Le sentiment de haine a augmenté de 550% en Amérique Latine

, par Antonio Lassance

Source : Carta Maior - 08/02/2015

Traduction pour Autres Brésils : Roger GUILLOUX
(Relecture : Céline FERREIRA)

Du succès à l’échec des gouvernements de gauche

Qu’est-ce qu’il y a de commun entre le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur ? Entre les innombrables coïncidences, la première est que ces pays sont gouvernés par des partis de gauche. Deuxième coïncidence : leurs gouvernements ont montré une longévité inédite, la majorité est au pouvoir depuis plus de dix ans. Troisième coïncidence : leurs gouvernements sont durement attaqués et constamment mis à mal par des oppositions agressives et par des tentatives de coup d’État. Dans toutes ces situations, les médias traditionnels se révèlent être le principal ou l’un des principaux pouvoirs favorables au coup d’État. Quatrième coïncidence troublante : ces pays sont parmi ceux qui ont le plus réduit les inégalités en Amérique Latine, diminuant la proportion et le contingent de pauvres et de très pauvres [1]. Au cours des années 90, l’Amérique Latine a stagné tant aux niveaux politique, économique que social. Durant cette décennie les gouvernements néolibéraux qui ont succédé aux dictateurs dans beaucoup de pays de ce continent, ont maintenu les inégalités de revenus au niveau de la décennie perdue, celle des années 80, période de la fin des dictatures quand la situation sociale a touché le fond.

A partir des années 2000, une nouvelle génération de partis de gauche a accédé au pouvoir, aboutissement d’un long processus d’accumulation de forces qui s’est développé d’abord dans la lutte contre les dictatures et qui, ensuite, a été impulsé par l’usure de gouvernements néolibéraux corrompus et incompétents, ayant obtenu de très mauvais résultats économiques (faible croissance, chômage élevé) et sociaux (augmentation de la pauvreté).

Les gouvernements de gauche qui ont succédé aux néolibéraux, ont montré un dynamisme raisonnable pendant une décennie au moins. Hugo Chávez, qui est entré en fonction en 1999 et qui a gouverné jusqu’à 2013, a réagi et a survécu à un coup d’État en 2002 mais a dû faire face à une première crise généralisée en 2009. Le prix du pétrole est descendu à moins de 50 USD et il y a eu de graves problèmes d’approvisionnement en eau et en électricité. La popularité du gouvernement a dégringolé, des secteurs du gouvernement l’ont abandonné, des accusations de corruption sont apparues au grand jour, l’opposition s’est renforcée et s’est fortement radicalisée.

Au Brésil, une décennie a séparé l’arrivée au pouvoir de Lula, en janvier 2003, des manifestations de juin 2013 [2]. Le président a été menacé par la crise politique créée en 2005 suite à des accusations sur le financement de la campagne électorale, financement que l’on a appelé ʺmensalãoʺ [3]. Il a surmonté la crise, a été réélu et a choisi la personne qui allait lui succéder, Dilma Rousseff. Mais la révolte de 2013, bien qu’elle ne fut pas initialement dirigée contre la Présidente et son parti, a été subrepticement réorientée, avec l’aide résolue des médias, de manière telle que son gouvernement et son parti deviennent la cible prioritaire et ainsi qu’ils soient encore davantage stigmatisés qu’ils ne l’avaient été par le passé.

Nestor Kirchner (président de 2003 à 2007) et Cristina Kirchner (depuis 2007) ont également vécu des moments de critiques coïncidant à cette période d’une décennie de pouvoir et à un processus de destruction médiatique très semblable.

Nous verrons comment Evo Morales (Président depuis 2006) et Rafael Correa (au pouvoir depuis 2007) vont s’en sortir quand les malédictions d’une décennie de gouvernement commenceront véritablement à frapper à la porte de leurs gouvernements.

Des projets phares sont menacés

La longévité que représente une décennie de gouvernements a au moins permis à ces projets de gauche de devenir une référence politique propre, très associée au mode de gouvernement de leurs présidents et aux politiques publiques qu’ils ont mis en place.

De cette manière, on en est venu à parler de ʺchavismeʺ, de ʺlulismeʺ et de ʺkirchnerismeʺ. La même chose s’est produite avec Evo Morales et Rafaël Correa dont les Présidences ont fini par être reconnues - et elles le sont effectivement - comme le début d’un nouveau projet politique et de gestion de politiques publiques.

