Le nouveau cadre juridique pour l’exploitation des terres rares favorise un accord entre le Brésil et les États-Unis

Le député Arnaldo Jardim (Cidadania, centre), rapporteur du texte, affirme que l’adoption de la politique nationale sur les minéraux critiques « contribuera grandement » au dialogue entre Lula et Donald Trump à la Maison Blanche.


Source : Brasil 247, « Novo marco legal sobre terras raras favorece acordo entre Brasil e Estados Unidos », par rédaction Brasil 247, 7 mai 2026
Traduction : Roger Guilloux
Relecture, édition : Patrick Piro

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Rencontre Lula - Trump à la Maison Blanche le 7 mai 2026. ©Ricardo Stuckert/PR

L’adoption le 6 mai dernier, par la Chambre des députés, du nouveau cadre juridique relatif aux minéraux critiques et stratégiques [1] pourrait faciliter les négociations entre le Brésil et les États-Unis, concernant la chaîne d’approvisionnement mondiale de ces matières premières, dont les « terres rares ». Ce sujet a pris toute son importance alors que le président Luiz Inácio Lula da Silva rencontrait Donald Trump, président des États-Unis, à la Maison Blanche, le lendemain de cette adoption.

Dans une interview accordée au journal O Globo, le député Arnaldo Jardim (Cidadania-SP, Centre), rapporteur du projet de loi instituant la Politique nationale des minéraux critiques et stratégiques, affirme que la proposition approuvée par la Chambre des députés crée un cadre légal favorable aux investissements étrangers qui pourrait devenir un élément important dans les discussions entre les deux gouvernements. « Ce projet peut constituer un atout lors de cette discussion. Le fait qu’il soit bien avancé et précis facilitera grandement ce dialogue. Les États-Unis répètent sans cesse qu’ils ont besoin d’un cadre réglementaire pour pouvoir défendre leurs intérêts dans le respect de nos propres règles ».
La proposition adoptée prévoit la mise en place d’une politique nationale visant à organiser l’exploitation, le traitement et la transformation des minéraux critiques au Brésil. Ceci concerne notamment les terres rares, le lithium, le graphite et d’autres matières premières stratégiques pour les secteurs de la technologie, de la défense et de la transition énergétique.

Le Brésil possède la deuxième plus grande réserve de terres rares au monde

Selon Arnaldo Jardim, le Brésil occupe une position stratégique sur la scène mondiale des terres rares. « Parmi les réserves connues de ces matières premières dans le monde, la Chine arrive en tête en volume, avec 43 %. Le Brésil occupe la deuxième place, avec 23 %, et le troisième pays en détient 6 % ».
Le député souligne également que le pays ne connaît que partiellement son potentiel minéral. « Nous avons une connaissance limitée de notre sous-sol, avec des informations satisfaisantes pour seulement 30 % du territoire ».
Les terres rares sont considérées comme essentielles à la production de batteries, de voitures électriques, d’éoliennes, de puces électroniques, de systèmes militaires, d’intelligence artificielle et d’équipements électroniques de pointe. La maîtrise de cette chaîne d’approvisionnement est devenue l’un des principaux enjeux de la rivalité géopolitique mondiale entre les États-Unis et la Chine.

Le projet ouvre la voie aux capitaux internationaux

Lors de cet entretien, Arnaldo Jardim a affirmé que le texte adopté avait été rédigé de manière à faciliter l’arrivée de capitaux internationaux, sans alignements automatiques ni exclusions géopolitiques. « Ce projet est clairement ouvert aux investissements étrangers, ce qui favorise l’arrivée de technologies et envoie un signal positif. Nous prétendons accueillir les capitaux internationaux, d’où qu’ils proviennent, sans soumission ni exclusive dans nos relations ».

Le rapporteur indique également que la politique nationale vise à garantir que le Brésil participe aux étapes les plus sophistiquées de la chaîne de production minière, évitant de réduire sa participation au simple rôle d’exportateur. « Nous ne voulons pas être de simples fournisseurs de matières premières, nous voulons être en position de transformer et d’exporter. Il existe donc tout un projet qui encourage la valorisation et la transformation ».

Cette politique pourrait débloquer des milliards en investissements

Selon Arnaldo Jardim, le potentiel économique du secteur suscite déjà un vif intérêt à l’international. Le député évoque un appel à projets lancé l’année dernière par la BNDES [2] pour des projets liés aux minéraux stratégiques. « Les propositions ont afflué en nombre considérable, pour un montant total de 260 milliards de réaux, dont 50 milliards [respectivement de l’ordre de 44,2 et 8,5 milliards d’euros] pour les projets les plus avancés ».

