La boîte noire de la dictature (1)

 | Par Cecília Coimbra

Des photos et des coupures de journaux recouvrent les murs ; il y a des livres partout. « On dirait un lieu de réunions », dit en plaisantant un des interviewers en pénétrant dans la maison de Cecília Coimbra, à Niterói. La fondatrice et actuelle vice-présidente du mouvement « Plus Jamais la Torture », Cecília est aujourd’hui la voix la plus autorisée à parler avec fondement de tout ce qui s’est passé dans les prisons, des interrogatoires et des disparitions pendant la dictature militaire. Voilà 20 ans que le mouvement milite, et aujourd’hui, avec la polémique suscitée autour de la publication de soit-disant photos de Wladimir Herzog et de notes des services militaires, Cecília revient au cœur de la question : l’accession aux archives de la dictature pour que le pays connaisse sa propre histoire, condamne les fautifs et se débarrasse une fois pour toutes des fantômes qu’il conserve inutilement.

Interviewers : Marisa Alvarenga, Natalia Viana, Paulo Eduardo Gomes, Marcelo Salles et Breno Costa

Photos : Alexandre Campbell

Natalia Viana : Commençons par le commencement...

Je m’appelle Cecília Maria Bolsa Coimbra, je suis née à Rio de Janeiro le 16 mars 1941, j’ai 63 ans. J’ai toujours vécu à Rio, ça fait deux ans que j’habite Niterói.

Natalia Viana : Que faisaient vos parents ?

Mes parents étaient très conservateurs, mon père était portugais, fan de Salazar, ma mère était très catholique, apostolique romaine, comme elle disait. J’ai reçu une éducation religieuse, j’ai fait ma première communion, j’ai commencé à m’interroger sur les dogmes de l’Eglise catholique à 11 ans.

Natalia Viana : Il y avait une raison particulière ?

Non, j’ai commencé à réfléchir et alors je me suis sentie coupable parce que j’ai commencé à mettre en doute le dogme de la transsubstantiation, la transformation de l’hostie en corps du Christ, je me disais qu’une chose comme ça n’était pas possible. J’ai commencé à lire Calvin, Luther, j’ai beaucoup lu Allan Kardec et je suis entrée à la Faculté Nationale de Philosophie de l’Université du Brésil, la célèbre Fenefi de l’UB, qui, en 1961, était la plus grande base universitaire du Parti Communiste en Amérique Latine. J’ai fait des études d’histoire, c’était au moment de la démission de Jânio Quadros, et mon père disait que « le Brésil allait sombrer dans le chaos avec João Goulart à la présidence »... toute ma famille était lacerdiste de l’UDN, Union Démocratique Nationale

Natalia Viana : Il était favorable au coup d’état ?

Oui... Quand je suis entrée à la faculté, je croyais que le communisme était une chose horrible, et je suis entrée en contact avec les premiers communistes, l’un d’entre eux est par la suite devenu mon mari (José Novaes). Je me souviens avoir dit : « Papa, j’ai rencontré des communistes très intéressants ». « Attention ! Avec ces gens-là ! » Je me souviens que je suis allée à l’une des premières réunions du Parti Communiste, j’ai vu que ce n’était rien de tout ça et j’ai pris ma carte tout de suite après. J’ai commencé à apprendre le matérialisme dialectique, le matérialisme historique, j’étudiais beaucoup, parce que, pour entrer au parti, il fallait recevoir un cours de base sur le marxisme. J’y ai trouvé des réponses aux doutes sur la religion que j’avais depuis l’adolescence naturellement. J’étais bien matérialiste alors, mais j’ai commencé à prendre mes distances vis-à-vis du parti tout de suite après le coup d’état. Lorsqu’il a eu lieu, j’ai dû me cacher, la police est intervenue. Je devais me marier le 17 avril et je ne suis même pas allée à la mairie, je me suis mariée seulement l’année d’après...

Marcello Salles - A l’église ?

Non. Ma mère m’a obligée à mettre une robe de mariée. Je lui ai dit : « D’accord pour la robe mais c’est le curé qui vient à la maison ». Je ne serais jamais allée jusqu’à l’église, ça non. Mais j’ai fait un mariage religieux.

Natalia Viana- Vous voulez dire que, après le coup d’état, vous avez dû vous cacher tout de suite ?

Oui, je vivais déjà avec Novaes, à Catete. On est partis et le lendemain la police était là. La police était allée chez ma mère, hein. Mais on n’a pas été fait prisonniers à ce moment là, on est resté cachés un moment, on n’allait pas à la faculté. Quant à l’IPM, Enquête de Police Militaire, j’ai répondu à deux IPM, parce qu’avant le coup d’état je travaillais avec Paulo Freire sur le programme national d’alphabétisation.

[...]


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