Les indigènes reçoivent l’appui de parlementaires lors d’une journée de cérémonie, mais sont contraints au Congrès

, par Mobilização Indigena

Source : Mobilização Indigena - 16/04/2015

Traduction pour Autres Brésils : Zita FERNANDES
(Relecture : Céline FERREIRA)

Ce jeudi (16/04), dernier jour du Campement Terre Libre, qui commença lundi à Brasilia (DF), fut marqué par deux séances solennelles en hommage au Jour de l’Indien, l’une à la Chambre des députés et l’autre au Sénat. Disposés à dialoguer avec les parlementaires des chambres où ils négocient des propositions législatives qui attaquent leurs droits, les indigènes passèrent par diverses contraintes.

Durant la matinée, 180 indigènes du Campement Terre Libre (ATL) seulement ont été autorisés par la table du conseil de la Chambre Fédérale à participer à la séance qui eu lieu dans la salle plénière Ulysses Guimarães de la Chambre.

L’objectif était de faire entrer au moins 700 indigènes dans la Salle Plénière, nombre réduit, lors des négociations, à 500. Le long de la rampe d’entrée du Congrès, on empêcha l’accès au groupe et celui-ci fut divisé par les forces de police – ce qui poussa nombre d’indigènes à retourner au campement, indignés par le traitement reçu dans ce qui est connu comme la Maison du Peuple.

La séance débuta à 10h00, avec deux autres épisodes contraignants : l’absence du Maire, Eduardo Cunha (PMDB/RJ) et la censure d’un film sur les luttes des peuples à Brasilia qui devait être projeté au début de la cérémonie. Préparé par la Mobilisation Nationale Indigène, le documentaire traite de la PEC 215 [1], c’est la raison pour laquelle il a fini par être censuré.

Bien que la séance ait débutée par des chants et des danses des peuples Pataxó Hãhãhãe, Kayapó, Munduruku et Guajajara – tout de suite après l’exécution de l’Hymne National - les indigènes n’ont pas été aussi privilégiés que les parlementaires dans la distribution de parole.

Sonia Guajajara a reconnu dans son discours l’importance de la séance en tant qu’acte démocratique, mais elle a critiqué promptement le fait d’avoir autant de préjugés contre les indigènes au sein de la Maison du Peuple. « Nous ne comprenons pas pourquoi vouloir nous rendre invisibles. Pourquoi passer un accord avec ceux qui tuent, détruisent, volent ? Nous ne pouvons permettre que l’agro-business et le capitalisme soient supérieurs à la vie. Nous demandons le respect à nos frères », critiqua-t-elle, en rappelant que d’autres projets anti-indigènes, comme le PLP 227/2012 et le PL 1610/96 [2], étaient en cours de négociation à la Chambre et au Sénat.

La cacique Raoni Metuktire, qui, avec Sonia, était le seul chef présent autour de la table, demanda à ce que la Maison reste ouverte aux indigènes, comme ce fut le cas durant la Constituante. « Aujourd’hui les députés veulent seulement faire ces projets de loi qui affectent les indigènes et les quilombolas [3]. Je n’accepte pas ce projet de loi de la PEC 215 », a prononcé le chef Kayapó, accompagné d’un traducteur de son peuple.

Certains députés ont relevé l’importance d’une séance en hommage aux peuples indigènes, après que la Chambre leur ait tant de fois fermée ses portes. D’autres ont affirmé que la Maison ne faisait rien de plus que son obligation et qu’une concession de fait génèrerait l’archivage de la PEC, rappelant que seulement deux projets législatifs favorables aux droits des indigènes étaient négociés à la Chambre. Les parlementaires ayant participé à la séance furent peu nombreux, ceux qui étaient présents étaient presque tous des membres du Front Parlementaire d’Appui aux Peuples Indigènes (voir la liste) et portaient le t-shirt de la Mobilisation Nationale Indigène avec l’inscription : « PEC 215, Non ».

João Tapajós, du Pará, a protesté contre la restriction du temps de parole pour les représentants indigènes, par région ; Davi Kopenawa, flamme du peuple yanomami a complété : « Le blanc ne nous laisse pas beaucoup parler. Il ne veut pas résoudre, c’est pour ça qu’il ne veut pas laisser les dirigeants dire la vérité ».

Kopenawa fût l’un des derniers à s’adresser à l’assemblée plénière, presque déjà vidée de ses membres : « Cette maison est la maison du grand serpent. Le grand serpent est ici. Nous voulons tuer ce grand serpent ; le tuer, le brûler et l’enterrer pour qu’il ne naisse plus ici. Ils ont fait cette loi, sans consulter personne, pour tuer notre peuple. » Le cacique Aritana Yawalapiti, du Xingu, a déjà déclaré : « Pour moi cette PEC est déjà morte ».

Neguinho Truká a demandé que les parlementaires donnent moins d’attention à la PEC et qu’ils retirent des tiroirs les négociations sur le Statut de l’Indien : « Dans le cas contraire, nous serons les seuls à manifester et à venir ici lors d’actions solennelles », souligna-t-il. La direction, qui a rappelé les demandes de tous les peuples de tous les Etats du Nordeste, fut dure : « Quand nous avons occupé cette maison en 2013, nous avons entendu le président dire que cette maison était inviolable. Inviolable est le droit du peuple brésilien, qui a été négocié ici même. Nous allons fermer les routes, détruire les tours, occuper les centrales hydroélectriques ! ».

