Le Ministre de la Justice ne reçoit pas les Indiens qui demandent l’homologation de leurs terres

 | Par Jonas Valente

Durant la matinée de mercredi dernier [mi-janvier], environ 50 Indiens tupiniquim-guarani ont bloqué pendant quelques minutes une voie de l’Esplanade des Ministères. Durant les deux derniers jours, la brève protestation a marqué le début d’une longue journée à la recherche de la résolution du processus d’homologation de 11 000 hectares de terres historiquement occupés par les communautés et envahis depuis les années 60 par l’entreprise Aracruz Celulose, dans la commune de Aracruz, au nord de l’Etat de l’ Espírito Santo. Cependant, après plusieurs tentatives, les Indiens sont rentrés hier dans leur ville sans avoir été reçus par les membres du gouvernement fédéral.

La principale cible était le Ministre de la Justice, Márcio Thomaz Bastos. La décision d’homologation des terres lui revient, dans la mesure où la Fondation Nationale de l’Indien (FUNAI) a déjà publié cette année un rapport anthropologique attestant que la zone est bien une terre indigène et a campé sur cette position même après les contestations sur le sujet émanant de l’entreprise Aracruz.

Cependant, le ministre a communiqué auxIindiens, à travers un conseiller, qu’il ne recevrait pas les représentants des communautés tout comme il ne le ferait pas avec l’entreprise tant que le département juridique du ministère n’aura pas émis un avis final sur l’affaire.

Critiques

Les chefs Indiens critiquent Thomaz Bastos de ne pas les avoir reçus et dénoncent l’accord passé en décembre dernier, après l’occupation du port d’Aracruz par 250 Indigènes. A l’époque, le ministre s’était engagé, par le biais de représentants de la Funai, à recevoir 10 chefs à Brasilia. Bien plus que l’attente d’une conversation avec Bastos, les Tupiniquim-Guarani réclament une accélération du processus d’homologation des terres. Selon le cacique Tupiniquim Jaguareté, avec un rythme administratif normal, le Ministère de la Justice aurait un délai d’à peine 30 jours à partir de septembre, lorsque la Funai a rejeté la contestation envoyée par l’entreprise. « Nous estimons qu’ici, au Ministère, le gouvernement est une nouvelle fois en train de jouer avec nous. La procédure est déjà prête, il ne reste plus qu’à prendre une décision », a déclaré Paulo Tupiniquim, un des représentants qui était présent à Brasilia.

Pour le cacique, la lenteur dans la résolution du cas est préjudiciable pour les communautés dans la mesure où la situation de ses membres est précaire, dans la périphérie de la commune d’Aracruz. Il se pose la question du pourquoi de cette résistance, dans la mesure où la zone représente seulement 2,7% des presque 263 000 hectares occupés par les plantations d’eucalyptus dans la région. Le leader indigène ajoute que l’absence d’une prise de décision contribue également à une augmentation de l’animosité entre les Indiens et les travailleurs d’Aracruz. Depuis quelque temps, déclare-t-il, la direction de l’entreprise utilise ses employés pour créer un climat d’hostilité contre les Tupiniquim-Guarani. L’apogée de ce mouvement a été le conflit entre ces derniers et les Indiens qui ont occupé le port de Aracruz en décembre 2006.

Après la réunion avec la délégation qui était présente à Brasilia, le Président de la Commission des Droits Humains de la Chambre des Députés, Luiz Eduardo Greenhalgh (PT-SP), a envoyé des lettres soulignant les risques cités par le cacique et réclamant au Ministre de la Justice l’homologation des terres.

« Etant donné que les procédures sont prêtes pour l’apposition d’une signature ministérielle, et sachant que vous, cher Ministre, le savez, il conviendrait que les arrêtés nécessaires soient expédiés avec urgence, évitant ainsi la discontinuité qui aurait lieu en cas d’ajournement jusqu’à la prise en main et statut du cas par le prochain Ministre. Une telle discontinuité pourrait également favoriser l’aggravation des conflits, avec la menace pour la sécurité des personnes concernées », a écrit le Député.

De retour à Aracruz, les communautés évalueront quelle sera la stratégie pour faire pression sur le gouvernement afin que celui-ci homologue les terres. L’entreprise Aracruz maintient son argumentaire selon lequel les membres des communautés ne sont pas Indiens et qu’ils se sont déjà intégrés au mode de vie du reste de la population. L’entreprise compte sur une campagne idéologique forte dont le contenu a réussi à engendrer une action de la part du Ministère Public. Autre joker de poids est l’ex-président du Suprême Tribunal Fédéral Nelson Jobim, dont le bureau a été engagé pour la défense de la firme. Avec la réforme ministérielle prévue pour février, il y a une réelle possibilité que Márcio Thomaz Bastos laisse le “cadeau empoisonné” à son successeur. Si le destin de la zone n’est de nouveau pas tranché, il est certain que la lenteur réactivera sûrement le conflit entre les Indiens et l’entreprise Aracruz.

Comprenez l’affaire

Il y a actuellement environ 2000 Guaranis et Tupiniquins reconnus à Aracruz. A partir des années 60, l’entreprise a commencé à accumuler des terres dans la région, au cours d’un processus qui aurait expulsé plusieurs Indiens de leurs terres et aurait tué des dizaines d’autres au sein des communautés. Aujourd’hui, les villages de Aracruz ressemblent à de petites bourgades de l’intérieur, peuplées de centaines d’habitants vivant en petits groupes. Si les 11 000 hectares étaient réellement homologués, ils feraient tripler les terres délimitées dans la commune, et permettraient, selon les Indiens et les rapports de la Funai, une reprise de plusieurs des peuplements éteints - en plus des aspects économiques, culturels et ceux liés au mode de vie traditionnelle.

En février de l’année dernière, les leaders des deux ethnies s’étaient déjà réunis avec Thomaz Bastos. Le ministre est allé dans la commune, à la demande du propre Président Lula, juste après l’action de la Police Fédérale qui avait blessé plusieurs dizaines d’Indigènes le mois dernier. Les Indiens avaient occupé une partie de la zone en litige pour recréer le village Olho d’Água (Oeil d’Eau) - une des communautés tupiniquins qui aurait été disséminée avec l’arrivée de l’entreprise Aracruz Celulose.

A cette occasion, le ministre s’est engagé à conclure la régularisation des terres en faveur des Indiens avant la fin 2006. En décembre, pour que cet engagement ne reste pas lettre morte, les Tupiniquins et Guaranis ont occupé le Portocel - le plus grand port d’embarquement de cellulose du monde, appartenant à Aracruz Celulose - et ont paralysé les activités du terminal. L’épisode s’est achevé par une confrontation entre eux et plusieurs centaines de travailleurs liés à l’entreprise située dans cette commune.

Aracruz Celulose soutient que les terres en jeu n’ont jamais été occupées par les Indigènes et que les Tupiniquins de Aracruz ne possèdent plus aucune trace de culture traditionnelle. De plus, d’après la compagnie, des groupes d’intérêts auraient agi de manière pernicieuse dans la région, en tentant d’inciter des populations régionales - déjà intégrées au sein de la société - à assumer une autre identité ethnique.


Par Jonas Valente - Carta Maior - 19/01/2007

Traduction : Estelle Mairesse pour Autres Brésils

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