Le virus du racisme Tribune

 | Par Erica Malunguinho

Le Brésil atteint bientôt la barre des 400 000 décès dus à la Covid-19 dans un contexte d’effondrement des systèmes de santé du pays : hôpitaux publics et privés bondés, files d’attente pour les postes vacants dans les unités de soins intensifs (USI) et manque de fournitures pour soigner les patients infectés.

Lentement, nous continuons avec la vaccination. Cependant, bien que la première personne vaccinée ait été une femme Noire, on compte aujourd’hui environ deux personnes blanches pour chaque personne noire vaccinée, et ce dans un pays où 54 % de la population est noire.

Les données sur la maladie dans le pays indiquent que le taux de mortalité - c’est-à-dire le nombre de personnes qui meurent par rapport à celles qui sont atteintes de la maladie - était plus élevé chez les Noirs que chez les Blancs : 92 décès pour 100 000 habitants noirs contre 88 blancs, selon une recherche publiée par le site d’information Agência Pública.

Les disparités raciales dans les résultats du pays en matière de pandémie de Covid-19 sont multifactorielles et peuvent s’expliquer par trois points principaux, selon le rapport Inégalités raciales et Covid-19.

Tout d’abord, la population noire est plus exposée à l’infection par la Covid-19 car la distanciation sociale est plus difficile à respecter pour les personnes à faibles revenus en raison des conditions de logement, de travail et de transport. En outre, les personnes moins instruites ont moins de possibilités de faire du télé-travail.

Deuxièmement, un statut socio-économique inférieur est également lié à une charge plus élevée de comorbidités qui augmentent la létalité de Covid-19, comme l’hypertension et le diabète. Troisièmement, la létalité est plus élevée dans les populations ayant moins accès aux soins de santé.

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Nous le savons tous : un génocide est en cours dans le pays. D’ailleurs, ce terme a gagné de l’espace dans le vocabulaire brésilien grâce au Mouvement Noir qui, depuis des années, le rappelle : le génocide n’est pas un phénomène, mais plutôt un projet qui a des racines profondes dans l’histoire du Brésil. Nous avons accompli 133 ans d’une prétendue abolition de l’esclavage, toujours ouverte. La population noire continue de subir les conséquences d’un racisme structurel et institutionnel qui a un fort impact dans le contexte actuel.

Lorsqu’un groupe facilement identifiable par ses caractéristiques ethnico-raciales concentre de multiples facteurs de vulnérabilité, il n’y a pas de coïncidence, mais un projet. « La race structure la classe au Brésil », explique la professeure Sueli Carneiro. J’ai répété d’innombrables fois que, dans les territoires qui ont accueilli la diaspora noire, la « race-couleur » ne doit pas être analysée comme un simple « découpage », comme une série de facteurs parallèles, mais plutôt comme un fondement déterminant pour une compréhension juste des abîmes sociaux.

La politique d’extermination de la pandémie est un élément de plus du projet dirigé vers un peuple qui subit la mort au quotidien, dans la même lutte quotidienne qui existait déjà avant la pandémie. Si la Covid-19 met encore plus à nu les blessures raciales qui structurent notre société, il ne sera pas possible de parler de « post-pandémie » - même lorsque le virus sera contenu. Les données concernant la pandémie au Brésil ne font que renforcer le fait que, tant que le racisme persiste, les inégalités et l’impossibilité même d’une véritable démocratie persisteront également.

* Erica Malunguinho est une artiste et une éducatrice de Pernambuco. Master en esthétique et histoire de l’art, elle est devenue la première députée fédérale trans élue au Brésil en 2018.

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