Le retour des batailles de rimes en face à face favorise la diversité et l’enrichissement de la culture

« Si tu aimes cette culture comme je l’aime, alors crie : hip-hop ! ». La phrase est répétée comme un mantra, haut et fort, par les MC [Maîtres de Cérémonie] en compétition et par le public qui assiste à une nouvelle bataille de rimes, un chaud vendredi soir dans la zone Est. La Praça Brasil, à Itaquera, est le lieu qui accueille de nouveau, chaque semaine, la Batalha da Zil, en face à face avec son public.

Publié originellemet le 31.03.2022 Modifié le 06.04.2022
Traduction de Roger Guilloux pour Autres Brésils
Relecture : Felipe Kaiser Fernandes

La bataille de rimes et les MC. Également connue sous les noms de dispute, de rime battle, MC battle ou clash, la bataille des rimes est un type de rap improvisé assez caustique. Les MC [Maitres / Maîtresses de Cérémonie] sont celles et ceux qui s’interpellent sur la scène, le but étant de voir qui improvise les meilleures rimes.

Reconnu comme l’une des plus importantes de la région, cette batalha a été créée en 2017 et attire l’attention en raison de sa croissance rapide depuis le retour en présentiel en juillet 2021 - période marquée par les progrès très probants de la vaccination contre le Covid-19.

La batalha a rassemblé entre 100 et 300 jeunes sur la célèbre place du quartier. Les jeunes assistent aux duels entre différents MC, des nouveaux venus aux plus connus de la scène, comme MC DuRap.

MC DuRap a été 10 fois champion de la Batalha da Aldeia, à Barueri @Fernando Coelho/Divulgação

Igor Franulovic, 22 ans, principal organisateur et hôte de l’événement, affirme que les records de participation à la Batalha da Zil ont été atteints sans que l’organisation ne prévoie une expansion, ce qui a provoqué une interruption.

Igão, comme on l’appelle, parle de sa responsabilité en tant qu’organisateur de la dispute hebdomadaire. C’est ainsi qu’il a décidé qu’elle serait beaucoup plus qu’une rencontre musicale, elle serait « un projet social en périphérie pour révéler des artistes ».

Igão (à droite) lors de la présentation de la bataille @Murilo Albert/Divulgação

L’étudiant Felipe de Souza, 18 ans, qui fait également office d’organisateur aux côtés d’Igão, va plus loin et affirme que la bataille de rimes « est un espace pour se défouler, pour connaître d’autres réalités, en plus d’être un environnement accueillant ».
Felipe participe également au tournage, aux contacts avec les MC, à l’élaboration du prospectus qui est l’organigramme des participations.

Une autre batalha qui mise sur la transformation des quartiers périphériques est la BDA (Batalha da Aldeia). C’est l’une des plus importantes au Brésil, selon les organisateurs eux-mêmes et les membres d’autres batalhas réparties dans l’État de São Paulo. Elle a lieu tous les lundis à la Praça dos Estudantes, à Barueri, dans l’agglomération de São Paulo.

Bob 13, fondateur de la Batalha da Aldeia @Fernando Coelho/Divulgação

Toujours bondée, la BDA est née du dévouement de Bruno Angelo de Souza, 32 ans, plus connu sous le nom de Bob 13. Le fondateur vivait à Tupã, à l’intérieur de l’État de São Paulo, il a déménagé à Barueri en 2016.

C’est à cette époque qu’il perçoit l’absence d’actions de rue destinées aux jeunes et qu’il unit le rêve de vivre de la rime à la nécessité d’insérer le mouvement rap dans les quartiers.

Les défis pendant les restrictions de la pandémie

En 2019, la fréquentation moyenne de la BDA était de plus de 2000 personnes par soirée. Mais en 2020, la pandémie est arrivée et l’organisation a changé.

Au plus fort des restrictions concernant les événements avec public, la BDA a été contrainte d’explorer de nouvelles stratégies et a décidé de renforcer le travail dans l’espace numérique, un lieu dans lequel elle était présente depuis 2016. Mais Bob 13 raconte qu’au début de la pandémie, il était totalement déstabilisé.

"Un vrai moment de désespoir, toutes les batalhas du pays ont été réduites niveau zéro. Aucune possibilité d’action et pas de travail !"

Et donc, l’un de ses principaux défis était d’imaginer « comment réaliser une bataille de rimes sans public et sans MC face à son public ? ». C’est de cette réflexion qu’est née l’idée d’organiser un concours de rimes à distance via l’application Discord, qui n’utilise que la voix des participants.

Le fait est qu’il manquait l’alchimie sans pareille du face-à-face, dit l’organisateur. Résultat : le public n’a pas apprécié le format et la chaîne a perdu des milliers de d’adhérents. « Les batalhas qui avaient plus de 100.000 visualisations sur YouTube, ont vu celles-ci passer sous le seuil des 10.000 » nous explique Bob.

Avec la généralisation de la vaccination et la chute des chiffres très élevés de la pandémie, on a commencé à faire passer des MC en studio pour enregistrer des images et s’assurer ainsi que le public assiste aux spectacles.

L’anniversaire de la BDA en 2017 @Divulgacão

Le 5 mai 2021, jour où BDA a fêté ses cinq ans d’activité, une fête a même été organisée dans une salle de concert du centre de São Paulo. Lors de l’événement, MC Marechal et Thaíde étaient présents et les gagnants ont reçu 60 000 R$.

