L’initiative novatrice du Brésil pour lutter contre la faim dans le monde

L’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté témoigne de la capacité diplomatique du Brésil à maintenir la lutte contre la faim et la pauvreté au cœur des priorités internationales, ainsi qu’à élaborer des propositions innovantes pour contribuer à la résolution de problèmes à l’échelle mondiale, en dépit d’un contexte difficile.


Source : Le Monde diplomatique Brasil, « A inovação internacional idealizada pelo Brasil para combater a fome no mundo » par Osmany Porto de Oliveira [1], 5 juin 2026
Traduction : Bertrand Carreau
Relecture, édition : Patrick Piro

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Fort de son expérience en la matière, le Brésil, à l’impulsion de son président Lula, lance officiellement L’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté lors du sommet du G20 à Rio en 2024. ©Ricardo Stuckert / PR

À Rome, près du Colisée, des experts internationaux œuvrent depuis octobre 2025 à l’éradication de la faim dans le monde et à la lutte contre la pauvreté [2]. Il s’agit de l’équipe affectée à l’Alliance mondiale contre la faim et la pauvreté par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le contexte dans lequel opère l’Alliance est complexe : la faim et la pauvreté restent à des niveaux élevés dans le monde, alors que le financement de l’aide internationale diminue et que la crise du multilatéralisme s’aggrave.

L’Alliance a été créée en 2024, à l’initiative du Brésil, au sein du G20, qui réunit les vingt plus importantes économies de la planète. Aujourd’hui, elle compte 214 membres, dont plus d’une centaine de pays, comme l’Allemagne et le Portugal, diverses institutions financières internationales telles que la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement, des organisations internationales comme l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc), ainsi que des organisations philanthropiques comme la Fondation Bill et Melinda Gates.

Le travail de l’Alliance s’inscrit toutefois dans un contexte international complexe. On observe un rejet du multilatéralisme, concept désignant l’action conjointe de divers pays pour résoudre les problèmes internationaux. Parmi les pays qui le rejettent figurent les États-Unis, l’un des principaux bailleurs de fonds de la coopération internationale et du système des Nations Unies. Le retrait récent des Émirats arabes unis de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) en est un autre exemple. Par ailleurs, les conflits internationaux, tels que celui opposant la Russie et l’Ukraine, et d’autres au Moyen-Orient, ont conduit plusieurs pays, y compris en Europe, à accroître leurs dépenses en matière de sécurité et de défense. Au-delà des répercussions de ces conflits sur la géopolitique mondiale, cela implique souvent une réaffectation des ressources et une modification des priorités de la coopération internationale.

L’Alliance expérimente un nouveau mode d’action international, grâce à une structure opérationnelle allégée et flexible. Agissant comme un acteur intermédiaire, elle aide les pays à obtenir de l’expertise et les financements nécessaires pour élargir le nombre de bénéficiaires de leurs politiques sociales. Un ensemble d’instruments a été mis en place afin de permettre aux gouvernements d’apporter à leurs problèmes des réponses dont l’efficacité soit démontrée. Parmi les instruments inclus dans cet ensemble figurent des politiques provenant du Brésil et d’autres pays, telles que des programmes de redistribution monétaires conditionnels, des programmes d’agriculture familiale et des programmes d’alimentation scolaire.

L’année dernière, des plans ont été lancés pour soutenir l’adoption de politiques d’envergure visant à lutter contre la faim et la pauvreté dans huit pays d’Amérique latine, d’Afrique et du Moyen-Orient. Le plan pour l’Éthiopie, par exemple, vise à accroître la capacité de production des petits exploitants agricoles. Pour sa mise en œuvre, un projet de collaboration a été élaboré entre le gouvernement éthiopien et des partenaires tels que la Banque africaine de développement, la Fondation Rockefeller et les Émirats arabes unis. Le plan kényan, quant à lui, entend atténuer les effets du changement climatique et de la pénurie d’eau en construisant des citernes dans 1 300 écoles. Le Kenya souhaite s’inspirer de l’expertise brésilienne dans ce domaine.

L’Alliance témoigne de la capacité diplomatique du Brésil à maintenir la faim et la pauvreté au cœur des priorités internationales, ainsi qu’à élaborer des propositions novatrices pour contribuer à la résolution de problèmes d’envergure mondiale dans un contexte qui n’y est pas favorable. Par ailleurs, le Brésil a progressivement mis en place des politiques qui ont fait leurs preuves dans la lutte contre la faim et la pauvreté, et il est devenu une source d’inspiration pour d’autres gouvernements. Il existe d’autres alliances mondiales, comme l’Alliance pour la vaccination, un partenariat public-privé réunissant des gouvernements, l’Organisation mondiale de la Santé et la Banque mondiale, et dont le rôle a été crucial pendant la pandémie de covid. Près de quatre-vingts ans après la création du système des Nations Unies, et au moment où le multilatéralisme est en crise, il est indispensable de trouver de nouveaux modes de fonctionnement efficaces. Il est nécessaire pour cela d’innover et d’expérimenter. L’Alliance témoigne de la résilience de la coopération internationale et constitue une initiative importante, car ceux qui souffrent de la faim, quel que soit leur pays, ne peuvent plus attendre.


Le Choix d’Autres Brésils
On a pu contester les choix de Lula en politique internationale, concernant notamment son analyse de l’invasion russe en Ukraine en 2022. S’il est un domaine où la performance du Brésil a été saluée unanimement, ou presque, c’est la lutte contre la faim et la pauvreté, avec le programme Bolsa família, notamment. Associant des aides financières à un cadre de soutien aux enfants (vaccination, obligation de scolarisation), il a permis en seulement deux mandats de Lula (2003-2010), le succès le plus massif dans le monde, à ce jour, en matière de recul de la grande précarité sociale.

[1Osmany Porto de Oliveira est professeur au Département des relations internationales et coordinateur du Laboratoire de politiques publiques internationales (Laboppi) de l’Université fédérale de São Paulo

[2Cet article s’inscrit dans le cadre du projet de recherche « Politique étrangère, politiques publiques et coopération Sud-Sud », financé par le CNPq (Processus : 444353/2024-0)

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