La « Commune de la terre » : travail et dignité

, par Tatiana Merlino

Occupation Dom Tomás Balduíno, Franco da Rocha, São Paulo.

Le soleil fort de midi n’effraye pas Mauro da Silva et ses quatre collègues qui, munis de casques rouges en plastique, construisent la maison de Sebastião de Araújo, connu comme Indio [Indien] par les habitants de l’occupation. Le métier de maçon lui est familier tout autant qu’à Mauro, qui, avant de rejoindre le Mouvement des Paysans Sans Terre (MST), avait travaillé plusieurs années à ériger des murs de maisons et d’immeubles dans les villes de l’Etat. Ils participent au travail communautaire de construction de 62 maisons de l’occupation, projet qui a débuté en novembre 2006 avec l’aide de la Caixa Econômica Federal et de l’Institut National de Colonisation et Reforme Agraire (Incra), dont l’achèvement est prévu pour décembre 2007.

La construction des maisons est l’une, parmi d’autres, des différentes activités que les habitants de Dom Tomás Balduíno font collectivement dans l’occupation, faisant partie d’une expérience appelée "Commune de la Terre", modèle conçu par le MST, qui consiste à organiser des occupations de Sans Terre en petits noyaux, proches des grands centres urbains. "Ici nous faisons tout ensemble, et nos enfants vivent entre eux et grandissent en liberté, différemment de ce qui se passait en ville", affirme Índio.

Né à Santana do Ipanema, dans le « sertão » de l’Etat d’Alagoas, comme des milliers d’autres nordestins, Índio est venu à São Paulo en quête de "l’illusion qu’ici c’était la terre de l’argent". Quand il est arrivé, il a vu que la situation était tout autre, et il a fini à la périphérie de Francisco Morato, ville où il a vécu pendant 13 ans "travaillant en tant qu’aide-maçon non déclaré".

De l’asphalte à la terre

En 2001, il a assisté à une assemblée du MST et a commencé à envisager la possibilité de retourner aux champs, "mais j’avais peur d’exposer ma famille à un mouvement qui semblait être si radical. A cette époque, je croyais que le Mouvement était ce que les medias en montraient". Sans en parler à sa femme, il a commencé à fréquenter les réunions du Mouvement, e, peu à peu, il découvrait que la lutte du MST était bien différente de ce qu’il imaginait.

Alors, il a décidé de raconter à sa femme qu’il allait participer à une occupation, mais la réaction a été la suivante : "Tu es fou. Tu es sans emploi, tu as six enfants et maintenant tu veux prendre la terres des autres ?" Pourtant, quand elle a connu le campement, Cleide a change d’avis. "J’ai vendu tout ce que nous avions à la maison, et en trois jours j’étais sous la toile de tente".

Participation politique

La femme est restée trois mois sans sortir de son abri, "j’avais honte", mais, avec le temps, elle s’est liberée, et elle a rejoint le secteur de l’éducation du campement, puis ensuite elle s’est mise à cultiver le potager de plantes médicinales et à fabriquer du shampooing et des savonnettes. A présent, sur des terres reconquises, elle aide au travail communautaire de construction des maisons quand son mari ne peut pas, "je cuisine pour les visiteurs de l’occupation, je participe aux occupations et j’ai une plus grande conscience politique". Ìndio a également débuté sa formation politique sous la toile de tente noire de l’occupation Irmã Alberta. Bien qu’il n’aie fréquenté l’école que jusqu’au CM2, l’homme dont la peau est couleur de boue discute la situation politique du pays avec à propos. "Je connais plus la pratique. Je dois encore apprendre un peu plus la théorie", dit-il en souriant.

La famille de Índio et Cleide plante du manioc, du maïs et du raisin Isabel qu’ils vendent ensemble avec la production d’autres occupants sur le marché à l’entrée de l’occupation et sur les marchés des villes voisines. La production des boutures qu’ils utilisent dans leurs lopins est totalement biologique "parce que cela fait partie des principes de la communauté". Elle est faite à la Pépinière Pédagogique Chico Mendes, où il y a des boutures de plantes potagères et de fruits tels que le fruit de la passion, papaye, pommes, avocat, graviola, orange et mandarine produits avec de l’engrais vert qui vient de l’étable de l’occupation. Les habitants de Dom Tomás ont également construit, avec l’aide d’agronomes, deux serres où ils produisent des poivrons qui sont vendus dans les villes de Cajamar et Franco da Rocha. "Là où l’on plantait de l’eucalyptus, il y avait une décharge de voitures et de cadavres. Aujourd’hui nous produisons des fruits et légumes biologiques", se vente Mauro, qui est né dans la ville de Jacobina, à Bahia, et tout comme Índio, est venu à São Paulo à la recherche de travail.

Nouvelle vie

Après avoir travaillé dans un bar, comme maçon, carreleur et peintre à São Paulo, à Franco da Rocha et à Jaraguá, l’alcoolisme est entré dans la vie de Mauro avec le chômage. Un certain jour, il buvait dans un bar quand il a rencontré des militants du MST. "Je ne savais pas vraiment comment était le Mouvement, mais j’avais 42 ans, sans emploi et rien à donner à manger à ma fille. Je n’avais rien à perdre".

Après le 20 octobre 2002, quand il a aidé à l’occupation d’Irmã Alberta, la vie de Mauro a commencé à changer. "Ils m’ont proposé des cours de politique, de formation, et j’ai sauté sur l’occasion. En six mois, j’ai repris ma vie en main, retrouvé ma dignité et j’ai arrêté de boire". Quelques mois après l’occupation, Mauro a été appelé pour participer à une brigade de construction à l’Ecole Nationale Florestan Fernandes (ENFF), où il est resté trois mois : "Quand je suis retourné aux champs, ma vie a changé de façon radicale. Si en ville j’avais une vie individualiste, ici c’est totalement le contraire".


Par Tatiana Merlino

Source : Brasil de Fato - 18/01/2007

Traduction : Monica Sessin pour Autres Brésils


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