Maintenant, en 2022, la BDA revient progressivement au face-à-face, avec des événements à la Praça dos Estudantes. « 100% du public est revenu, les visualisations ont également repris et nous allons continuer à travailler », dit-il.

Bob 13 a également préparé le sixième anniversaire de la BDA, il pense à des batalhas de rimes entre États. Il prévoit également un événement au niveau national. L’idée est d’étendre la bataille des rimes de Barueri à l’ensemble du pays.

Un espace pour la diversité

Bien que les batailles de rimes soient devenues un mouvement culturel important dans les périphéries, la scène reste principalement occupée par des participants de sexe masculin.

Nisque MC parle de l’importance de la pluralité dans les batailles @RdeRock/Divulgação

Monique Fortes, 21 ans, connue sous le nom de Nisque MC, est une artiste indépendante qui participe quotidiennement à plusieurs batalhas à São Paulo, dont celle de Zil.

Lorsqu’elle est entrée dans cet univers, il y a huit mois, la participation masculine était beaucoup plus forte, elle était même « agressive », dit-elle. Heureusement, la situation évolue avec le temps.

"J’ai vu, et je vois encore beaucoup de filles qui ont peur de participer à des batalhas avec des hommes, il est donc important de renforcer la communauté féminine et LGBTQIA+."

La Bataille de Zil, par exemple, a fait la promotion de la Batalha da diversidade, dans le but de faire entrer plus de femmes et plus de personnes de la communauté LGBTQIA+ sur scène.

"Des initiatives comme celles-ci font la différence, car elles font tomber les barrières et introduisent davantage de pluralité", affirme Nisque.

Millena Magalhaes, 22 ans, qui se fait appeler MC Mi Maya, s’identifie comme personne non binaire. Elle a également été l’une des participantes aux spectacles axés sur la pluralité.

Mi Maya est une MC permanente à la Batalha da 16, à Morro Doce, dans le nord-ouest de São Paulo, mais elle participe également à d’autres batalhas, celle de Zil, par exemple.

Selon Millena, lors des événements qu’elle réalise, la Batalha da diversidade peut devenir un porte-parole de la communauté LGBTQIA+. Pour toutes les personnes intéressées, elle peut également devenir un lieu d’apprentissage de la bataille des rimes en face à face avec le public. Comprendre les détails peut faire toute la différence, comme le respect des pronoms, par exemple. « C’est un environnement dans lequel nous nous sentons à l’aise », dit-elle.

MC Mi Maya à Batalha da Brasilândia, zone nord @Divulgacão

Le festival de la diversité est en cours de reformulation. Igão explique que l’idée est prometteuse, mais pour que tous les participants se sentent représentés, il doit être organisé de la meilleure façon possible.

En plus rassembler un public important, la Batalha da Aldeia promeut des événements qui renforcent l’implication des femmes. C’est le cas avec la Batalha das Venenosas qui a déjà accumulé plus de 14 millions de visualisations sur YouTube.

Renforcement culturel dans les favelas et soutien aux MC

« La batalha nous transforme. Elle est synonyme de liberté d’expression. Elle t’aide à construire des pensées différentes, elle aborde des questions dont les gens ont peur de parler, et elle te montre des expériences diverses », déclare Igão. Pour approfondir ce travail, il affirme qu’à la Batalha da Zil, le soutien aux MC est considéré comme l’un des principaux piliers de l’activité.

Cet effort est bénéfique à la communauté, elle enrichit la culture du quartier. Zil participe aux dépenses en prenant en charge les frais de déplacement et en invitant les MC, qu’ils soient de São Paulo ou d’autres villes et États.

Dans certains cas, elle offre un hébergement et d’autres facilités, afin que le MC dispose des conditions nécessaires pour se développer et se consolider sur la scène de la rime. Actuellement, la batalha compte 15 MC confirmés, en plus de ceux qui ont été tirés au sort.

La Batalha da Zil lors d’un événement présentiel, en 2022 @Gabriela Santos/Agência Mural

Les sommes dépensées proviennent de la vente des vidéos du YouTube et de l’apport des organisateurs eux-mêmes. Igão et Felipe expliquent qu’aujourd’hui, ils se consacrent à la création d’une identité forte sur les réseaux sociaux. La stratégie consiste à attirer davantage de public et, à l’avenir, des sponsors qui pourront permettre le versement de prix aux MC et la rémunération de l’équipe.

En outre, l’un des objectifs de Zil est d’atteindre 20 000 abonnés sur YouTube avant la fin de 2022. Au moment de la publication de ce reportage, leur chaîne comptait 11 400 abonnés et 8 426 « followers » sur Instagram.

L’une des références est la propre BDA qui, lors de la pandémie, a renforcé son travail dans les médias. Aujourd’hui, la BDA compte 3,67 millions d’abonnés sur YouTube et 1,2 million de « followers » sur Instagram.

La BDA organise les premiers événements après la pandémie @Tatiane Araújo/Agência Mural

Nisque, qui réside dans la zone Est, entrevoit, dans ce mouvement en plein essor, un chemin vers de nouvelles perspectives pour les habitants des périphéries.

« Dans les quartiers périphérique, les options semblent toujours être le football ou le crime. Avec la batalha, nous apportons des choses différentes aux communautés et une certaine transformation à travers le rap. Nous transmettons cette vision aux jeunes », conclut-elle.

Voir en ligne : Retorno das batalhas de rima presencial tem apoio à diversidade e fortalecimento da cultura

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