La CIA fiche les mouvements d’Amérique du Sud

La CIA (Central Intelligence Agency des USA) pose les jalons pour qualifier de terroristes les mouvements sociaux du continent sud-américain qui soutiennent les présidents élus se proclamant de gauche - tout au moins dans leurs paroles.

On peut dire que les conclusions de la CIA - instance du gouvernement américain, coutumier du reversement de gouvernements sous prétexte qu’il s’agit de dictatures militaires ou de gouvernements communistes - permettraient aux USA d’envahir les pays d’Amérique du Sud qui persisteraient à maintenir des relations amicales avec de tels mouvements ou, dans une phase antérieure, de faire pression sur eux par des sanctions économiques.

En outre, à partir du moment où ces organisations sont considérées comme des "groupes terroristes", leurs ressources économiques pourraient également, par contrecoup, être bloquées au niveau mondial. En 2003, par exemple, certains organismes de soutien au Mouvement de Libération de la Palestine éparpillées en Suisse, France, Grande Bretagne, Autriche et Liban ont vu leurs comptes suivis à la trace et bloqués pour association au terrorisme.

Cette procédure est détaillée sur la page Internet du Département d’Etat des Etats Unis, sous le thème "Contrer le terrorisme sur le front économique"(www.state.gov/s/ct/rls/pgtrpt/2003/31750.htm).

MST ET COCALEROS

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST) et les groupes de cultivateurs de coca de Bolivie (cocaleros), par exemple, figurent déjà nommément dans l’annuaire mondial de la CIA de 2005 au même titre que les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (Farc) et le Sentier Lumineux. Dans la liste établie par le Département d’Etat, seuls ces deux derniers sont ouvertement traités de groupes terroristes. Alors que, dans le rapport 2003 des actes terroristes dans le monde, figuraient déjà des actions du mouvement d’indigènes boliviens.

La CIA met au même niveau les organisations ci-dessus parce que son annuaire ne prévoit pas de catégorie spécifique précisant quels sont les groupes "terroristes". Au lieu de cela, l’Agence place toutes les organisations dans le même sac intitulé "groupes de pression politique", qui agissent hors de l’ordre institutionnel, mais peuvent le troubler.

Dans cette même catégorie, se trouvent : les “rastafaris” de Jamaïque, les étudiants du Chili, les réfugiés vivant en Allemagne, le mouvement des paysans en Haïti, la Confédération des Nationalités Indigènes en Equateur (Conaie), les groupes des droits de l’homme au Kenya, l’Eglise Catholique entre autres.

DANS LE COLLIMATEUR

Le fait est que les USA - récemment plus préoccupés par le Moyen Orient - pourront avoir dans le collimateur, à la fin des élections prévues en 2006 en Amérique du Sud, 7 des 12 pays du continent affirmant une gauche dans des tons plus rouges. Et cela, sans comptabiliser des pays comme le Nicaragua (en Amérique Centrale) et le Mexique (en Amérique du Nord), qui ont également de grandes chances de changer de couleur cette année.

Un tel scénario fait que le rapport approuvé par la CPMI (Commission d’enquête parlementaire mixte) de la Terre en novembre 2005 - qui considère comme acte de terrorisme l’occupation des terres - pourra être utilisé par les USA comme prérogative juridique pour considérer le MST en tant que groupe terroriste, si cette nouvelle configuration régionale l’exigeait.

En ce moment, la conjoncture brésilienne n’inspire pas plus d’inquiétude. Mais ce n’est plus le cas avec la Bolivie et les déclarations de son président nouvellement élu Evo Morales qui affronte actuellement les USA.

Dans des rapports officiels, le Département d’Etat des USA a déjà fait le lien entre le narcotrafic et les cocaleros et certains membres du Mouvement vers le Socialisme (MAS), le parti de Morales. La Maison Blanche fait pression pour que les plantations de coca soient considérées comme action criminelle, ce qui serait préjudiciable à la culture millénaire des indigènes des régions andines, habitués à consommer et utiliser cette plante.

Dans l’un de ces rapports, daté de 2003, les cocaleros sont traités de "militants illégaux planteurs de coca qui pourraient être les responsables de divers faits de terrorisme interne, et l’on s’inquiète du fait qu’ils puissent recevoir de l’aide de l’étranger pour rendre leurs attaques plus meurtrières". Dans un autre passage du même document, "deux membres radicaux du MAS" sont accusés "d’espionnage, terrorisme et subversion".
Le texte ajoute que les plantations illégales de coca sont considérées comme un risque potentiel que la Bolivie "redevienne le principal fournisseur de cocaïne, soutenant financièrement le terrorisme dans les Andes".

TERRORISME

Cette insistance des USA à imaginer un lien entre les mouvements nationaux et "une aide étrangère" - comme décrite ci-dessus à propos des cocaleros, et en 2005, quand les fonctionnaires de l’Ambassade des USA ont tenté, dans le Pernambouc, d’associer le MST aux Farc, permet de justifier la définition des "groupes terroristes" par la CIA.
Pour l’agence nord-américaine, ce terme s’applique à "tout groupe qui pratique, ou qui comporte des sous-groupes significatifs qui pratiquent le terrorisme international", englobant "le territoire ou les citoyens de plus d’un pays".

Hormis cela, le terme "terrorisme" aboutit à une définition beaucoup plus floue : "Violence avec préméditation, pour des motifs politiques contre des cibles non-combattantes par des groupes subnationaux ou par des agents clandestins, ayant habituellement l’intention d’influencer un public".

Par Marcelo Netto Rodrigues

Source : Brasil de Fato, du 19 au 22 janvier 2006

Traduction : Monica Sessin pour Autres Brésils

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