La protestation des jeunes est légitime

, par Marilza de Melo Foucher

Source : Correio do Brasil

Date de publication : 18/06/2013

Traduction : Yacine Bouzidi pour Autres Brésils

Et si nous défendions un service public de transports en commun ?

J’ai lu des articles qui allaient jusqu’à parler de printemps brésilien ! C’est incroyable, les bêtises que peuvent écrire certaines personnes ! Je crois que la lecture rapide et confuse d’ internet, des réseaux comme Facebook, ou le visionnage de vidéos sur le web, nous pousse parfois à traduire avec empressement des informations fausses, sans prendre la peine d’aller au fond des choses.

En l’occurrence, pour parler de printemps et faire ainsi une comparaison avec l’effervescence du monde arabe dans les dernières années, il faut ne rien comprendre à ce qui se passe aujourd’hui dans les pays démocratiques. Les causes ne sont pas les mêmes !
<brLes démocraties du monde occidental ne sont pas parfaites non plus. Par conséquent, nous ne pouvons pas manipuler la jeunesse arabe pour lui imposer nos modèles démocratiques. Les démocraties occidentales se fragilisent, notamment sous le poids du pouvoir économique, du marché qui impose à des gouvernements démocratiquement élus la mise en place de mesures d’austérité ! Qui oblige certains gouvernements à se débarasser de leurs attributs spécifiques, comme la question de la Culture, entre autres services publics, qui ne sont pas considérés comme des marchandises mais appartiennent aux biens communs.

La droite brésilienne, qui ne fait aujourd’hui aucune proposition concrète de bonne gouvernance, tente de profiter du mouvement spontané de protestation contre l’augmentation du tarif des transports pour le manipuler. Logique, ce sont eux qui ont en main tous les moyens de communication pour atteindre cet objectif ! De toute évidence, ils vont sortir l’artillerie lourde dans ce combat qui tombe à pic pour leur repositionnement.

La présidente Dilma se sent acculée par l’expansion du mouvement. Elle n’a pas voulu réglementer la pluralité des moyens de communications. Peut-être, disent certains, parce qu’elle avait en tête de conquérir le quatrième pouvoir, aujourd’hui dirigé par la Rede Globo ! [le plus grand réseau de télévision brésilien et le deuxième plus grand au monde après l’américain ABC. n.d.t.]
Aujourd’hui c’est elle qui est dans la ligne de mire de cet armement médiatique. Voir à ce sujet l’article que j’ai écrit pour le Correio do Brasil et republié sur le site Brasil247.

Nous ne pouvons pas garantir un débat qui échappe aux manipulations, qu’elles viennent de droite ou de gauche, sans garantir la pluralité et la liberté d’expression.

Les manifestations ne seraient-elles pas une occasion pour les politiques de toute tendance de discuter des causes de l’augmentation du coût de la vie au Brésil ? Du chaos des services de transport en commun dans les villes brésiliennes ? Une occasion pour les journalistes d’alerter l’opinion publique sur ce chaos et d’ouvrir le débat sur la problématique de nos villes inhumaines.

On dirait même que certains journalistes ont oublié que le Brésil est un état fédéral, que ses États sont autonomes et peuvent intervenir sur les politiques des transports. Il leur suffit pourtant de chercher et de vérifier les compétences de chaque pouvoir. Qui fixe les prix, et comment se déroule la négociation ? Selon quels critères les prix des transports en commun sont-ils déterminés ?

La droite qui a gouverné le Brésil durant plusieurs années, et obtenu la majorité dans tous les États, a toujours défendu la privatisation des politiques publiques. Auriez-vous déja oublié les gouvernements de FHC ? [Federico Henrique Cardoso, « FHC » a été président du Brésil entre 1995 et 2003. Issu du Parti Social Démocrate Brésilien, il mena néanmoins une politique économique néo-libérale, notamment en privatisant de grands groupes d’état dont la gigantesque multinationale Vale do Rio Doce. n.d.t.]

La presse alliée au gouvernement FHC a propagé une image négative des services publics.
Il était logique que le Brésil abandonne ces services, mais puisqu’ils voulaient tout privatiser, ils se sont mis à décréter que tout service public était mauvais. Que pour avoir la qualité, il fallait privatiser ! Aucun dirigeant de droite ne défend un service public de qualité, comme par exemple un service de transport public de qualité ! Qui connait la France sait pourquoi les français se défendent et font grève pour préserver ce service !

En ce qui concerne les politiciens de centre-gauche, aujourd’hui au pouvoir fédéral et dans quelques États, ils n’ont eu jusqu’à maintenant aucune volonté politique de mettre en place de véritables politiques publiques, que ce soit de transports en commun, de santé ou d’éducation, ni même d’assumer la revendication d’une urbanisation plus humaine des villes brésiliennes. Une Politique Publique de Transport n’est pas seulement synonyme de nationalisation. Les autorités municipales peuvent faire des concessions en faveur du transport privé mais pour cela, elles ne peuvent agir seules, les mairies doivent s’aligner sur l’État, et les deux agissent de concert.

Municipalités et gouvernements d’État peuvent mettre en place des partenariats public-privé. Cela dit, il appartient aux autorités fédérales, étatiques et municipales de développer de véritables politiques sectorielles qui assurent l’accès au service à ceux qui en ont le plus besoin. Les étudiants, par exemple, dépendent dans leur grande majorité des transports en commun. Le gouvernement peut réguler les prix.

L’État doit-il intervenir en régulateur du marché ? Demandez aux adeptes des gouvernements de droite, à ceux qui détiennent le pouvoir économique et médiatique, s’ils sont d’accord. Voilà une piste pour lancer le bon débat avec les jeunes qui manifestent, avec les meilleures raisons du monde.

Marilza de Melo Foucher est économiste, journaliste et correspondante du Correio do Brasil à Paris.

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