Ce qui semble commun à tous ces gouvernements et qui mérite une réflexion approfondie est de voir dans quelle mesure ils présentent - au-delà d’un nouveau modèle et chacun à sa manière - un comportement cyclique commun : ascension, survie, crise et menaces constantes de défaites ou même de chute.

Autour de ces cycles communs, il peut exister des éléments explicatifs que la gauche latino-américaine a tout intérêt à bien approfondir. Quelque chose qui peut être pertinent pour son apprentissage commun, un élément décisif pour sa survie politique et un pas crucial pour sa réinvention.

De ce qu’ils ont en commun, on peut dire que ce furent des gouvernements qui ont inversé les priorités, augmentant les dépenses en politiques publiques, ce qui a eu une incidence directe sur la lutte contre la pauvreté et la réduction de la misère.
L’amélioration rapide des indicateurs d’inégalités a montré qu’il en coûte relativement peu à l’État pour réduire les inégalités sans toucher au modèle économique dominant de ces sociétés. Cependant, tôt ou tard, refuser de modifier ce modèle économique dominant peut devenir un grand problème.

De 2003 à la crise de 2008, l’Amérique Latine a connu une belle période de croissance économique. Plus étonnant, cependant, est la tendance à la diminution de la concentration des revenus et par conséquent, la réduction de l’inégalité dans les pays gouvernés par la gauche.

Selon la Commission Economique pour l’Amérique Latine et le Caribe (Cepal), l’indice Gini est tombé de 5% dans la région, par rapport à ce qu’il était en 2002. L’Argentine, la Bolivie et le Venezuela sont en tête avec une réduction de 10%, le Brésil et l’Equateur ont réussi à réduire l’indice Gini de près de 7%. Après cette réduction importante, on se trouve maintenant face à une stagnation. Maintenir des politiques sociales ne garantit déjà plus des avancées aussi rapides et significatives qu’auparavant.

Pour aller de l’avant, ces gouvernements devraient dépenser davantage et mieux en ce qui concerne les politiques sociales, réduisant la priorité accordée aux secteurs les plus riches qui résulte soit du paiement des taux d’intérêt, soit des exonérations d’impôts, soit de la structure fiscale régressive ou encore des pratiques de privilèges économiques dont certaines sont marquées par la corruption.

Les dépenses sociales auraient même pu maintenir une trajectoire ascendante, sans incommoder les riches, si les gouvernements de gauche avaient été en mesure de soutenir des taux de croissance élevés et une inflation réduite, se rappelant que l’inflation est l’un des impôts les plus lourds qui pèsent sur les épaules des plus pauvres.

Cependant, tout bouleversement à l’intérieur de cet ensemble affecte l’équation mise en place et conduit les Présidents au risque de l’usure, allant jusqu’à mettre en danger la continuité de leurs mandats. Pour cette raison, ceux qui font face aux crises les plus aigües sont encore plus stigmatisés. Dilma plus que Lula, Cristina Kirchner plus que son mari, Néstor, Nicolás Maduro plus que Chavez.

Pourquoi la haine de la part des riches et d’une partie de la classe moyenne a-t-elle augmenté ?

Les gouvernements de gauche, en réduisant les inégalités, s’immiscent dans les intérêts des riches et de la classe moyenne. Même s’ils ne représentent pas une menace, ils les incommodent. Au Brésil, en une décennie (2001 – 2011, tout particulièrement à partir de 2003), alors que le revenu per capita des 10% les plus riches augmentait de 16,6%, les revenus des plus pauvres ont connu une croissance de 91,2%, selon les données du PNAD [4] analysé par l’IPA [5].

Les riches continuent à s’enrichir mais ils ne supportent pas de voir que les pauvres bénéficient d’augmentations de revenu supérieures aux leurs. En effet, avec un salaire plus élevé et un taux de chômage en baisse, le coût de la main-d’œuvre augmente.

Si le revenu de la tranche de population des personnes les plus pauvres a augmenté 5,5 fois plus rapidement que celui des 10% les plus riches, le sentiment de haine des plus riches à l’égard des gouvernements, a également augmenté dans les mêmes proportions. Le sentiment de haine vis-à-vis des partis de gauche et de ses gouvernants a augmenté de 550%. Ce sentiment s’est développé au fur et à mesure que ces projets ont véritablement pris forme, favorisés politiquement par un ensemble de mesures qui ont tout naturellement conquis l’adhésion des secteurs les plus pauvres.

