La boîte noire de la dictature (2)

 | Par Cecília Coimbra

Marisa Alvarenga - Vous avez été torturée au DOI-Codi ?

Attendez, j’y arrive... Personne ne sortait de là sans avoir été torturé. Là-bas, on m’a emmenée dans une cellule et tout de suite après quelqu’un est arrivé, c’était un médecin, un étudiant en psychanalyse, que j’ai dénoncé après ma libération, Amílcar Lobo, j’ai réussi à le faire radier plus tard ce type. Il n’a pas donné son nom. Il portait un uniforme d’officier de l’armée, et il m’a demandé : « Vous êtes cardiaque ? Vous avez de la tension ? Vous souffrez d’une maladie quelconque ? » Moi je me demandais ce qu’il voulait, et tout de suite après on m’a mis une cagoule et on m’a emmenée dans la salle de torture.

Quand j’y suis arrivée, les types savaient d’où venait le document, c’était pour montrer au DOPS l’efficacité des services d’information du DOI-Codi. Au DOPS ils étaient tellement fumiers qu’ils faisaient une compétition pour voir lequel des services était le plus compétent. En vérité, peut-être une vingtaine de minutes après être arrivée au DOI-Codi, ils savaient : c’était l’ordre d’arrestation de l’ambassadeur nord-américain. A l’époque, à la fin juillet, début août, il y avait eu une autre arrestation, celle de l’ambassadeur allemand (Ludwig Von Holleben), clairement organisé par un autre groupe. L’ALN et le MR-8 n’avaient rien à voir entre eux. Le DOI-Codi n’était pas au courant de cette foutue arrestation de l’Allemand, et ils croyaient que j’y étais pour quelque chose. Et ils ont marché.

Natalia Viana - Vous avez été torturée en même temps que votre mari ?

J’ai vu mon mari se faire torturer. On m’a amené regarder Novaes se faire torturer. J’ai perdu connaissance. La première chose qu’ils faisaient c’était de nous déshabiller. Quand j’ai vu les photos ces jours-ci soit disant d’Herzog, j’ai dit au journaliste qui m’a interviewée : « ça pour nous c’est pas une surprise. C’est la première chose qu’ils faisaient, surtout avec les femmes. Te mettre toute nue et être à leur merci, c’était un moyen de te fragiliser ». J’ai longtemps cru que mon fils - qui avait 3 ans et demi à ce moment là, mon fils aîné - avait été emmené chez le Juge pour mineurs. C’est ce qu’ils m’ont fait croire, parce que mes frères ont été emprisonnés, sans raison.

Natalia Viana - Comment est-ce que vous, qui avez des relations avec certaines personnes du gouvernement, qui avez subi la torture, vous considérez ces gens qui, d’après ce que vous dites, font un pacte de silence ?

Je ne sais pas. Je trouve ça minable, c’est tout ce que je peux dire, que José Genoino, José Dirceu, Nilmário Miranda ... Luiz Eduardo Greenhaig, disent une chose et le contraire après, font un pas en avant et trois en arrière. J’ai le plus grand respect pour leur histoire.

Natalia Viana - Quand le groupe "Plus Jamais La Torture" s’est-il formé ?

En 1985, à la suite d’un événement bien précis pendant le gouvernement de Leonel Brizola, un gouvernement dit d’opposition. En 1985, j’ai eu connaissance d’une dénonciation rapportée par la presse : d’abord, le Secrétaire aux Transports du gouvernement Brizola, qui est mort maintenant, un ex-prisonnier politique, Brandão Monteiro. Brandão a dénoncé le Secrétaire de la Défense Civile de l’époque, José Halfeld Filho, qui proposait la nomination de Walter Jacarandá au commandement du corps des Pompiers. Walter Jacarandá avait été le tortionnaire en personne de Brandão Monteiro et quand il l’a su, il était Secrétaire aussi, il a dit : « Attendez un peu, ce type m’a torturé, on ne peut pas proposer ce type comme commandant des Pompiers ».

Au-delà de cet incident, j’ai commencé à m’apercevoir qu’il y avait d’autres membres de la répression qui occupaient des postes de confiance dans le gouvernement Brizola. Alors j’ai commencé une campagne, en avril 1985, et le groupe "Plus Jamais la Torture" est né officiellement fin octobre début novembre 1985, quand j’ai organisé un grand séminaire à l’université Cândido Mendes et annoncé la formation d’un mouvement. Depuis le début, on ne s’est pas placé sur le même plan qu’une ONG, avec tout le respect que j’ai pour les ONG, on s’est placé comme un mouvement social, comme un groupe de militants, parce qu’on met un point d’honneur à ne rien gagner. Mais ce n’est pas un travail bénévole, non, c’est pas "chacun fait un peu", non, c’est du militantisme politique.

Paulo Eduardo Gomes - Comment, à partir de cet événement emblématique impliquant le nom de Vladimir Herzog, ayant "Plus jamais la Torture" comme centre de diffusion, allez-vous recommencer les enquêtes et organiser les découvertes du constat des archives de la dictature ? Quel genre d’action pensez-vous mener ?

On est déjà en train d’agir. Depuis la semaine dernière on lance une campagne au niveau national et international pour l’ouverture immédiate large, générale et sans restriction, pas lente, graduelle et sûre, des archives de la terreur.

On demande deux choses : l’annulation du décret 4.553 du secret permanent, dont ils discutent, et l’ouverture immédiate, sans restriction des archives. Il suffit juste d’entrer sur notre page d’accueil, qui transmet les messages, n’importe quel genre de message, aux autorités, au Président de la République, au ministre de la Justice, au ministre de la Défense, ainsi qu’une copie au Secrétaire national des Droits de l’Homme. Faire une campagne de grande envergure et solliciter quiconque pouvant écrire un article de le faire dans le but de montrer l’importance de cette campagne, non seulement du rachat de l’histoire, d’annulation de cet oubli, de ce silence, et ses effets sur la société brésilienne, pour les droits de l’homme aujourd’hui au Brésil.

Voici notre site : http://www.torturanuncamais-rj.org.br/

Source : Revue Caros Amigos - Novembre 2004

Traduction : Sandrine Lartoux pour Autres Brésils

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