La haine politique de Bolsonaro atteint les cabinets de psychanalyse. Les récits sont choquants.

Traduction : Marie-Hélène BERNADET pour Autres Brésils
Relecture : Sarah LAISSE-REDOUX

La vague de terreur provoquée par la candidature fasciste de Jair Bolsonaro (PSL) est arrivée jusqu’aux cabinets de psychanalyse. Les psychanalystes de tout le Brésil relatent le torrent de récits sur la violence, la peur et la panique politique recueillis dans leurs cabinets.

Ces témoignages ont été rassemblés dans un dossier par le journal El País et choquent par le découragement politique qui s’est emparé du pays. Le reportage de El País [1] insiste sur l’histoire d’un patient à propos de la menace dont il a été victime et qui résume bien le drame.

Un des psychanalystes raconte : « Il est entré sans rien dire et s’est mis à pleurer. Je lui ai demandé ce qui s’était passé et il m’a dit, apeuré, qu’il avait été accosté à l’université par un homme qui lui a dit : « hé toi, tapette de merde, tu as vu les résultats ? Tu as jusqu’au 28 (octobre) pour te promener main dans la main, alors profites-en bien parce que quand le rêve deviendra réalité, cette saloperie sera terminée et on t’en mettra plein la gueule jusqu’à ce que tu deviennes un homme ». »

Ensuite, une fille est entrée en pleurant et m’a dit :

« Sil, aidez-moi ... je ne sais pas quoi faire....Vous n’allez pas croire ce qui m’est arrivé aujourd’hui... J’étais à l’école et je suis allée chercher un livre dans mon casier... Il y avait une feuille de papier... »

Et là, elle me montre une photo sur son portable (elle avait remis la feuille en question à la directrice) avec le message suivant :

- Tu as vraiment cru qu’il suffisait de sortir dans la rue et de crier #Elenão [2] pour stopper bolsomito [3], féminazi ??? Tu as perdu, connasse !! Et dans peu de temps, on va te donner des raisons de crier pour de bon !!!

Le récit, diffusé sur les réseaux sociaux, est celui de la psychanalyste Silvia Bellintani, peu avant le premier tour des élections. Avec leur autorisation, elle raconte ce que lui ont confié deux de ses patients dans son cabinet, dans la même après-midi : le premier est un homosexuel de 19 ans et la seconde une adolescente de 17 ans, hétérosexuelle et féministe.

Le dossier explique que « au cours des derniers jours, des psychanalystes et des psychologues ont décidé de rendre public les témoignages recueillis dans leurs cabinets en faisant circuler des posts. Ceci sans exposer les patients, mais en pointant du doigt ce qui est en train de se passer dans la société brésilienne à cause de la possibilité, assez forte, qu’un homme comme Jair Bolsonaro, défenseur de la dictature, de la torture et de la violence, soit élu président du pays ».

Dans un post intitulé « Etre analyste en temps de haine », Ilana Katz a écrit :

« Effondré, quelqu’un m’a raconté qu’il avait pris une trempe chez lui à cause de ses positions. Quelqu’un d’autre cite comme fake news ce que sa collègue raconte à propos de ses amis homosexuels qui sont victimes d’agressions. Une autre personne dit qu’elle ne peut pas voter pour des corrompus, qu’ils sont coupables, qu’elle les déteste ; elle s’enflamme en disant que, comme les institutions de la République vont controler la misogynie et le racisme de Bolsonaro, elle confirme son vote. Entre ensuite une fille victime d’humiliation publique dans le métro pour avoir affiché # EleNão et qui n’a reçu aucun secours de personne ni des institutions. Il ne s’agit pas de conversations de WhatsApp. Au cours des deux dernières semaines, la haine s’est installée sur mon divan pour ne plus en sortir. Des personnes entrent et sortent : des enfants, des adultes, des adolescents, et c’est ce type de ressenti qui circule. A l’issue du premier tour, la haine s’est encore intensifiée, elle a touché davantage de corps. »

« Les mots qui stimulent la négation totale d’autrui sont comme des balles perdues : celles-ci trouveront un point d’impact pour faire un trou ».

Le reportage souligne également que « plusieurs institutions de psychanalyse ont écrit des manifestes pour la démocratie et contre l’oppression représentée par la candidature de l’extrême droite ».

L’Ecole de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien est l’une d’entre elles :

« La politique de la psychanalyse et l’éthique du bien-dire sont liées, ce qui nous amène à nous opposer au discours de la haine d’autrui en plein Etat démocratique. Le discours de l’analyste doit circuler dans l’espace public et, lorsque nous nous adressons au monde, nous refusons le silence de la « terreur conformiste. »

D’après le journal, les psychanalystes de l’Ecole Brésilienne de Psychanalyse ont également pris position, en proposant « un mouvement de diffusion de courts récits entendus dans les rues du pays à propos des effets néfastes que la menace du fascisme peut provoquer ».

Dans un texte diffusé sur les réseaux sociaux, ils affirment :

« Quand on banalise la valeur des mots, un candidat à la présidentielle peut dire les pires choses comme s’il s’agissait de simples paroles en l’air. Nous perdons de vue que c’est avec ces mots que nous écrivons notre histoire. On oublie que les mots s’enracinent dans l’histoire, les oreilles et les corps d’un pays. Les mots qui stimulent la négation totale d’autrui sont comme des balles perdues : celles-ci trouveront un point d’impact pour faire un trou et personne ne sait à l’avance quelle sera la cible. Ignorer le pire ne restera pas sans conséquences. Alors, écoutons. »

Voir en ligne : Brasil 247

[1Le lien est en portugais.

[2Mot de ralliment contre le candidat d’extrême-droite : #PasLui

[3Surnom du candidat d’extrême-droite

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