La répression de l’esclavage moderne au centre d’une polémique nationale

 | Par Xavier Plassat

par Xavier Plassat

jeudi 1er novembre 2007


Juin 2007 : une action du Groupe spécial d’inspection du travail libère 1064 ouvriers agricoles d’une plantation de canne à sucre située en Amazonie. En quelques jours et pour plusieurs semaines, surgit une polémique nationale à propos de la répression de l’esclavage moderne, allant jusqu’à mettre en doute la réalité du fléau.

Fin juin dernier, alors que le président Lula, en visite en Europe et transformé une fois de plus en commis-voyageur de l’éthanol du Brésil (si non “brésilien”), écartait avec conviction tout risque de voir l’Amazonie être touchée un jour par la fièvre actuelle de la canne à sucre, une nouvelle débarque dans les salles de rédaction : le Groupe mobile d’inspection du travail, spécialisé dans la lutte contre le travail esclave “moderne”, vient de libérer prés de 1 100 ouvriers agricoles dans la fazenda et distillerie Pagrisa – 17 000 hectares de plantations – située dans l’État du Pará (Ulianópolis), en pleine Amazonie. Un record dans les annales de l’inspection, détrônant un autre record du même Groupe mobile, enregistré 2 ans plus tôt, également dans une fazenda et distillerie d’éthanol, elle aussi en Amazonie, cette fois dans l’État du Mato Grosso (Confresa) : l’usine Gameleira (depuis lors rebaptisée “Araguaia” dans l’espoir de reconquérir les clients réticents à acheter un éthanol au goût plutôt amer).

Plusieurs questions brûlantes s’entrelacent brutalement autour de cette simple nouvelle et suggèrent que, dans cette histoire, l’ombre l’emporte sur la lumière. Les perspectives mirobolantes d’expansion internationale de l’éthanol brésilien ont créé un nuage de pseudo-vérités que beaucoup s’efforcent de ne pas dissiper. Le remède-miracle au réchauffement global viendra du Brésil et des partenaires généreusement convoqués à partager la manne : « Peuples du Nord, continuez à rouler tranquilles et la conscience écologique en paix, votre combustible est garanti ! Peuples du Sud, soyons dans l’allégresse, la nouvelle poule aux œufs d’or est de notre basse-cour ! » Aucun risque de voir l’euphorie tourner au désastre environnemental que certains commentateurs mal embouchés s’empressent déjà d’annoncer : on ne touchera ni à la forêt amazonienne ni aux savanes du cerrado brésilien, même pour multiplier par 5 à 10 les superficies plantées en canne (l’éthanol exporté en 2007 représente 17 fois le volume exporté au cours de l’année 2000).

Et pas question de crier à la catastrophe alimentaire : non, les agro-combustibles ne prendront pas les terres où nos paysans produisent nos aliments ni celles où d’autres, sans terre, attendent toujours la réforme agraire. Enfin, n’exagérons pas le tableau des conditions de travail dans les plantations de canne : si une vingtaine d’ouvriers agricoles de la canne à sucre sont morts d’épuisement depuis 2004, ce n’est qu’un mauvais coup du destin, n’en faisons pas un symbole des conditions de travail ! Comme notre président l’affirme, il aurait de loin préféré travailler une vie entière à couper de la canne que passer une semaine dans une mine de charbon. Qui a dit que l’espérance de vie d’un ouvrier agricole soumis à un rendement journalier de 12 à… 20 tonnes de canne coupée ne dépasse pas… 12 années ?

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