Le Brésil adopte une loi visant à une privatisation de l’assainissement de l’eau

 | Par Radio France International

Le Sénat du Brésil a approuvé cette semaine une loi ouvrant la voie à la privatisation massive des services de traitement des eaux. Une décision qui provoque une grande polémique alors que l’accès à l’eau potable reste un problème majeur pour des millions de Brésiliens.

La loi votée au Sénat mercredi à une très large majorité va permettre la privatisation des entreprises publiques chargées de l’assainissement de l’eau et de sa distribution dans le pays. Aujourd’hui, les municipalités en charge de ces secteurs ne peuvent solliciter que des entreprises publiques, sans appel d’offre concurrentiel.

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Mais tout va changer. C’est un énorme marché pour lequel le gouvernement prévoit des investissements privés astronomiques de l’ordre de 120 milliards d’euros, avec des dizaines de milliers d’emplois créés. C’était une promesse de Jair Bolsonaro, fidèle à la politique très libérale menée par son ministre de l’Économie.

Creusement des inégalités dans l’accès aux services d’assainissement

Mais c’est un sujet brulant aussi, qui provoque des remous. Au Brésil, la moitié de la population – soit 100 millions d’habitants - n’a pas accès au réseau de traitement des égouts. Les détracteurs de cette loi craignent en effet que le prix des factures pour la population augmente et que les zones les mieux desservies ne soient pas celles qui en ont le plus besoin, surtout dans les régions reculées et les plus pauvres du pays.

Traitement des eaux usées, accès à l’eau courante... Dans ces domaines, le manque d’investissements est criant au Brésil : 35 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Mais ces investissements prévus par le gouvernement risquent d’entraîner une inégalité renforcée face à l’accès aux services d’assainissement. Désormais confronté à la concurrence entre sociétés privées, certaines régions, comme les favelas, dans les périphéries urbaines, ne seront pas la priorité des projets les plus rentables. Pourtant, les besoins sont énormes : près de la moitié des égouts du Brésil sont rejetés dans la nature, sans avoir été traités.

Un « crime contre la souveraineté du peuple brésilien »

Approuvé par le Sénat, le texte doit maintenant être promulgué par le président Jair Bolsonaro. L’opposition n’a pas réussi à faire basculer le Parlement, mais sur les réseaux sociaux de très nombreuses critiques fusent depuis le vote. L’ancienne présidente Dilma Rousseff s’est indignée jeudi soir, estimant que cette privatisation était un « crime contre la souveraineté du peuple brésilien ».

Pour contexte, lire aussi le texte de Antonio Martins Le Brésil au bord de l’apartheid hydrique. Au Brésil, des patrouilles armées, des drones et des murs bloquent déjà l’accès aux rivières et aux retenues d’eau. La privatisation de l’assainissement et de Eletrobras fait peser une menace de ségrégation sur tout le pays. Une nouvelle question politique s’impose : le droit à l’eau démarchandisée.

Le gouvernement, lui, réplique que son texte prévoit que l’ensemble des Brésiliens devra bénéficier d’eau potable et du tout-à-l’égout d’ici 2033. L’assainissement était l’un des derniers grands secteurs que le Brésil n’avait pas encore privatisé.

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