São Paulo

 | Par outraspalavras

Traduction pour Autres Brésils : Pascale Vigier
Relecture : Patrick Louis

Parti de l’État d’Amazonie à la suite de conflits et de la domination de l’Église catholique, il a trouvé dans la métropole des moyens de nourrir sa famille, faire des films et enseigner sa culture dans les écoles. Il désire un coin de terre, pour maintenir son savoir ancestral…

L’histoire d’Anderson Peixoto Moreira pourrait faire l’objet d’un film. Kary Báya, de son nom autochtone, est acteur, ayant différents emplois au cinéma et à la télévision, producteur culturel et promoteur de la culture de son peuple Tariano [1], et même entrepreneur, survivant à São Paulo dans le secteur du contrôle des insectes nuisibles de la ville. Anderson est né à Iauaretê, dans le Alto Rio Negro [2], frontière du Brésil avec la Colombie. Frontière de pure invention, car elle n’existe pas pour plus de 22 peuples d’origine qui vivent là, parlent diverses langues et entretiennent des relations à travers un système social, politique et culturel complexe, dans des villages, des communautés et des familles dispersés à travers les terrains et les rivières, dans les deux pays. Une population qui depuis pratiquement 200 ans vit auprès des non autochtones – seringueiros (extracteurs d’hévéa), commerçants, missions religieuses, militaires, orpaillage et extraction minière – confrontée et résistante à beaucoup d’irrespect et de violence à l’encontre des personnes, des territoires et des cultures. Ces peuples ont déjà été réduits en esclavage par les seringalistas [3] au début du siècle dernier ; endoctrinés ; entraînés à être “civilisés”, en apprenant des métiers dans des internats administrés par les missions catholiques, loin de leurs villages et de leurs traditions. De nombreuses filles ont été confiées à des familles non autochtones, “recueillies” pour s’occuper des maisons et des enfants, sans avis de leurs parents, sans rémunération ni droits, enlevées même en dehors de leur pays dans cette condition de travail d’esclave.

Durant les dizaines d’années du gouvernement militaire, la région a été occupée par des détachements de l’armée dans le but de consolider les frontières et d’affermir la souveraineté nationale. Y était adjoint un contrôle de la population locale contre une rébellion possible qui pourrait, avec l’aide internationale, démembrer cette région du Brésil. L’occupation a continué ensuite, sous le gouvernement Sarney [4], avec le Projet Calha Norte [5], livrant l’exploitation de minerais et autres biens à des entreprises transnationales.

Cette idée belliqueuse, de défense des frontières contre un ennemi imaginaire, et l’occupation des zones forestières, bien qu’elles soient sous protection constitutionnelle grâce aux réserves de protection environnementale et des Terres Autochtones Régularisées, est redevenue un objectif du gouvernement. Ainsi en est-il avec une incitation à l’orpaillage illégal, au déboisement, au brûlage des terres de la Fédération et à l’agression explicite des populations traditionnelles, par la dissémination du coronavirus, les fusillades, la pollution des rivières par le mercure.

La situation de ce territoire et de bien d’autres semble ne pas changer, malgré les différentes tendances et idéologies des gouvernements qui administrent le pays au cours des siècles. Les intérêts économiques immédiats sont au-dessus de la loi, de la protection de la vie et du patrimoine naturel.

Anderson fait partie de cette histoire et sa trajectoire nous aide à comprendre combien cette réalité pèse sur les gens. Il vit à São Paulo depuis moins de trois ans, avec plus de 12 personnes de sa famille. Comme de nombreux autres autochtones de cette région du pays, ils se sont vus forcés à quitter leur lieu d’origine pour chercher une vie plus tranquille, avec de la sécurité et une chance d’avenir. Comme d’autres parents, Kary Báya souffre de l’exil à distance des lieux sacrés révélés dans les mythes de son peuple, et la domination des non autochtones sur son territoire, sur la vie et l’âme des personnes le révolte.

Dans ce récit, il parle des chemins parcourus jusqu’à son arrivée à São Paulo, de son travail d’acteur et de promoteur culturel, des sentiments de rage et d’indignation, des rêves et des contradictions de la vie d’autochtone réfugié.

