Le SUS fait davantage et mieux avec moins de moyens que les services de santé privée.

, par Ricardo Rodrigues Teixeira

Source : Carta Maior - 16/10/2015
Traduction pour Autres Brésils : Roger GUILLOUX
(Relecture : Anapaula VAZ CORRÊA MAIA)

Nouvelle enquête de l’institut d’opinion publique DataFolha  [1] (publiée dans le quotidien la Folha de São Paulo [2] le 13 octobre 2015). Une fois de plus, ce quotidien nous présente une évaluation extrêmement négative de la santé au Brésil. Mais il y a des aspects importants de cette enquête, même si la Folha de São Paulo - à force de contorcionismes dans la présentation et l’analyse des données qu’elle en fait - tente de les occulter. On y découvre, par exemple, que le système privé de santé est jugé plus négativement que le SUS [3]. Regardons les choses de plus près.

A la lecture des données, nous constatons que six Brésiliens sur dix (soit 60%) pensent que le système de santé est très mauvais. Quand l’évaluation ne porte que sur le SUS, ce chiffre descend à 54%.

Quand l’évaluation porte sur « la santé en général », 24% lui attribuent la note zéro ; quand elle porte sur le SUS seulement, ce pourcentage n’est que de 18%.

Cet article évite de commenter (mais cela peut être déduit des donnés présentées) que 2% des enquêtés accordent la note 10/10 pour « la santé en général » alors que cette même note est attribuée par 3% des enquêtés quand il s’agit du SUS.

Et l’écart est plus important pour les notes supérieures à 7 : de 11% pour « la santé en général » à 18% pour le SUS.

Conclusion évidente mais soigneusement écartée par la Folha de São Paulo dans l’analyse des résultats : le système privé de santé fait baisser la note concernant « la santé en général ».

Mais, à l’exception des éclaircissements du premier paragraphe, indiquant que l’enquête porte sur le réseau public et privé, dans le reste de l’article, l’expression « santé privée » n’est plus mentionnée. La comparaison porte uniquement sur « la santé en général » et sur le SUS. En réalité, l’objectif est toujours le même : associer une « évaluation extrêmement négative de la santé » au nom du SUS et éviter, à tout prix, de l’associer au secteur privé, même quand c’est celui-ci qui contribue le plus à l’évaluation négative de la santé au Brésil.

Si nous avions affaire à un journalisme sérieux et honnête, celui-ci rappellerait combien le secteur privé dépense pour apporter un service de mauvaise qualité à 25% de la population brésilienne (fraction de la population qui dispose d’une assurance privée de santé et qui dépense 52,5% de l’ensemble des ressources destinées à la santé, selon les récentes données de l’Organisation Mondiale de la Santé, soit environ 2.2OO R$ par personne [4]). Il rappellerait aussi de quelles ressources dispose le SUS pour la prise en charge de 83% de la population (pourcentage indiqué par le SUS selon les données de l’enquête de la Datafolha) et pour la couverture des besoins de la santé publique (vaccinations, vigilance épidémiologique, etc.) et que malgré cela, celui-ci réussit à obtenir une meilleure note de satisfaction (les dépenses prises en charge par le SUS représentent 47,50% du total, soit environ 1.000 R$ par personne).

Autre information que l’on peut déduire de ces données mais qui n’est pas non plus mise en valeur par la Folha, c’est que si 25% des gens ont une assurance privée, 83% font appel au SUS. En d’autres termes, bon nombre de personnes ayant une assurance privée fait aussi appel au SUS. Et là encore, s’il s’agissait d’un journalisme sérieux et honnête, ce journal aurait à cœur d’attirer l’attention sur l’escroquerie des assurances privées concernant, entre autres, les soins d’urgence, le traitement du cancer, les greffes d’organes, l’hémodialyse qu’elles se refusent de couvrir et qui obligent le SUS à les assumer (moins de 25% des valeurs dues sont reversées au SUS et de ce total, 20% se perdent en actions judiciaires, procédures, prescriptions, etc.).

Expliciter ces données réelles donnerait une plus grande publicité et une meilleure image du SUS par rapport à l’évaluation globale de la santé dans le pays. Et dans le cas présent, le titre le plus adéquat à cet article serait : « Le SUS fait plus et mieux avec moins de moyens que les services de santé privée ».

Mais apparamment, ce journalisme n’est ni sérieux ni honnête. Il ne peut l’être aussi longtemps qu’il maintient des relations aussi étroites avec les secteurs qui font de la santé un une branche de commerce lucrative plutôt qu’un bien public et un droit universel.

Notes de la traduction :

[1Datafolha est un institut de sondage créé par le centre d’étude du quotidien Folha de São Paulo.

[2La Folha de São Paulo est un quotidien conservateur à diffusion nationale.

[3SUS : Système Unique de Santé. Depuis 1995, le Brésil dispose d’un Système Unique de Santé (SUS) qui est gratuit et ouvert à tous.

[4Soit environ deux fois et demie du salaire minimum actuel

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