Le pasteur, la secte évangélique et le narco-trafic

 | Par Ivan du Roy

Ce 25 février, la nuit tombe sur l’immense quartier populaire « Complexo da Maré » : 130 000 habitants regroupés dans seize favelas, dans la zone nord de Rio, le long de la « linha vermelha » qui relie le centre-ville à la partie nord de la mégapole et à l’aéroport international . Les rues sont animées. Des mères font leurs courses, des enfants rentrent de l’école. Sur une place, un écran géant a été installé. Des badauds commencent à se rassembler. Des feux d’artifice rouges explosent dans le ciel. Point de fête nationale ni de soirée de carnaval. Juste le chef mafieux local qui célèbre son anniversaire. Cette partie de la favela est tenue par le « Commando Vermelho », la principale organisation criminelle brésilienne. Le Commando Vermelho livre ici une guerre permanente contre les autres factions, le "Troisième commando" et les "Amis des amis". Sans oublier la police et ses raids meurtriers pour les habitants des favelas, dont la grande majorité n’a rien à voir avec le trafic de drogue.

Ce soir, tout est calme malgré les crosses de revolvers qui dépassent de la chemise de quelques jeunes employés par le trafic. Rien ne doit troubler la fête. Les narcotrafiquants ont même fait venir « leur » pasteur pour célébrer une messe, en pleine rue, en toute impunité. Marcos Pereira da Silva, de l’église évangélique « Assemblée de Dieu des derniers jours » (fondée en 1991 par son frère) arrive en 4X4 aux vitres teintées, escorté par de grosses cylindrées remplies d’hommes armés. Gardant un barrage, à l’entrée de la favela, un gamin, à peine 17 ans, bermuda, tongs et fusil d’assaut en bandoulière - l’uniforme des « soldats du trafic » -, ouvre au convoi le passage vers l’office.

Le pasteur Marcos a été l’objet d’une enquête policière à Rio en août 2004. Les enquêteurs se sont étonnés de découvrir qu’il possédait, entre autres, des mines d’émeraudes dans l’Etat de Bahia. L’argent de la quête servirait-il à blanchir les deniers de la drogue ? Pour l’instant, les autorités n’ont pas jugé bon d’en savoir plus... Car le pasteur Marcos peut se révéler utile. En juin 2004, il a été sollicité pour servir de médiateur pendant une rébellion dans la prison de Benfica, toujours à Rio, qui a fait une trentaine de morts. Le pasteur s’est présenté, seul, dans la prison. En 2h, la rébellion était terminée. Belle efficacité ! Le pasteur Marcos avait été appelé sur son portable par Anthony Garotinho, en charge de la sécurité publique de l’Etat de Rio, époux du gouverneur de ce même Etat, Rosinha Garotinho, et candidat malheureux à la dernière élection présidentielle. Cette proximité entre les autorités de l’Etat et le pasteur du narco-trafic ont peut-être incité les policiers à ne pas pousser plus loin leurs investigations. Qui sait ?

Le lendemain de la fête d’anniversaire, le vie du « Complexo da Maré » reprenait son cours. Policiers et trafiquants ont échangé des tirs, les premiers reprochant peut-être aux seconds de ne pas les avoir invités à la fête. Le pasteur Marcos, lui, était reparti dans son 4X4 depuis longtemps.

Par Ivan du Roy - Mars 2005

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