“Mon nom est Kary Báya, je suis né dans le district de Iauaretê [6], auparavant lieu d’origine du clan auquel j’appartiens, les Dyroá, ‘les fils du tonnerre’, et qui maintenant n’est plus le nôtre, occupé par différentes ethnies et de nombreux intérêts. Cet endroit n’était plus un village depuis longtemps, il s’est transformé en une petite ville, avec des rues, des maisons, une école et la présence importante des pères. Les Salésiens sont présents depuis plus de 100 ans.

Comme la plupart de la population de Iauaretê, notre famille travaillait dans l’agriculture, les champs, la pêche et la chasse. Quelques personnes ont été préparées par les pères à une profession telle que plombier, électricien, maçon, des métiers de la construction civile. Mon père est allé travailler avec les sœurs, comme maçon. Nous avons continué dans l’agriculture, avec ma mère. Quand a commencé le programme Bolsa Familia [7], au début des années 70, beaucoup de ceux qui se sont mis à en recevoir l’argent ont cessé de cultiver et ont commencé à acheter les produits des familles qui ont continué à produire. Nous avons persisté dans l’agriculture, et ce qui avant servait seulement à la consommation, est passé à la vente, dans un marché qui se tenait tous les dimanches. Mais la contamination la plus importante de notre mode de vie avait débuté depuis bien plus longtemps, depuis l’arrivée des pères qui avaient imposé le vêtement, l’obligation de parler portugais, d’étudier, de pratiquer leur religion. Au lieu d’apprendre les traditions, beaucoup de jeunes ont appris à jouer du piano, à être enfant de cœur, à jouer au ballon. Ceci dès l’époque de mon père.

Nous sommes Tariano, de la branche Aruak, mais nous en avons perdu la langue, parce que les Tariano se sont mariés avec des femmes du peuple Tukano, dont la langue a dominé la région de la rivière Uaupés et tout le Rio Negro. Même les pères savaient parler Tukano. Mon père a étudié à la mission Salésienne, est allé au collège à 12 ans, mais, bien qu’il ait appris un métier et travaillé pour les sœurs, il a toujours maintenu les traditions. Même sans savoir bien parler portugais, il se disputait autant avec les pères qu’avec les sœurs, discutait avec d’autres parents parce qu’ils voulaient jouer de la guitare et lui voulait jouer de la flûte de pan, il voulait chanter les kapi wayas, qui sont les chants traditionnels, et eux voulaient entendre la lambada [8]... Nous avons grandi ainsi, en apprenant la tradition, en observant les lieux sacrés, les histoires qu’ils racontent : ici s’est passée telle chose, là telle autre. Chaque nuit à la maison, ou quand j’allais au champ, j’écoutais la mythologie de mon peuple. Mon père nous a transmis tout ce qui était à transmettre comme traditions, chansons, musiques, mythologie, lieux d’origine.

J’ai maintenant 30 ans, nous sommes 11 enfants, dont cinq sœurs, je suis l’avant-dernier. Ici à São Paulo, se trouvent mes sœurs, ma femme, mon fils et mes neveux. Nous sommes arrivés en 2019. Le premier déménagement a été de Iauaretê à Manaus, où nous avons habité 16 ans.

Je pense que le déménagement à Manaus a été une terrible erreur, ma mère ne le voulait pas, mes sœurs ne le voulaient pas, moi non plus je ne voulais pas y aller, mais une de mes sœurs, qui habitait déjà dans la ville, nous a laissé miroiter des choses qui finalement ne se sont pas réalisées. Chaque fois que nous pensions revenir, il se produisait un événement et nous finissions par rester. Au bout de cinq ans, nous nous sommes habitués. Nous avons commencé à faire des travaux de promotion de la culture autochtone, des présentations dans les écoles, pour le public. Et c’est ce qui nous a aidés à nous maintenir.

En arrivant à Manaus, nous avons été confrontés à la discrimination, c’étaient des gens différents qui ne nous aimaient pas car nous étions autochtones, car nous parlions notre langue, le Tukano. Les gens nous prenaient en aversion, ne voulaient pas nous approcher, émettaient ce murmure ‘aï aï aï ! regarde l’indien, l’indien’ ! Manaus ne me laisse pas de bons souvenirs. Là j’ai dû surmonter le préjugé sans aide des pouvoirs publics. Où que nous allions, quelle que soit la représentation, nous disions : nous sommes des êtres humains, comme tout un chacun.

