La crise brésilienne : sortir de l’apathie (1)

Le Parti des Travailleurs (PT), né dans les années 80 et émanant du mouvement des luttes ouvrières et syndicales de la fin de la dictature, a tout au long de son histoire, impulsé et agglutiné les secteurs les plus variés de la société brésilienne autour d’un projet qui puisse viabiliser une nouvelle manière de faire de la politique dans le pays, la lutte contre la corruption et l’éthique en politique représentant deux principes guides de son action.

Mais, tout au long de cette histoire également, le processus électoral, plutôt que de rester un moyen tactique pour être en mesure de réaliser des changements concrets, est devenu une fin en soi, à l’instar de la plupart des partis traditionnels. Le PT perdit ainsi une partie de sa dynamique de travail de base et de formation de cadres. Plus tard, il décida, contre l’avis d’un de son aile la plus à gauche, de prendre un virage à droite et de concrétiser des alliances avec la droite brésilienne, comme le PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien), le PL (Parti libéral) etc. Ce processus avait commencé lors des campagnes précédentes (1998) et s’est amplifié et concrétisé avec l’alliance électorale de 2002, par ce qui fut appelé le « pacte social ».

Lorsque fin 2002 Lula fut élu avec 53 millions de votes, le PT n’était déjà plus le PT des années 80. Il avait préféré le marketing publicitaire pour s’assurer la victoire, aux mobilisations et aux discussions de base dans les quartiers populaires. Les caractéristiques idéologiques qui l’avaient fait naître furent reléguées au second plan. Les technocrates prirent le pas sur les « noyaux » de base.

Aujourd’hui, le PT se trouve depuis plusieurs mois englué dans des affaires de corruption concernant le versement de dessous-de-table à des parlementaires afin de s’assurer leurs voix lors de votes, et l’existence de caisses noires pour les campagnes électorales. Les dénonciations et les scandales de corruption concernent des leaders reconnus dont l’influence est forte sur les choix politiques nationaux. Faisant l’objet d’enquêtes parlementaires, ils ont dû renoncer à leurs mandats, démontrant par là même que le parti, en tout cas une partie de ses dirigeants, avait utilisé les mêmes méthodes et pratiques que les partis de droite, même s’il est avéré aussi que ce ne fut pas, pour ce qui les concerne, dans un but d’enrichissement personnel mais « dans l’intérêt du parti »... La déception pour le peuple qui crut en lui n’en est pas moins intense, et la crise politique représente par là même une crise de système.

Les médias se sont emparés de ces affaires, trop contents de pouvoir écorner l’image de « Monsieur Propre » que le PT s’était lui-même attribuée. Dans toutes les affaires de corruption, les médias se complaisent à développer les aspects scandaleux, qu’il s’agisse d’affaires publiques ou privées, politiques ou pas, de droite ou de gauche. Il est bien évident qu’ici non plus, ils ne s’en sont pas privés. L’objectif à court terme semble être de placer le PT en position de faiblesse, au moment où se négocient un éventuel second mandat pour Lula et la ligne politique qui sera adoptée pour les quatre années à venir. Un autre objectif, à plus long terme celui-là et qui n’est d’ailleurs pas nouveau, semble être de maintenir le peuple dans l’apathie, en tuant l’espoir d’un avenir meilleur. En effet le plus grand danger que pourrait faire courir le PT à l’oligarchie toute-puissante serait justement d’inciter le peuple à revendiquer ses droits, à reprendre sa place sur la scène politique. Cela dit, le gouvernement ayant tenu trop peu de promesses, et la majorité de la population attendant toujours que ces changements promis arrivent..., il est bien difficile d’imaginer que le peuple se mobilise en faveur de son Président. Tout comme par ailleurs il ne bouge pas en sa défaveur. Contrairement à d’autres situations récentes dans d’autres pays latino-américains, le peuple ne se mobilise ni pour, ni contre. Pas pour l’instant en tout cas.

La campagne de dénigrement est cependant mesurée. Il s’agit de discréditer le PT sans toutefois trop atteindre le Président car cela porterait tort au Brésil lui-même, en particulier à l’étranger, à un moment où le pays est en train d’acquérir une stature de poids au niveau international : alliance commerciale avec l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, demande pour obtenir un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU, etc. Il s’agit de ramener le PT au rang, hélas très souvent peu reluisant, des autres partis et de ne rien faire pour sortir du leitmotiv omniprésent « tous pourris, tous pareils ». Il faut bien reconnaître que le PT a, depuis longtemps, beaucoup fait pour qu’on en arrive là.

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