Les orpailleurs clandestins de la forêt guyanaise (1)

, par Julien Pignon

La forêt guyanaise est l’une des dernières zones de forêt équatoriale primaire. Malheureusement, son sous-sol regorge de nombreux minerais parmi lesquels de l’or. La découverte de la présence de ce métal à la fin du XIXe siècle a été à l’origine d’une véritable ruée vers l’intérieur des terres : l’essentiel du peuplement étant jusque là situé sur la côte. L’âge d’or de l’orpaillage a pris fin dans les années 50 avec la baisse du cours de l’or et le coût élevé de l’exploitation aurifère par des moyens artisanaux, dans des endroits très reculés, en pleine forêt amazonienne.

Or, depuis une quinzaine d’année, l’apparition de moyens mécaniques, transportables relativement aisémment ainsi que la hausse du cours mondial de l’or ont redynamisé ce secteur. Les sociétés aurifères eurent alors recours à une main d’oeuvre étrangère (venue du Brésil) bon marché, soumises à de très dures conditions de vie et de travail sur ces chantiers. Rapidement, certains de ces ouvriers décidèrent de travailler pour leur propre compte, en exploitant de manière illégale des sites aurifères en pleine forêt. On les appelle les garimpeiros.

Les photos qui suivent ont été prises au mois de novembre 2006, dans les environs du village de Saül, qui se trouve au centre géographique de la Guyane. Il n’existe pas de route pour s’y rendre : la seule liaison avec le monde extérieur est l’avion.
Les lignes téléphoniques de France Télécom sont hors service depuis des années, sans aucune perspective de réparation... La seule possibilité pour communiquer avec l’extérieur reste la radio départementale et les téléphones satellitaires. Fondé au début du siècle dernier par un orpailleur, le village de Saül a vu sa population décliner depuis une cinquantiaine d’année avec la fin de l’orpaillage traditionnel.
Aujourd’hui, il reste environ une soixantaine d’habitants permanents au village.

Depuis quelques temps, un afflux particulièrement important d’orpailleurs clandestins venus du Brésil converge vers Saül après l’annonce de la découverte d’une pépite de 2 kg.
De ce fait, plusieurs centaines de personnes (certains parlent de près d’un millier) vivent dans la forêt alentour. Essentiellement originaires du Nordeste brésilien, la région la plus pauvre de ce pays, ils ont souvent emprunté l’argent nécessaire à leur voyage jusqu’en Guyane.
Après 2 jours de pirogue depuis la ville frontière d’Oyapoque, dans l’Etat du Para, ils ont marché pendant 8 à 10 jours, avec entre 40 à 60 Kg sur le dos avant d’arriver à Saül.

En moyenne, un chantier se compose d’un patron, qui possède généralement le matériel et fournit la nourriture aux ouvriers, de 4 à 5 ouvriers et d’une cantinière.
Mais il existe des chantiers bien plus importants, tout comme des garimpeiros qui exploitent seuls un petit ruisseau, armés uniquement d’une pelle et d’une bâtée... Le plus souvent, ces chercheurs d’or arrivent tout au plus à survivre, au jour le jour. Rares sont ceux qui arrivent à gagner suffisamment pour envoyer de l’argent au pays.

Par ailleurs, il existe aussi de véritables villages avec épiceries, gargottes, boites de nuit et bordel, le tout en plein milieu de la forêt. Or, dans ces échoppes, comme chaque fois que l’on se trouve sur des sites d’orpaillage, tout se négocie en or, et à prix d’or, justement.
Ainsi, un sac de 25 kg de riz coûtera fréquemment 15 grammes d’or, à 10 euros le gramme (le cours mondial oscille en 14 et 16 euros le gramme), soit 150 euros ! Et tout est à l’avenant.
Donc, pour essayer de faire quelques économies, certains vont faire leurs courses au village de Saül. C’est ainsi que j’ai pu rencontrer le groupe auprès duquel j’ai passé une semaine.

Pendant ce séjour, des gendarmes sont intervenus sur certains sites. Les campements ont rapidement été prévenus par radio. Par conséquent, toute activité s’est arrêtée, les moteurs ont été démontés et cachés dans la forêt.

Les images présentées ici sont extraites d’un travail sur les
conditions de vie des orpailleurs en Amérique du Sud. Ce projet
devrais me mener prochainement au Brésil voisin puis au Pérou et en
Bolivie.


Par Julien Pignon - julien.pignon@free.fr


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