Je suis allé à l’école à Manaus et je n’arrivais pas à me sentir intégré. Quand il fallait travailler en groupe, on ne m’appelait pas. Cela a beaucoup perturbé ma scolarité. Par la suite, j’ai eu des difficultés au travail. Je suis passé par sept entreprises et dans toutes j’ai ressenti cette discrimination.
Beaucoup de gens à Manaus sont venus des villages. Des gens qui se sont éloignés de leur tradition et même des parents qui prenaient leurs distances, cachaient leur origine, parlaient uniquement portugais quand ils marchaient dans la rue. Non pas dans notre famille, jamais nous n’avons cessé de parler notre langue, jamais nous n’avons feint d’être ce que nous n’étions pas. J’en étais d’autant plus irrité, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi ces gens qui te ressemblent, qui ont la même origine, sont capables de te discriminer, de faire ces plaisanteries méchantes. Nous avons déménagé plusieurs fois parce qu’il y avait mésentente avec les voisins, des propriétaires des maisons qui se sentaient incommodés de louer l’immeuble à des autochtones. Là, à Manaus, le chauffeur d’autobus n’ouvre pas la porte parce que vous semblez autochtone, si vous parlez votre langue dans l’autobus, les gens disent : vous êtes autochtone, retournez dans votre village ! Je crois que seuls 20% des personnes vont vous aborder favorablement, ou simplement vous ignorer, les 80% restants vont manifester une discrimination, être agressifs.
Je n’avais jamais pensé à déménager à São Paulo. J’entendais cette histoire de Gaudino, assassiné à Brasília [9], d’autres histoires qui se passaient dans les villes du sud, où les autochtones étaient agressés, assassinés… c’était ce qu’on entendait de la part des parents qui se déplaçaient plus que nous. Puis, en 2018, ma sœur et moi sommes venus pour la Mostra Internacional de Cinema
(Festival International de Cinéma). Là, je me suis suffisamment entraîné pour faire face à une quelconque menace, parce que je pensais que si je sortais dans la rue, on voudrait me battre, je devais être prêt. Alors je suis allé du centre commercial Frei Caneca jusqu’à la rue du 25 Mars. J’y suis allé à pied et revenu à pied. J’en ai discuté après avec mon épouse : j’ai marché tranquillement, je suis vivant, personne ne m’a agressé, ici personne ne fait attention à ton aspect, à ce que tu es.

Cette première visite à São Paulo a eu lieu parce que toute notre famille, mon père, ma mère, mes sœurs et moi avons collaboré à un film de Sergio Andrade qui s’intitule “A Terra negra dos Kawa”. Il allait participer au Festival de Cinéma et il nous a invités, amenés ma sœur et moi à prendre part au lancement du film ici. Cela a été la première fois. Par la suite, je suis venu collaborer à l’enregistrement de la série Aruanas, dont certaines scènes avaient lieu ici. Comme à Manaus il était fort difficile de travailler dans le milieu culturel et artistique, j’ai décidé : partons, à São Paulo il doit y avoir plus d’occasions dans notre branche, surtout pour qui travaille comme acteur. Allons être figurant là-bas… Nous avons commencé à vendre nos affaires et sommes venus. Ce fut une décision rapide.

J’ai eu une meilleure impression de São Paulo que de Manaus. Je ne peux pas dire que je m’y sente bien, vraiment bien. Mais nous essayons de revivre un peu de ce que nous avons perdu voilà longtemps. Nous luttons depuis la création du Grupo de Artes Byroa Bayá. Nous savons qu’il n’y a pas moyen de revenir à une vie agréable à Iauaretê. D’autres ethnies ont dominé notre territoire et, si nous y retournons, nous aurons des problèmes avec elles, des conflits, peut-être même de l’effusion de sang, car ils sont nombreux et nous sommes peu. Alors nous désirons obtenir un lieu, un morceau de terre pour reconstituer une communauté de notre clan. Je ressens cette nécessité d’un endroit où on puisse cultiver, avoir un peu de la vie qu’on avait et travailler aussi avec le tourisme. On vit dans ce monde urbain depuis déjà longtemps et je pense qu’il serait difficile d’abandonner certains usages, d’abandonner ce lien avec les gens de la ville.