La classe moyenne est devenue le plus grand contingent d’insatisfaits. Dans la mesure où les gouvernements de gauche ne touchent pas ou très peu aux intérêts des riches, c’est principalement sur la classe moyenne que retombe le financement des politiques de bénéfices sociaux accordés aux plus pauvres. La classe moyenne a été pénalisée dans la mesure où elle finance une grande partie des dépenses des gouvernements. Même si les dépenses les plus importantes de l’État sont réalisées au bénéfice des plus riches, ce sont les programmes sociaux en faveur des segments de la population les plus pauvres qui irritent le plus la classe moyenne.

Cette classe moyenne se sent laissée de côté quand elle se rappelle qu’elle bénéficiait autrefois de coûts bien plus bas, par exemple, en ce qui concerne la main-d’œuvre des services domestiques et une position sociale où les pauvres étaient maintenus dans une relation de servilité. Même si elle n’était pas riche, la classe moyenne bénéficiait d’une condition sociale différente qui lui donnait l’impression de faire partie du monde des riches, même si c’était à une échelle moindre.

Le château de sable de la classe moyenne traditionnelle s’est écroulé. Cet espace est maintenant occupé par une légion de personnes qui a acquis des biens de consommation et s’est mise à fréquenter les espaces publics dans des conditions semblables ou presque. Le marché du travail est de plus en plus occupé par des personnes qui menacent la classe moyenne traditionnelle dans la mesure où celles-ci se battent pratiquement à armes égales pour les mêmes espaces aux possibilités limitées.

La révolte de la classe moyenne résulte du fait que cette situation a été rendue possible grâce à son parrainage, les impôts qu’elle a versés et qui ont été utilisés par les gouvernements de gauche en faveur des plus pauvres. C’est pour cette raison que la radicalisation à droite d’une partie de cette classe, se retourne contre ces gouvernements et non contre les partis de droite.

Pour cette partie de la classe moyenne, la menace dont elle souffre ne vient pas des riches mais bien des pauvres. Ceux-ci provoquent du dégout, de l’indignation et un sentiment de haine résultant de la perte de leur sentiment de supériorité dans la mesure où les pauvres qui ont amélioré leurs conditions de vie ne croient plus en celle-ci. Cette partie de la classe moyenne, encore minoritaire, mais de plus en plus importante, valorise l’élitisme radical enveloppé dans le libéralisme autoritaire.

La corruption ʺde gaucheʺ : une alliance politique qui doit être rompue

La corruption ne relève pas seulement d’un comportement individuel. Dans un système capitaliste, il est et il a toujours fait partie d’un processus de compétition économique et politique. Des barons voleurs de l’âge doré ("Gilded Age") aux Etats Unis au XIXème siècle, au Brésil des privatisations et des entreprises des travaux publics [6], la corruption a toujours fait partie du jeu du capitalisme de cartel.

Les intérêts du capital ont besoin de ressources publiques et, plus important encore, ils ont besoin de s’immiscer dans la régulation mise en place par l’État afin de pouvoir modifier ou maintenir les règles du jeu en fonction de leurs intérêts. La manière dont ceci affecte les gouvernements de gauche a besoin d’être analysée du point de vue politique.

Les processus de corruption, que ce soit en Amérique Latine ou en Afrique du Sud (ceux qui ont été associés à la domination du Congrès National Africain, le CNA de Nelson Mandela), ont en commun le fait de représenter une tactique que certains gouvernements de gauche ont utilisée pour rompre les obstacles avec les secteurs les plus riches, s’associant à une partie d’entre eux de manière plus étroite. En maintenant ainsi des relations privilégiées avec ces secteurs, ces gouvernements ne visaient pas seulement à en faire des actionnaires majoritaires d’un projet politique, ils visaient également, sur le long terme, à les renforcer à l’intérieur de la classe capitaliste. Cette démarche est donc à la fois pragmatique et programmatique. Les secteurs retenus ont généralement une importance capitale par rapport aux axes de développement du pays. Ce sont également des groupes économiques qui étaient également des partenaires traditionnels des partis de droite.

Mais l’approximation de gouvernements de gauche et de tels groupes a contribué à renforcer la configuration de cartel ou même de monopole dans beaucoup de ces secteurs économiques. Dans la mesure où le fait d’occuper sa place dans ce jeu d’intérêts implique que l’on y entre par des chemins pas toujours ouverts ni institutionnalisés, on s’engage dans des pratiques à la marge des lois ou même illégales. En un mot, celui qui s’aventure sur ce chemin, tombe dans la corruption.

