Les dessous de l’incendie : la politique amazonienne de Jair Bolsonaro

 | Par CETRI, Laurent Delcourt

Il faut profiter du fait que « la presse internationale se focalise quasi exclusivement sur le Covid-19 » pour « faire passer des réformes [infra-légales] et assouplir les règles » en matière de protection et de préservation de l’environnement. Tel est en substance, le propos tenu par Ricardo Salles, ministre de l’environnement de Bolsonaro, filmé à son insu, le 22 avril dernier lors d’un conseil de gouvernement, dans une vidéo abondamment relayée par les médias.

Provoquant un tollé général, les déclarations du ministre ne sont nullement un simple écart de langage. Mieux que n’importe quelle démonstration, elles mettent en lumière le projet de destruction systématique des protections environnementales, promue par le gouvernement d’extrême droite, aux noms – et aux services – d’intérêts économiques et géostratégiques jugés supérieurs. Un projet qui renoue avec et actualise le vieux programme modernisateur autoritaire conçu pour l’Amazonie par le régime militaire (1964-1985).
Décryptage.

Version complète de l’article paru dans Basta !
Voir aussi Le Brésil de Bolsonaro : le grand bond en arrière, le dernier numéro d’Alternatives Sud

Quelques mois après l’épisode estival des incendies de forêt au Brésil, une nouvelle page noire s’est ouverte pour les défenseurs de l’Amazonie et de ses peuples. Le premier novembre dernier, l’activiste indigène Paulo Polino, membre de la tribu des Guajajara (Maranão) et leader local des Guardiões da floresta (Gardiens de la forêt), un groupe de défense de l’Amazonie, est assassiné au cours d’une altercation avec des trafiquants de bois.

Quelques semaines plus tard, deux opérations policières d’envergure sont lancées simultanément. Menées à grand renfort de moyens et de publicité, elles ne visent pas à mettre la main sur le meurtrier du leader indigène, mais ciblent des militants de la cause environnementale : le 26 novembre, les locaux de l’ONG Saúde e Alegria, réputée pour l’excellence de son travail auprès des indigènes dans le bassin du fleuve Topajos, dans l’État du Pará, sont investis par la police civile, qui embarque ordinateurs et documents. Le même jour, quatre volontaires de la Brigada Alter do Chão, une organisation bénévole spécialement créée pour combattre les incendies de forêt auprès des pompiers, sont appréhendés et placés en garde à vue au motif qu’ils auraient eux-mêmes bouté le feu à la forêt, détruisant quelque 1200 hectares dans la région de Santarém, État du Pará (Brum, 2019).

Faisant écho aux déclarations du président Jair Messias Bolsonaro qui, en août dernier, avait accusé publiquement les ONG environnementales d’avoir volontairement provoqué nombre de ces incendies pour attirer l’attention et nuire à son gouvernement, ces deux opérations signalent qu’un stade de plus a été franchi dans l’offensive menée par les autorités brésiliennes contre les défenseurs de l’environnement et des droits de l’homme. Ordonnées par un juge issu d’une famille d’exploitants de bois active autrefois dans la région et ouvertement bolsonariste (Folha de São Paulo, 20 novembre 2019), elles indiquent que le pouvoir ne recule désormais devant rien pour museler, criminaliser et délégitimer, dans l’opinion publique, tous ceux qui s’opposent à son projet pour l’Amazonie : un projet autoritaire d’exploitation de l’immense espace amazonien renouant avec le vieux rêve de conquête et de valorisation de l’Amazonie porté par les généraux brésiliens (Brum, 2019 ; Dias, 2019).

L’OBSESSION AMAZONIENNE DES GÉNÉRAUX BRÉSILIENS

L’information n’a pratiquement pas été rapportée par les médias européens. Elle est pourtant essentielle pour interpréter l’ampleur prise par les incendies de forêt au Brésil, et la crise diplomatique entre Brasília et Paris qui s’en est suivie l’été dernier.

Après avoir mis en lumière les manoeuvres de l’ex-juge Moro, actuel ministre de la Justice, pour obtenir la condamnation de l’ancien président Luis Inácio Lula da Silva, le 20 septembre 2019, le site d’information indépendant The Intercept a jeté un nouveau pavé dans la mare. Preuves à l’appui [1], il a révélé l’existence d’un vaste plan d’ouverture, d’exploitation et de peuplement de l’une des régions les plus isolées et les mieux préservées de l’Amazonie : un immense territoire appelé Calha Norte, à cheval sur les États de l’Amapá, du Roraima, du Pará et de l’Amazonas.

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Voir en ligne : Les dessous de l’incendie : la politique amazonienne de Jair Bolsonaro

Photo de Couverture : Déforestation illégale en terres indigènes Pirititi, Roraima, Brésil.

[1The Intercept a obtenu les contenus audio et les présentations de réunions organisées au siège de la Fédération de l’Agriculture du Pará (FEAPA), à Belém, entre les responsables du projet, des politiques locaux et des représentants de producteurs ruraux.

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