La violence à Rio et à São Paulo (3)

(3è et dernière partie)

Ce qui ne manqua pas furent les récits de familles au sujet des morts et disparitions de jeunes, de pauvres, de noirs et d’habitants de la périphérie. Un véritable massacre. Les 126 cas classifiés par le propre Secrétariat de Sûreté Publique comme supposées « résistances suivies de mort » ont été analysés par l’expert criminel Ricardo Molina, qui a constaté que 88 cas comportaient des indices d’exécutions sommaires, beaucoup avec des tirs verticaux, dans les côtes et toujours dans des régions mortelles. Des personnes mortes qui n’avaient probablement pas fait preuve de la dite résistance révélée par les autorités de sûreté publique.

Certains cas actuellement sous enquête démontrent cela, malgré le peu d’intérêt qu’a porté l’État à clarifier la mort de ses propres agents, et encore moins des victimes civiles, supposément tuées par les forces de sûreté étatiques et par des groupes de tueurs. L’Ouvidoria de la Police a déjà répertorié au moins 82 cas d’actions de groupes d’extermination, mais aucun de ces cas n’a encore été clarifié par la police ni par les tribunaux. Depuis le 19 mai, les entités de droits de l’Homme agissent au travers d’une Commission Spéciale Indépendante, qui réunit des représentants d’ONG et d’organes publics.

Cette commission a été instituée par le Conseil d’État des Droits de la Personne Humaine (Condepe) après avoir été approuvée en audience publique réalisée à l’Assemblée Législative de São Paulo. Depuis, cette commission a eu les pires difficultés d’accès aux informations, qui sont occultées par le Secrétariat de Sûreté Publique. Même le Ministère Public a connu des difficultés pour obtenir des informations officielles. Les témoins aussi craignent des représailles et ne font pas confiance aux institutions. Voici un ingrédient de plus qui favorise l’impunité.

Nous pouvons affirmer que 7 mois après les assauts du crime organisé à SP et de la réaction incontrôlée des polices et des groupes d’extermination, la situation reste propice à de nouvelles attaques et à d’autres massacres, générant un cycle de violence qui doit trouver une fin. Jusqu’à maintenant nous ne savons même pas combien de personnes ont péri durant cette période, le système carcéral reste incontrôlé, les policiers sans structure de travail, la plupart des familles d’agents de l’État défunts n’ont pas encore reçu d’indemnisations.

Le plus considérable hommage aux victimes civiles et militaires seraient des actions effectives de la part des gouvernements fédéraux, d’États et municipaux, visant à affronter la violence à l’aide de mesures préventives en matière sociale et répressives en matière de police, mais ils préfèrent ne rien faire, comptant sur l’oubli de la population. Même d’anciennes propositions nationales telles que la reformulation des polices, la réforme du système carcéral et l’implantation d’un Système National de Sûreté Publique semblent avoir été laissées de côté.

Que surgissent des variations dans le taux de change, une chute dans la bourse de valeurs, des variations dans les taxes d’intérêt, de petits cahots dans l’économie, les gouvernements agissent rapidement et adoptent des remèdes d’urgence, lançant des faisceaux de mesures des plus variées, mais quand meurent des jeunes, des pauvres, des habitants des périphéries, fonctionnaires ou civils, l’inertie est la règle à São Paulo, à Rio de Janeiro ou dans quelque autre État du pays.


Par Ariel Castro de Alves

Source : Agência Carta Maior - 05/01/2007

Traduction : Ruben Garcia Sanchez pour Autres Brésils


Ariel Castro de Alves est avocat, coordinateur national du Movimento Nacional de Direitos Humanos, president du Projeto Meninos e Meninas de Rua, assesseur juridique de la Fundação Projeto Travessia, membre de la Comissão da Criança e do Adolescente du Conselho Federal da OAB (Ordem dos Advogados do Brasil), secrétaire général du Condepe (Conselho Estadual dos Direitos da Pessoa Humana - São Paulo) et membre élu du Conselho Nacional da Criança e do Adolescente (Conanda). Adresse électronique : ariel.alves@uol.com.br


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