Le Tribunal permanent des Peuples, pour juger les transnationales (2)

Dans le cas brésilien, plus préoccupées par l’opinion publique, elles ont créé des entreprises écrans, enregistrées comme étant brésiliennes, pour ne pas attirer l’attention, mais utilisant leur capital, elles ont déjà acheté plus de 200 mille hectares dans le sud de Bahia, qui font partie des dernières réserves de la Mata atlantique, et plus de 300 mille hectares de la fragile biome des pampas, dans le Rio Grande do Sul. Elles opèrent aussi dans une promiscuité scandaleuse avec les gouvernements locaux, en finançant les campagnes des politiciens, dont elles exigent ensuite fidélité pour leurs projets, et qu’il les exemptent du respect des lois environnementales, qui dans leurs pays d’origine sont appliquées à la lettre. Elles financent la presse locale, avec des sommes faramineuses destinées à la publicité, afin qu’elle les défende publiquement.

En écoutant les plaintes faites sur le modus operandi de ces entreprises en Uruguay, en Argentine, en Espagne, et ici dans l’état de Bahia, dans l’Espirito Santo et le Rio Grande do Sul, il est impressionnant de constater les similitudes qui existent, comme si elles appliquaient un manuel unique à toutes, partout.

Tout cela pour implanter la monoculture industrielle de l’eucalyptus qui se développe plus rapidement dans ces régions, en raison de l’importance des pluies et du soleil, ou dans le cas du Cône Sud, avec l’objectif d’accéder aux réserves souterraines de l’aquifère guaraní.

Elles débarquent avec la technologie, le contrôle du marché acheteur européen et nord-américain, et font d’énormes profits. A nous, elles nous laissent pauvreté, chômage, pollution, dégradation de l’environnement, diminution des réserves d’eau souterraines, terres inutilisables pour l’agriculture, altération du climat et pollution des eaux en raison de l’usage intensif de la soude caustique pour transformer le bois en pâte de cellulose, et du dioxyde de chlore, pour le blanchiment du papier, qui génère des toxines cancérigènes qui restent dans l’eau utilisée.

Les commentateurs de presse, naïfs ou payés par elles, s’empressent de les défendre car le papier serait symbole de développement, de livres, de journaux... C’est du pur mensonge. Cela figure dans tous les bilans internationaux : 80% de toute la production de cellulose est destinée à la production d’emballages pour les grandes entreprises, 18% pour le papier hygiénique, notamment les serviettes jetables et non recyclables. Seuls 2% sont destinés aux livres et aux journaux. A Vienne, il nous a été présenté une statistique selon laquelle il n’y a aucune relation entre la consommation per capita de papier et le niveau d’alphabétisation et de culture.

Le Vietnam, le Kenya et l’Indonésie ont des indices de plus de 90% d’alphabétisation et ne consomment que 5 kilos de papier par tête et par an. Le Brésil, 85% d’alphabétisation, une forte industrie graphique et consomme 36 kilos de papier par tête et par an. En Europe et aux Etats-Unis, la consommation par tête varie de 250 à 400 kg de papier par an ! Autrement dit, le papier est lié à des modèles de consommation, de luxe, jetables, extravagants, irresponsables, que le néolibéralisme impose dans les pays développés. Cela n’a rien à voir avec la culture, les livres ou les journaux.

Les pas suivants du Tribunal

Les jurés, tous des scientifiques et des chercheurs de renom international, maintenant qu’ils ont les plaintes en leur possession, vont approfondir leurs recherches. En 2007, se tiendront des sessions dans les pays où ces entreprises agissent, dans le but d’entendre d’autres déclarations de la part des populations qui se sentent affectées et de diverses entités représentatives de la société.

Et il est prévu, pour mars 2008, à Lima (Pérou), pendant le prochain Sommet des présidents d’Europe et d’Amérique latine, la session du jugement final des entreprises accusées, avec les correspondantes recommandations de mesures que les gouvernements, les parlements et les peuples devront prendre, pour se protéger de la spoliation néocoloniale.

Entre temps, on espère que les mouvements sociaux de chaque pays touché continuent à se battre, à se mobiliser de toutes les manières possibles pour faire face à cet acharnement d’une demi-douzaine de capitalistes, qui veulent soumette notre nature et notre société à leur soif du profit.

Par João Pedro Stedile, membre de la Direction nationale du MST, Brésil.


Article en espagnol :

http://www.alainet.org/active/11604&lang=es
(la version originale portugais sera publiée dans le numéro de juin de la revue brésilienne Caros Amigos)

Notes :

A ceux qui veulent aller plus loin sur ce thème, je leur recommande de faire des recherches sur le site www.wrm.org.uy, vous y trouverez davantage d’informations sur les agissements des entreprises de cellulose sur le continent.

A ceux qui veulent manifester leur solidarité aux femmes de la Via Campesina Brésil pour leur action de dénonciation d’Aracruz Celulose, écrivez à : sof@sof.org.br.

Traduction : Isabelle Dos Reis


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