Ne se contentant pas de de parrainer le sur-enrichissement de certains secteurs, les partis, qu’ils soient de gauche ou de droite, cherchent à se renforcer politiquement et financièrement dans la lutte pour le pouvoir. Le jeu est le même, qu’il s’agisse de la droite ou de la gauche. La différence est que le cartel des médias et les pouvoirs judiciaires appliquent un traitement différencié aux cas de corruption impliquant les gouvernements de gauche.

Le dévoilement des cas de corruption concernant les gouvernements de gauche réunit, sous une même bannière, ceux qui veulent faire tomber ces gouvernements et ceux qui veulent punir, de manière exemplaire, tous ceux qui ont trahi leur classe, puisqu’ils se sont alliés à ceux qui devraient être combattus sans relâche.

La corruption donne l’élan nécessaire pour que les riches et une partie de la classe moyenne traditionnelle se battent pour obtenir le vote des pauvres Ils le font avec un sentiment de haine suffisamment orienté pour stigmatiser de manière radicale, les gouvernements de gauche et leurs alliés du moment uniquement et non les pratiques de corruption elles-mêmes.

Les accusations de corruption faites par les grands médias - constituant eux-mêmes un capitalisme de cartel et ayant des intérêts très clairs dans les luttes politiques et économiques actuelles – écartent volontairement tout lien avec une corruption endémique.

On n’arrive jamais à la conclusion évidente que la corruption est partenaire, depuis fort longtemps, des pratiques capitalistes les plus courantes, dans sa relation avec la politique et avec l’État. Sauf dans les pays où la démocratie est suffisamment forte pour qu’il soit impossible de ne pas l’exposer.

Les pauvres réagissent avec scepticisme à ces appels pensant qu’en réalité, les gouvernements sont tous pareils et que la différence se trouve uniquement dans les résultats que chaque gouvernement peut apporter. La nature corrompue du jeu d’intérêts, quand ils gouvernent, les rends égaux. Ce sont les politiques poursuivies et leurs résultats qui les différencient. En fait, les plus pauvres sont les seuls qui ont l’habitude d’avoir une position plus réaliste et moins hypocrite, même si elle est plus conformiste, en ce qui concerne le jeu sale de la corruption entre politiques et grandes entreprises capitalistes.

Le fait est que les gouvernements de gauche, quand ils reproduisent de telles pratiques se discréditent politiquement. Pas seulement en raison des scandales mais aussi parce qu’ils étaient venus pour changer certaines choses et qu’ils se montrent incapables de modifier l’essentiel dans les relations entre l’État et le capitalisme. Ils ne réussissent à garder un certain crédit et une énergie leur permettant d’échapper aux tentatives putschistes que dans la mesure où leur politique démontre leur capacité à arriver à des résultats palpables, effectifs.

D’un autre côté, dans les périodes de stagnation économique, les possibilités d’adhésion aux appels de renversement de gouvernement augmentent ainsi que les pressions visant à ce que les pouvoirs judiciaire et législatif mettent en place des coups mortels et font tomber des têtes.

Conclusion : un modèle qui doit être modulé

Les gouvernements de gauche ont apporté d’innombrables avancées mais se retrouvent fortement menacés. Après une décennie de gouvernement, les accusations indiquant que ʺle modèle s’est épuiséʺ sont de plus en plus communes.
La pauvreté a diminué de manière significative, en grande partie grâce aux programmes de transfert de revenus dont bénéficie aujourd’hui, 17% de la population de l’Amérique Latine et du Caribe (données de la Cepal). En même temps, cependant, les pourcentages et les contingents de pauvres sont encore tristement élevés, près de 170 millions de pauvres et 70 millions de personnes vivant dans une situation d’extrême pauvreté.


Source : Cepal A Hora da igualdade : brechas por fechar, caminos por abrir [7].

Les gouvernements de gauche doivent faire en sorte que les pays retrouvent la croissance. Mais s’ils limitent leur horizon à cela, ils s’enfonceront dans la médiocrité et ne marqueront plus leur différence par rapport aux partis de droite. Ils devraient concentrer leurs choix de croissance non pas sur les secteurs traditionnels et quelques groupes économiques privilégiés mais sur de nouveaux secteurs économiques dynamiques, innovants et sur des aménagements productifs qui consolident l’économie familiale, les petites et moyennes entreprises. De cette manière, ils donneraient des signes positifs de changement à une partie de la classe moyenne qui normalement déteste la gauche – et pour de bonnes raisons – au lieu de l’oublier.

