Par Laurent Vidal
Première publication en septembre 1992
En 1933, G. Freyre, sociologue brésilien inconnu du grand public, publie un ouvrage sur la formation de la société brésilienne : Maîtres et esclaves. Il affirme, au terme d’une analyse longuement argumentée, que le métissage (« miscegenation ») entre Blancs, Indiens et Noirs est à l’origine de la plasticité du tissu social et politique de la société brésilienne. En proposant cette rupture épistémologique avec les théories, encore en vigueur, du blanchiment de la race, G. Freyre permet au Brésil d’assumer son métissage. Cette vision d’un Brésil socialement et racialement uni - à l’inverse du Grand Frère américain - demeure pendant de nombreuses décennies le paradigme explicatif de la société brésilienne.
Les spasmes d’une urbanisation chaotique et source d’exclusion sociale vont peu à peu modifier cette vision idéaliste. Nous tenterons ici de présenter les diverses formes d’exclusion sociale dans les grandes villes brésiliennes : qui sont les exclus ? Quelles sont les implications sociales et politiques de cette exclusion ? Existe-t-il des déterminants architecturaux et urbanistiques à cette exclusion ? Nous présenterons ensuite les réponses de l’État en matière de politique sociale : quels sont les objectifs des politiques urbaines ? Et d’abord peut-on parler de politiques urbaines, dans le Brésil contemporain ? S’agit-il comme pour les revendications populaires, de l’affirmation d’une contre-culture ?
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