Outre l’humiliation à la Chambre des Députés, Lindomar Terena estime qu’il fut important de voir les parlementaires affirmer le compromis avec les peuples indigènes : « Dans notre entendement, cela surpasse ce par quoi nous sommes passés. De fait, nous attendons que ces choses soient mises en pratique. »

« Ce n’est pas la fête, c’est la facture à payer »

Au Sénat cette fois, ce sont les objets sacrés, comme les mbarakás dont on interdit l’accès. Les indigènes qui se dirigeaient en salle plénière pour la séance qui commençait à 15h00 ont été forcés de les laisser dans le hall d’entrée du Sénat. « Le mbaraká (sorte de sonnaille sacrée) est la parole de ñanderu ! », hurla le cacique Tito Vilhalva, chef guarani kaiowá. Après la pression du mouvement indigène, les mbaraká ont été libérés.

Au début de la séance, sous les cris de « Démarcation maintenant ! », les indigènes ont démontrés qu’ils n’avaient pas accepté l’invitation pour faire la fête, mais bien pour faire davantage pression sur les parlementaires. Le président du Sénat, Renan Calheiros (PMDB/AL), tout comme Cunha, n’était pas présent lors de la séance.

L’un des premiers à parler, le Sénateur Vicentinho Alves (PR/TO) a commenté sa proposition sur la création du Bureau National des Peuples Indigènes, qui semble avoir déjà l’appui de la Commission de Constitution et de Justice du Sénat. La proposition a été immédiatement rejetée par Sonia Guajajara, réitérant le caractère arbitraire de la politique, qui n’a pas pris en considération la représentativité des peuples indigènes dans sa constitution. Neguinho Truká déclara : « J’aimerai que Votre Excellence, dans un acte de simplicité, retire la proposition. Le Bureau n’a même pas été discuté avec nos organisations et nos bases ».

Sonia rappela qu’on avait empêché l’accès à la Chambre des Députés aux indigènes plus tôt, bien qu’ils aient l’autorisation d’y entrer et elle souligna le fait qu’ils étaient disposés à dialoguer avec les parlementaires, mais qu’ils sont attentifs à leurs manœuvres politiques : « Nous venons, nous parlons et écoutons, mais nous ne devons pas toujours faire confiance. Ils nous disent une chose et ils agissent contre nos intérêts ».

Sonia fait référence à la réunion, qui eu lieu hier (15/04) en fin de journée, entre le sénateur du PSDB, Aécio Neves et Marina Silva, où il affirma de nouveau être contre la PEC 215/00, mais dans la même journée vota contre les intérêts des peuples indigènes lors du vote du PL 7335/14, qui traite de la connaissance traditionnelle et du patrimoine génétique. « Le PL a été approuvé par la Chambre sans que nous le sachions, il fut articulé et construit avec les entreprises. Hier au Sénat, ce fut justement le vote du sénateur Aécio Neves qui fit la différence dans l’approbation du texte sans nos considérations », souligna-t-elle.

Flávio Chiarelli, président de la Funai [4], fit un rappel concernant le rapport de la Commission National de la Vérité, publié l’an dernier en décembre dans lequel est dénoncée la mort de 8000 indigènes durant la période de la Dictature Militaire. « Nous ne pouvons pas répéter les erreurs du passé. La Funai fut créée dans une logique intégrationniste et est basée sur l’assistance avec la pensée suivante : « nous allons mettre fin aux peuples indigènes ; tant que nous n’aurons pas fini, nous offrirons une petite aumône ici, une autre là, confinant des petits morceaux de terre ». »

Après le discours du président de l’organisme, Pirakumã Yawalapiti a dit que la Funai avait besoin d’être renforcée mais il ne cessa de reprocher au président : « La Funai a disparu, toute l’administration est rouillée et n’a pas de ressources. Nous devons lever la Funai. Ce qu’il y a dans la Funai c’est le patrimoine indigène. Le président de la Funai n’a plus de force car il ne nous rend pas visite. Ce sont les peuples indigènes qui peuvent donner de la force au président ».

Au Sénat, Neguinho Truká demanda que les parlementaires présents ne se limitent pas à modifier le texte de la PEC 215, mais qu’ils rejettent la proposition et il fut ovationné par les chefs indigènes présents : « Ils nous ont tué avec la Bible et avec l’épée et aujourd’hui ils tuent avec des lois », dénonça-t-il. Davi Kopenawa faisant chœur à son confrère Truká a déclaré qu’il était nécessaire de détruire la PEC 215 : « Je ne veux pas mourir encore une fois comme nous sommes morts il y a 500 ans ».

Notes de la traduction :

[1PEC 215 : Proposition d’Amendement à la Constitution n°215, de 2000, qui concerne la délimitation des territoires attribués aux peuples indigènes.

[2PLP : Projet de Loi Complémentaire qui vise à compléter l’article 231, concernant les exceptions au droit d’usage exclusif par les indigènes des terres traditionnelles. Ce projet de complément de loi vise à faire passer les projets d’agro-business et d’infrastructures avant le respect des terres indigènes, prônant un intérêt public.

[3Projet de loi visant à réguler l’extraction minière sur les terres indigènes.

[4La Funai : Fondation Nationale de l’Indien, organisme gouvernemental qui élabore et applique les politiques relatives aux peuples indigènes.

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