Ici à São Paulo, nous nous sommes sentis très soulagés, nous pouvons survivre, nous ne souffrons pas de discrimination et puis nous rêvons d’une terre pour vivre en paix, offrir cette joie à nos parents. Cultiver, manger du poisson, vivre en un lieu tranquille, au contact de la terre, leur manque beaucoup. Ils éprouvent une grande saudade de la terre. Parfois je me sens un peu ainsi, tout comme un réfugié. Je n’ai pas le moyen de revendiquer mes droits à mon lieu d’origine, le mieux pour survivre et rester en paix avec ma famille et mon fils est donc de vivre dans la ville et lutter pour obtenir ce qui peut être à nous, une terre de la famille. Car dans notre territoire, qui est homologué, reconnu comme Terre Indigène, ce sont les pères qui commandent, c’est l’armée qui commande, ce n’est pas nous. On a tant lutté pour que ce droit soit reconnu, et la terre n’est pas à nous. Même pour la culture il faut demander l’autorisation, pour occuper une part du terrain, il faut discuter avec l’armée, avec le père. Alors, je pense, nous allons lutter pour acheter un terrain où nous pourrons dire : cette terre est nôtre, elle n’est pas aux Salésiens.

Beaucoup de ceux qui sont partis de Iauaretê et allés en ville sont devenus évangélistes, ils ont abandonné le catholicisme, mais là à Iauaretê la présence des Salésiens est très importante. Je suis très attristé de cela, de ces diverses incursions dans notre territoire, il y a les orpailleurs en de nombreux endroits, et il y a les évangélistes. J’en parle souvent à mon épouse, si j’avais trois garçons, je ne serais pas ici en ville, non, je serais là-bas à lutter, comme doit être le combat même, comme mes ascendants ont lutté, parce qu’on se fait respecter par le sang. Beaucoup de gens n’aiment pas cela et je n’en parle pas beaucoup, je préfère ne pas ouvrir la bouche. L’orpailleur tue, viole, comme autrefois, or nous sommes au 21ème siècle ! Cela donne envie de préparer le matériel de guerre et de combattre. En ce qui concerne les pères, c’est un autre problème, on ne peut attaquer, ils ont une force mondiale. Beaucoup de parents qui s’y sont opposés ont perdu tout ce qu’ils avaient, même leurs proches… Les pères parlent au nom de Dieu, mais quand il s’agit d’agir en leur faveur, ils sont capables de tout.

Lorsque nous sommes allés à Manaus, un producteur cherchait un autochtone qui parle sa langue pour faire un film. Mon père et mon grand-père y sont donc allés. C’est ainsi que la famille s’est introduite dans ce secteur. Chaque fois que ce profil d’autochtone était nécessaire pour un travail, nous sommes allés le faire, accumulant de l’expérience. Puis nous avons créé le Grupo de Artes Byroa Báya dans l’objectif de diffuser la culture de notre peuple Tariano car c’était une occasion de parler de notre point de vue aux élèves, au public. Nous avons beaucoup travaillé pour des présentations à l’école. Par la suite sont survenues d’autres opportunités. Le cinéaste Sergio Andrade m’a appelé pour jouer un personnage dans son second court métrage, intitulé “Cachoeira” (cascade), en 2012. Ce travail, ainsi, avec un metteur en scène, avec une histoire, a été le premier dont je me souviens. Auparavant, on y allait, comme figurant, on apparaissait et on s’en allait.

Après ce court métrage, j’ai travaillé un temps comme garde privé dans un établissement de fêtes, j’ai travaillé dans un centre commercial. Mais ce qui m’a réellement sauvé a été le travail de présentation de la culture autochtone de mon peuple et l’activité qui en découlait toujours. Et aujourd’hui, ici à São Paulo, je travaille à la lutte antiparasitaire. J’ai eu cette occasion par une personne que nous connaissons ici. Elle savait qu’il était fort difficile de trouver un travail, alors elle m’a présenté à un monsieur, un des fondateurs de l’APRAG, l’Association des Contrôleurs de Parasites et Ravageurs urbains, et il nous a enseigné cette spécialité du contrôle des parasites.

C’est très étrange, quand j’y pense, je vois ces insectes expulsés de leur espace parce qu’ils incommodent les humains. Quand j’imagine ma personne, Anderson Peixoto Moreira, j’oublie ce conflit. Anderson est le contrôleur de parasites. Et Anderson est aussi artiste, acteur. Quand je redeviens Kary Báya, Kary Báya est l’autochtone, un être qui porte un héritage, le nom d’un guerrier qui a lutté contre tous les peuples, contre les ennemis. Alors, il me vient à l’esprit ces insectes qui incommodent et je me dis : il en est ainsi même, ils sont combattus, éliminés. Je porte en moi les trois personnalités. Et les trois doivent marcher ensemble, j’essaie de maîtriser les trois, toujours au même niveau, pour éviter un conflit intérieur.

