La violence de la presse (2)

Les principales manifestations populaires et les principaux mouvements sociaux ont toujours été maintenus en dehors, ou bien maltraités par la « grande presse » commercialo-bourgeoise. De la même manière que l’histoire officielle a cherché à cacher et à déformer les mouvements de Canudos, Caldeirão, Contestado, Porecatu et tant d’autres, la presse cache les manifestations populaires qui éclatent à l’intérieur du Brésil, mouvements contestant en général les pouvoirs des forces dominantes.

Un exemple bien spécifique est celui du mouvement lancé par les métallurgistes de Scania, en 1978, à São Bernardo do Campo, dans l’ABC paulista*, suivi d’un redoublement dans les années suivantes et qui a rompu l’effet de la dictature militaire dans le syndicalisme, renversé la politique du gel des salaires, mobilisé les foules, articulé la solidarité des classes ouvrières, contribué au renforcement des luttes pour les droits et les libertés du peuple, et qui a lancé d’innombrables leaders ouvriers, dont l’actuel président de la République, Luiz Inácio Lula da Silva.

Au cours de la période des grèves de l’ABC, la presse paulista et celle du Brésil en général a fait tout ce qu’elle a pu pour déformer le mouvement, principalement parce qu’elle avait l’excuse d’être sous le joug de la dictature ; les nouvelles des journaux, chaque jour, parlaient des luttes des ouvriers comme subversives, commanditées par de « dangereux communistes » ou alors comme des attitudes provocatrices pour stimuler l’endurcissement du régime. La TV Globo, à l’époque, enregistrait des heures d’images dans les assemblées des métallurgistes et ne diffusait pas grand-chose, mais les bandes étaient passées à la 2è Armée pour qu’il identifie bien les « agitateurs » de l’ABC.

Le rôle de la presse commercialo-bourgeoise, tout au long des années 80 et 90, s’est restreint à ridiculiser, intriguer, démoraliser et accuser les mouvements des travailleurs de la ville et de la campagne qui s’articulèrent autour de la CUT, du MST, du PT et d’innombrables organisations locales et régionales. Combien de fois la presse n’a-t-elle pas poussé les gouvernements et les forces de police du système à réprimer les grèves des fonctionnaires publiques et des ouvriers, ou les occupations de sans-terre en lutte pour la réforme agraire ? Quelqu’un se souvient-il encore de la violente répression du gouvernement Fernando Henrique Cardoso contre les pétroliers, aiguillonnée par les éditoriaux des principaux moyens de communication du pays ?

Au cours des dernières années, la principale cible de la « grande presse » a été le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), spécialement depuis que le mouvement a montré une grande capacité d’articulation, nationale et internationale, lors du massacre de Eldorado de Carajás, en 1996, et avec la marche d’avril 1997, qui s’est terminée en une grande concentration sur l’Esplanade des Ministères, à Brasília.

Depuis lors, les médias les plus conservateurs, généralement liés au capital international, au marché agronomique et à l’exploitation de la terre (puisqu’en effet beaucoup de ces médias appartiennent à des familles venant de l’oligarchie rurale), ont systématiquement attaqué les actions et les leaders du MST. Ils essaient, par tous les moyens et les arguments, de criminaliser un mouvement qui organise les familles dans les campagnes et encourage la construction d’un pays plus juste et plus égalitaire.

L’Estadão a même engagé des correspondants spéciaux afin de produire des articles déformés sur les occupations de terre, campements et installations. Les TV Globo, Record et Bandeirantes adorent produire des articles partiaux, remplis de préjugés et parfois même sordides, sur le MST, en général assortis de commentaires ironiques et méchants de la part des présentateurs des téléjournaux.

Le magazine Veja, des Editions Abril, a publié plusieurs reportages en première page dédiés au MST, les plus célèbres étant ceux qui arboraient les titres « La marche des radicaux » et « La tactique des brigands ». Sur ce dernier, le coordinateur national du MST, João Pedro Stedile, offensé et calomnié dans l’article de journal, a gagné l’action en justice contre le magazine, qui a été condamné à verser une indemnité de 200 salaires minimums. Il a été prouvé que le magazine avait délibérément manipulé pour dénigrer l’image publique du leader du mouvement.

La violence pratiquée par la presse est le genre de violence qui non seulement atteint les cibles choisies et les victimes directes, mais qui contamine et corromt l’ensemble de la société, dans la mesure où elle occulte la compréhension de la réalité et alimente une vision déformée, elle dissémine l’intrigue, la calomnie et le préjugé, elle ne respecte pas la vérité des faits. La lutte contre la violence et contre l’impunité implique, aussi, dans la défense d’un système de communication effectivement démocratique, qu’elle montre le Brésil sans restrictions et qu’elle garantisse au peuple le droit d’exprimer librement son opinion - sans manipulation.

Par Hamilton Octavio de Souza, journaliste, professeur à la PUC-SP, et directeur de l’Apropuc

Mars 2005

Traduction : Karine Lehmann pour Autres Brésils

* ABC paulista : ceinture industrielle de Sao Paulo

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