La nouvelle donne brésilienne selon le Mouvement des Travailleurs Sans Toit

, par Rodrigo Gomes

Source : Outras Palavras - 29/10/2014

Traduction pour Autres Brésils : Anne-Laure BONVALOT (Relecture : Aurore DE LA RÜE)

Le coordinateur national du Mouvement des Travailleurs Sans Toit (MTST), Guilherme Boulos, s’est dit soulagé de la réélection de la présidente Dilma Roussef (PT), à laquelle le mouvement a apporté son soutien, considérant qu’une victoire du candidat battu Aécio Neves (PSDB [1]) aurait été « désastreuse » pour les travailleurs. Toutefois, il souligne qu’à présent le mouvement redescend dans la rue car « l’heure est aux grandes luttes pour faire avancer l’ensemble des réformes populaires, qui sont aujourd’hui bloquées au Brésil ».

Boulos a déclaré ne pas se faire d’illusions quant à l’action du gouvernement pour faire avancer des processus tels que la réforme politique et la réforme urbaine, car les alliances du PT au Congrès national restent inchangées. « Un large mouvement de pression et de mobilisation de rue sera nécessaire pour avancer dans l’ensemble des réformes, et le MTST se prépare à en faire partie », a-t-il déclaré, élargissant une fois de plus le champ d’action du mouvement, à présent engagé dans la réforme politique.

Pour lui, il est illusoire de croire que le changement du système politique de partis, que la présidente Dilma Roussef a présenté dans le discours suivant sa réélection, la nuit du dimanche 26 octobre, comme l’une des priorités de son second mandat, se fera à travers un consensus avec le PMDB [2] ou avec le PSDB. « Elle n’y croit pas elle-même. Ce serait un conte de fées », a-t-il ironisé.

En outre, même s’il juge importante et déterminante l’action d’un grand nombre de mouvements soutenant des causes diverses en faveur de Dilma Roussef au second tour des élections, Boulos a du mal à croire que le PT amorcera un virage volontaire à gauche.

« S’il a contracté une dette importante auprès de ces mouvements, le PT est également redevable aux chefs d’entreprises et à l’agrobusiness qui ont financé sa campagne. Ainsi qu’à sa base d’alliés au Congrès national avec laquelle il devra composer. C’est pourquoi toute inflexion à gauche dépendra d’un large processus de mobilisation populaire ».

Pour le militant, la polarisation survenue lors du second tour des élections n’est pas négative, même s’il n’en nie pas les « effets pervers », comme les préjugés répandus contre les Nordestins sur les réseaux sociaux. Il estime cependant qu’il ne sert à rien à la présidente – ni au vice-président Michel Temer – de proclamer dans leurs discours que l’heure est à l’unité nationale, puisque la division du pays est un fait.
« On ne viendra pas à bout de cette mobilisation avec un discours. Elle trouve son origine dans des raisons objectives, dans l’épuisement du modèle économique de conciliation des classes qui a prévalu ces douze dernières années. L’élite est descendue dans la rue en faveur d’Aécio Neves, mais il y a également eu une mobilisation populaire. Qui ne va pas s’arrêter maintenant parce que Dilma a été réélue  », a-t-il défendu.

Boulos a également souligné le fait que le mouvement n’a passé aucun accord avec le gouvernement de Dilma Roussef en échange de son soutien. « Quand nous avons décidé d’apporter au PT notre soutien critique pour le second tour, cela n’a été conditionné par aucune sorte d’alliance politique. Ce soutien a été motivé par la vision que le mouvement avait, et a toujours, des risques qui existaient. Cela n’a à aucun moment empêché les revendications et les critiques que le mouvement a adressé et continuera d’adresser au gouvernement PT  », a-t-il expliqué.

Sur la question plus spécifique du logement, le mouvement défendra une reprise en profondeur du programme fédéral Minha Casa, Minha Vida (Ma Maison, Ma Vie) afin de promouvoir la gestion directe par des organisations populaires – dite « modalité entités » – et la localisation plus centrale des entreprises, en plus de la question de la réglementation du réajustement des loyers. « Ce sera le défi de la période à venir », a conclu Boulos.

Sans terre
Dans un communiqué, le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST) a exprimé une position similaire à celle du MTST, soulignant l’épuisement du modèle de croissance dans lequel « travailleurs et patrons sont gagnants » et la composition plus conservatrice du Congrès national à partir de 2015. « Le prochain gouvernement devra choisir qui sera le perdant, et nous devons lutter pour que ce ne soient pas les travailleurs  ».

Le mouvement juge ponctuelles les mesures de gestion du PT en faveur des familles les plus pauvres des zones rurales au cours des douze dernières années, et estime que la réforme agraire aura peu de chances d’être entreprise par le gouvernement ou par le Congrès ; elle ne se mettra en place que sous la pression des mouvements sociaux. « Ce que le PT a fait, ce n’est pas une réforme agraire, mais une politique de consolidation », peut-on lire dans un autre passage du document.

Notes de la traduction :
[1] Le PSDB, Partido da Social Democracia Brasileira – Parti de la Social-Démocratie Brésilienne (centre-droit) – représenté par Aécio Neves aux dernières élections présidentielles, est le principal parti d’opposition de droite au Parti des Travailleurs (PT) auquel appartient Dilma Roussef, réélue le 26 octobre dernier.
[2] Le PMDB, Partido do Movimento Democrático Brasileiro – Parti du Mouvement Démocratique Brésilien – est un parti social-démocrate et l’un des principaux alliés du PT.

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