Les gouvernements de gauche devraient consacrer une partie importante de leur travail de régulation à ʺdé-cartelliserʺ les secteurs de l’économie qui ont aboli la compétition, laissé en plan les petites et moyennes entreprises et sont devenues trop grandes pour aller à la faillite. Cela vaut aussi pour les groupes de presse et devrait valoir également pour les entreprises de travaux publics, pour les fournisseurs de services publics, les compagnies téléphoniques, les assurances de santé privées et beaucoup d’autres secteurs de l’économie.

Des avancées nouvelles et significatives exigeraient une expansion des politiques de bien-être social ainsi que des investissements bien supérieurs en éducation, santé et sécurité sociale à ceux qui sont possibles dans le modèle actuel de la majorité de ces pays. Modèle fondé sur des dépenses extrêmement élevés avec le système financier, sur une concentration d’activités économiques intouchables et une profonde injustice en matière de fiscalité.

Le changement de modèle, à la fois nécessaire et utopique, passerait par une rupture des liens de promiscuité avec certains secteurs économiques dominants, à l’origine de pratiques de corruption qui mettent en péril tout le patrimoine des luttes sociales qui furent à l’origine de nombreux partis, de mouvements et de personnes qui aujourd’hui gouvernent ces pays.

Avec l’ascension d’une partie de la classe laborieuse à l’espace de la classe moyenne, une nouvelle génération d’électeurs s’est détachée de la gauche et vote déjà contre elle, contrariant justement ceux qui ont été à l’origine de son ascension. La mobilité sociale conduit également à la mobilité politique et ceci aura un impact décisif pour l’élection des futurs présidents. Les plus pauvres sont toujours très nombreux, mais, de plus en plus, lors des élections, ils sont en concurrence avec certains secteurs de la classe moyenne non traditionnelle.

La gauche ne pourra garder une chance aux élections que si elle renforce la dimension sociale de son projet. Pour cela, elle a besoin d’assumer le rôle de former une alliance des secteurs les plus pauvres avec la classe moyenne au sein d’un modèle dans lequel toutes les deux estiment qu’il vaut encore la peine d’être ensemble et gouvernés par des partis progressistes. Dans le cas contraire, l’Amérique Latine pourra dans peu de temps, être gouvernée de nouveau par des partis élitistes d’exclusion, corrompus et qui ne seront de nouveau vaincus qu’après avoir imposé au continent une nouvelle décennie de régression, avec une économie encore plus concentrée et une pauvreté remontant à des niveaux alarmants.

Quand cela se produira, cependant, les alternatives ne seront peut-être pas aussi prometteuses, si la gauche, abattue, se retrouve avec toutes ses têtes, coupées et pendues sur la place publique.

NOTES DE LA TRADUCTION :

[1] Le terme ʺmiserávelʺ correspond à la catégorie socio-économique des personnes ne disposant pas du nécessaire pour se nourrir et pour se loger décemment
[2] Manifestations de juin 2013. Le mouvement protestataire de 2013 désigne une série de manifestations de masse touchant le Brésil depuis mars 2013. Initialement cantonnée à la hausse des tarifs dans les transports urbains, elles ont débouché sur un mouvement aux revendications plus larges, critiquant la politique du gouvernement et en particulier les dépenses liées à l’organisation de la Coupe du monde de football de 2014.
[3] Mensalão. Terme utilisé par les grands médias – conservateurs et très hostiles à Lula et au PT – pour typifier un mode de corruption politique où le PT aurait utilisé de l’argent de provenance douteuse pour s’assurer l’appui politique de quelques partis politiques monnayant leur décisions. Les responsables de ce scandale ont été condamnés (10 octobre 2012) par le STF (Supremo Tribunal Federal), la plus haute instance de justice. Ce que demande la presse indépendante, une partie du monde juridique et le PT, c’est que les scandales de même nature commis par les partis d’opposition soient traité avec la même célérité et la même rigueur.
[4] PNAD. Pesquisa Nacional por Amostra de Domicílio, (Enquête nationale par sondage de domiciles). Elle est réalisée régulièrement par l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE) à partir d’un échantillon de ménages brésiliens. Elle porte sur les différentes caractéristiques socio-économiques de la société brésilienne : éducation, travail, revenus, logement, sécurité sociale, fécondité …
[5] IPEA : Institut d’Etudes Economiques Appliquées
[6] Ici, l’auteur fait référence à la vague de privatisations probablement frauduleuses qui a eu lieu sous le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso et au grand procès actuel où sont impliquées les plus grandes entreprises de travaux publics du pays
[7] Traduction : Le moment venu de l’égalité, des brèches à combler, des chemins à ouvrir.

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