« La démocratie multiraciale brésilienne est un mythe » (1)

, par Joel Zito Araujo

Avec le film Negaçaõ do Brasil, sur la place des Noirs dans les novelas, le réalisateur Joel Zito Araujo a lancé le débat : le Brésil est-il un pays raciste ? Son nouveau film, Filhas do Vento, sort au Brésil en mai. Entretien.

Joel Zito Araujo est métis avant d’être réalisateur. Bahianais, il est né en 1954 dans une ville à la frontière avec l’Etat du Minas Gerais, d’une mère noire de Bahia, d’un père blanc du Minas. Presque le parfait métis, mélange de couleurs, mélange social entre un Brésil riche et majoritairement blanc et un Brésil pauvre et majoritairement noir. La célébration du métissage brésilien masque mal l’officieux apartheid racial et social qui régit les grandes villes. Cette question taraude le réalisateur depuis que, son doctorat de cinéma en poche, il a commencé à tourner.

Le documentaire Negaçaõ do Brasil (négation du Brésil), sorti en 2001, a déclenché la polémique. Le long métrage traite de la place des Noirs dans les novelas brésiliennes, ces feuilletons hyper populaires qui passent en prime time sur les plus grandes chaînes du pays, telle Globo. La polémique n’a pas empêché le succès. Le film a obtenu plusieurs prix et a été présenté dans une trentaine de festivals internationaux. C’est son deuxième documentaire, après vingt-deux courts et moyens métrages et un long métrage portant sur les conflits de terre dans les années 50 dans l’Etat d’Espirito Santo. Sa nouvelle fiction, Filhas do Vento (filles du vent) sort en mai au Brésil. Le réalisateur n’envisage toujours pas de ne plus traiter de la question raciale.

Quelle est la place des noirs dans les médias en général et les novelas en particulier ?

Mon film est le résultat de quatre ans de recherche. Les novelas sont devenues un programme quotidien à partir de 1963. Les acteurs noirs y jouent à chaque fois des rôles subalternes : femme de ménage, domestique, chauffeur, jardinier. Tous, forcément, habitent des favelas (bidonvilles). Les scénaristes des novelas ne leur donnent jamais de rôles de personnages issus de classe moyenne. Pourtant, sur les 35 millions de personnes qui composent la classe moyenne brésilienne, on compte 6 millions de Noirs. Cet état de fait montre une chose importante : si l’idéologie raciste du blanchiment a disparu du discours officiel, elle continue d’être pratiquée dans les novelas. Si l’on ne prend pas en compte les feuilletons qui ont l’esclavage pour thématique, seulement 10% des acteurs brésiliens du petit écran sont d’origine afro-brésilienne, métis et noirs, alors que ceux-ci représentent la moitié de la population. Dans une novela sur trois, il n’y a aucun acteur afro-brésilien. Cette situation n’a commencé à changer que récemment.

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