La réforme doit considérer les pauvres

, par Hernando de Soto

L’économiste péruvien Hernando de Soto énumère les bienfaits d’une action conduisant les entreprises vers la légalité. Comment réduire les crimes et élever la fiabilité.

Hernando de Soto, président de l’ILD (Institut Liberté et Démocratie), a formulé, entre 1988 et 1995, environ 400 propositions, lois et règlements qui ont permis de moderniser l’économie du Pérou. Les programmes coordonnés par de Soto, ex-conseiller personnel de l’ex-president péruvien Alberto Fujimori (1990-2000), ont permis d’octroyer 1,5 million de titres de propriété à des familles pauvres au Pérou et de légaliser 400 mille entreprises, outre la simplification de la bureaucratie pour monter des affaires dans le pays. Cette semaine, de Soto sera au Brésil pour le 19ème Forum de la Liberté, à Porto Alegre, qui discutera des sujets rapportés à la démocratie brésilienne. Lisez l’entrevue qu’il a accordé à la Folha de São Paulo.


Vous croyez qu’il est possible de faire au Brésil quelque chose de similaire à ce qu’il a été obtenu au Pérou ?

Hernando de Soto - Il n’y a pas de raison pour que les problèmes du Brésil soient différents de ceux d’autres pays. Dans les 50 dernières années, il s’est produit une énorme migration [intérieure] dans les pays en développement, au point que certaines villes ont crû plus de 15 fois. Presque 5 sur les 6 milliards d’habitants de la planète vivent aujourd’hui dans des logements précaires. Cela a produit deux types d’économie, la légale, et l’illégale qui se définit d’abord par le fait que ses représentants habitent dans des zones échappant au contexte des lois qui régissent l’économie formelle.

FSP - Quels sont les principaux résultats obtenus au Pérou ?

De Soto - D’abord une forte réduction des activités criminelles. Ensuite, la valeur des maisons des pauvres a augmenté et les salaires moyens des résidents ont pratiquement doublé. Dans les dernières années, le nombre d’enfants qui fréquentent l’école a crû de 28%. Mais cela n’est pas seulement un effet de la concession de titres de propriété foncière. La légalisation des affaires est aussi importante. Le coût payé pour maintenir des entreprises hors de la loi était très élevé pour ces pays en termes de crédit, de crimes, de services publics et de fiabilité général. Mais deux des principales recommandations du Consensus de Washington [règles libérales formulées dans les années 90] ne sont pas encore adaptées à la pratique courante en Amérique latine : l’accès à la propriété et la formalisation des entreprises. Si ces deux éléments ne sont pas reconnus, les autres ne fonctionnent pas.

FSP - La Banque mondiale et la Bid (Banque Inter-américaine du Développement) cherchent à stimuler des initiatives de ce type. Pourquoi n’y arrivent-elles pas ?

De Soto - Cette évolution a été très difficile du fait que la plupart des efforts sont toujours concentrés sur des initiatives d’identification et de recherche. Quand c’est fait, on a déterminé qui vit dans les favelas, mais non quels en sont ses propriétaires. C’est un programme qui exige l’intervention de qui est au faîte de la pyramide politique, de ceux qui doivent pouvoir décider politiquement la question du foncier.

FSP - Dans le cas brésilien, comment est-il possible d’attirer des entreprises vers la légalité, avec une charge fiscale supérieure à 35% du Pib ?

De Soto - Dans tous les pays que nous observons, les réponses ont été différentes. Pour le cas du Pérou, nous y changeons les lois au bénéfice des petites entreprises sans changer la charge fiscale. Plus de 400 mille entreprises sont ainsi rentrées dans la légalité. Au Pérou, comme dans tout pays qui négocie le traité de libre commerce avec les Etats-Unis, il est nécessaire, par exemple, de forger des instruments pour notifier les embarquements. Ceci requiert d’abord une adresse. En second lieu, il faut une raison sociale ; troisièmement, une identité des propriétaires de l’entreprise ; et ainsi de suite. Nous avons pu établir qu’à peine 30% des entreprises peuvent donner à ces questions des réponses conformes à la loi.

Traduction : Etienne Henry

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