Il a également évoqué le récent rachat de la société minière Serra Verde, dans l’État du Goiás, par des investisseurs étasuniens, pour un montant de 2,6 milliards de réaux (environ 442 millions d’euros). Serra Verde est considérée comme l’un des principaux producteurs brésiliens de terres rares et est devenue le symbole de la course internationale à l’accès aux minerais stratégiques.

Un conseil national pourrait analyser les accords internationaux

Le projet de loi approuvé par la Chambre des députés crée le Conseil national pour l’industrialisation des minéraux critiques et stratégiques (Cimce), auquel participeront l’État fédéral, les États, des experts et des représentants du secteur productif.
Selon Arnaldo Jardim, cet organisme sera chargé d’examiner les opérations stratégiques concernant le secteur minier. « Cela n’empêche pas la négociation, mais impose que celle-ci ou toute cession d’actions soient communiquées et examinées par le Conseil national pour l’industrialisation des minéraux critiques et stratégiques », explique le député, qui affirme que l’objectif est de garantir que toutes les étapes de traitement et de transformation aient lieu au Brésil.
Interrogé sur la question de savoir si la vente de Serra Verde à un acheteur étasunien aurait été soumise au Conseil si la nouvelle législation avait déjà été en vigueur, Arnaldo Jardim répond : « Certainement, il s’agit d’un Conseil chargé de discuter les orientations du secteur ».

Procédure accélérée au Sénat

Arnaldo Jardim s’est dit convaincu que la proposition ferait l’objet d’un examen rapide au Sénat fédéral. « Le président de la Chambre des députés, Hugo Motta, s’est entretenu avec Davi Alcolumbre, président du Sénat, qui a déclaré que le projet sera traité avec célérité que dès que la proposition lui parviendra. »

Le projet de loi approuvé par la Chambre des députés crée également un Fonds de garantie de l’activité minière, doté d’une contribution initiale de 2 milliards de réaux (environ 340 millions d’euros) de la part de l’État fédéral, et prévoit jusqu’à 5 milliards de réaux (environ 850 millions d’euros) d’incitations fiscales entre 2030 et 2034 pour des projets liés à la valorisation et à la transformation de minéraux critiques dans le pays.

Ce projet de loi, qui intervient dans un contexte de concurrence mondiale croissante autour des chaînes de production stratégiques, pourrait placer le Brésil au cœur des négociations internationales sur la sécurité minérale, l’industrialisation et la souveraineté technologique.


LE CHOIX D’AUTRES BRÉSILS

Le Brésil dispose des plus importantes ressources mondiales en minéraux stratégiques et terres rares, derrière la Chine. On comprend donc l’attrait pour ces gisements d’un Trump en grandes manœuvres internationales pour défendre, à la sauvage, les intérêts présumés des États-Unis. Brasil 247, site d’informations qui défend une politique de gauche, rapporte ici l’avis d’un des principaux acteurs de la proposition de loi, en cours d’examen, pour définir une politique nationale sur les minéraux critiques et stratégiques. Résumons la vision du député Arnaldo Jardim : mieux vaut un cadre réglementaire que pas de cadre, favorisons sans état d’âme les investissements étrangers, et nous serons en bonne position pour discuter avec l’ogre. Soja, viande bovine, métaux, énergie… On l’a compris depuis plus de deux décennies, la politique de Lula n’est en rien hostile ce type d’argumentation néolibérale, pourvu que le Brésil y trouve des devises à l’export. Son gouvernement soutiendra-t-il l’adoption définitive de cette loi ? Le Conseil de surveillance ad hoc, prévu pour s’assurer que les intérêts brésiliens se seront pas foulés aux pieds, aura-t-il l’indépendance et les moyens de tenir bon face aux mastodontes du secteur minier mondial ? Jandira Feghali et Orlando Silva, en autres, en doutent. Ces député·es communistes (PCdoB) dénoncent la faiblesse des garde-fous du texte (en portugais brésilien) et n’ont pas voté en sa faveur, le considérant trop imprécis et lacunaire en matière de garanties pour la souveraineté nationale.

[1Cette gamme de minéraux, essentiels aux industries électroniques, militaires et énergétiques, est actuellement l’objet de puissantes convoitises internationales

[2Banque nationale de développement économique et social du Brésil

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