Quand je regarde tout alentour, je pense qu’est-ce que je fais ici ? Loin de mon lieu d’origine, seul au milieu de ces personnes étranges, au milieu de ces immeubles, luttant comme une petite fourmi contre un tapir. Je pense alors que je n’ai plus à m’en préoccuper, la discrimination existe, et elle est importante, mais j’essaie de ne pas m’en tourmenter. Je l’ignore, mais en même temps je fais mon travail. Un parent a dit que l’éducation doit venir du berceau. Or c’est ce que je vise à présent, j’essaie d’aller dans les écoles, parler avec les enfants, apporter de l’information. Si les adultes veulent même connaître notre culture, j’en parle.

J’espère que, dans le futur, d’ici 50 ou 100 ans, cette discrimination sera terminée. Quant à moi, j’espère obtenir un terrain, un lieu où je ferai ma bicoque, où mon fils aura un repère, même si je meurs, qu’il considère cet endroit comme sacré, où il apprenne à danser, à chanter, où il apprenne les bases de notre culture, concernant les plantes qu’on trouve là en Amazonie. Voilà ce que je désire et espère lui laisser. Afin qu’il ne perde pas cette connaissance. Je n’ai conservé ce savoir, loin de mon lieu d’origine, que grâce à ce travail des présentations, ainsi je l’ai retenu. Si j’avais continué à travailler comme garde, je n’aurais eu le temps de rien. Mon père dormait quand je partais de la maison et dormait à nouveau à mon retour, nous ne nous voyions pas. Durant plus de deux ans j’ai décroché de mon origine, et je ne veux pas de cela pour mon fils ni pour mes neveux. Je veux qu’ils aient du temps libre pour apprendre aussi la culture autochtone. Le travail de contrôleur de parasites nous accorde cette liberté d’accomplir notre temps et de travailler aussi dans l’art, d’avoir une pause pour écouter et parler avec mon père qui a 72 ans, avec ma mère, ils ont beaucoup à enseigner.

Maintenant mon objectif est d’obtenir cet espace. Et puis de rester concentré sur le travail dans les écoles, avec les enfants et les professeurs pour qu’eux aussi éduquent leurs fils à ne pas juger l’autre selon son apparence, selon ce qu’il a dit ou lu dans un livre ou une revue.

Notre tribu ici comprend 13 personnes, mes parents, mes sœurs, mes neveux et moi. L’an dernier nous avons vécu des moments de désespoir avec la pandémie. J’ai attrapé le covid, nous avons perdu notre travail, nous sommes passés par de grandes difficultés. Des amis nous ont beaucoup aidé, en indiquant notre groupe pour des représentations virtuelles, en apportant des paniers de produits de première nécessité, en trouvant du travail pour ma femme et mes sœurs dans des maisons de familles. Nous avons réussi ainsi à nous implanter à nouveau et avons continué avec une grande confiance.

C’est pourquoi je pense beaucoup à l’avenir. Nombre de mes parents sont morts tôt et n’ont pas eu le temps de transmettre leur savoir, leur culture. Alors j’enregistre, je constitue des archives de média pour que, au cas où il m’arrive quelque chose, mes enfants aient accès à notre culture.”

Voir en ligne : Os sonhos de um Tariano em São Paulo

Photo de couverture © Fotos Mídia NINJA

[1Les Tariano sont un peuple autochtone originaire du nord-ouest de l’Amazonie.

[2Zone située au nord-ouest de l’Amazonie.

[3Propriétaires de fazendas où est exploité l’hévéa.

[4Président de la République de mars 1985 à mars 1990, à la suite du rétablissement de la démocratie.

[5Ce projet est censé développer économiquement l’Amazonie, protéger les frontières brésiliennes dans le contexte de la guerre froide, et freiner le trafic de drogues, de pierres précieuses, et d’armes.

[6Petite ville située dans l’État d’Amazonas, près de la frontière avec la Colombie.

[7Programme mis en place sous le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso, puis développé par le gouvernement de Lula, qui institue des « allocations familiales » aux familles brésiliennes les plus démunies afin de lutter contre la faim et la malnutrition.

[8Genre musical très populaire au Brésil, qui mélange des styles venant de la Martinique, de la Guadeloupe, etc.

[9Brûlé vif par cinq jeunes en 1997.

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