L’augmentation de la déforestation déçoit les environnementalistes

 | Par Maurício Thuswohl

Les indices divulgués par l’Institut national de recherches spatiales, indiquant une augmentation de 6,2 % de la déforestation en Amazonie entre 2003 et 2004, a provoqué des réactions de la part des organismes environnementaux. « Le signal d’alarme est sur le point de se déclencher », déclare le secrétaire général du Groupe de Travail Amazonien.

En annonçant à contrecœur les données relatives à la déforestation de l’Amazonie entre les mois d’août 2003 et août 2004, recueillies par l’Institut national de recherches spatiales (Inpe), la branche environnementale du gouvernement fédéral semblait deviner qu’elles ne serviraient qu’à détériorer ses relations avec le mouvement environnementaliste. Annoncée dans la nuit de mercredi (18/05/2005), l’augmentation de 6,2 % de l’indice de déforestation par rapport à la période précédente - totalisant ainsi 26 130 km², le second indice le plus élevé jamais enregistré - a renforcé au sein des mouvements sociaux l’impression que les actions environnementalistes du gouvernement Lula ne sont que purement virtuelles, n’existant que sur la paperasse des projets et dans la bonne volonté de l’équipe qui compose le Ministère de l’Environnement. La divulgation des indices de déforestation a même déjà provoqué un petit schisme politique avec l’annonce faite jeudi (19/05/2005), par les membres du PV (Partido Verde) de la Chambre des députés, du désengagement du parti vis-à-vis de la base de soutien du gouvernement Lula au Parlement.

Secrétaire général du Groupe de Travail Amazonien (GTA) et membre de la coordination du Forum brésilien des ONG et Mouvements Sociaux pour l’Environnement et le Développement (FBOMS), Adilson Vieira affirme qu’en raison des indices divulgués, les environnementalistes ont été « extrêmement déçus » par le gouvernement Lula : « Le signal d’alarme est sur le point de se déclencher. Comment est-ce possible qu’un gouvernement qui conçoit des plans de développement durable pour l’Amazonie, pour la BR-163 et tant d’autres domaines puisse être aussi décevant dans la lutte réelle ? A ce rythme, contenir la déforestation n’est pas une solution. Ni même la stagnation des indices, au vu de cette situation alarmante et absurde, ne peut intéresser les populations amazoniennes. Etant donné la situation actuelle, nous ne pouvons qu’être insatisfaits de ce gouvernement », dit-il.

Pour le coordinateur des projets de Greenpeace en Amazonie, Paulo Adário, la persistance d’indices élevés de déforestation, malgré l’entrée en vigueur du Plan d’Action pour la Prévention et le Contrôle de la Déforestation, reflète l’absence du gouvernement fédéral : « Ce plan réunit 13 ministères sous l’autorité de la « Casa civil » et est entré en vigueur au mois de mars de l’année dernière. Cependant, il fait du sur-place et n’a toujours pas obtenu de résultats positifs, comme les chiffres le prouvent ». Adário a souligné la contradiction existant au sein du gouvernement Lula : « En réalité, le gouvernement dispose de moyens insuffisants pour la défense des ressources forestières alors que les aides destinées à l’agrobusiness, permettant de financer des activités qui nuisent à la forêt telles que l’élevage et la monoculture de soja, ne manquent pas » affirme l’environnementaliste.

Entourée des ministres Ciro Gomes (Intégration Nationale) et Eduardo Campos (Sciences et Technologies) dans le salon oval du Palais du Planalto, lieu depuis lequel ont été révélés les indices de déforestation, la ministre Marina Silva (Environnement) a qualifié ces chiffres d’« indésirables », mais a réaffirmé sa confiance dans le travail développé par le Ministère de l’environnement : « Les indices sont effectivement très élevés, mais il est important de souligner que les efforts entrepris jusqu’à présent par le gouvernement afin de maîtriser la déforestation, et qui se sont intensifiés à partir de 2004, n’ont pas encore été pris en compte par le recensement de l’Inpe » dit-elle. Marina a également fait allusion à la croissance économique du pays afin de justifier les indices : « Nous ne pouvons pas oublier que le Brésil a connu une croissance de 5% et que l’augmentation de la déforestation enregistrée dans les années antérieures avait déjà dépassé les 20%, alors que la croissance économique était inexistante à l’époque ".

« Baratin »

Cependant, les arguments de la ministre ne semblent pas avoir des effets très positifs auprès des environnementalistes : « A ce rythme de déforestation, lorsque les efforts du gouvernement seront pris en compte par l’Inpe la forêt n’existera plus. A ce moment-là le gouvernement n’aura plus à s’inquiéter car il ne sera plus nécessaire de se creuser la tête avec un plan de développement durable pour l’Amazonie », affirme Adilson Vieira. En ce qui concerne la promesse de Marina d’intensifier les actions de lutte contre la déforestation, le dirigeant du GTA a affirmé désirer moins de rhétorique et davantage de moyens financiers : « C’est du baratin. En réalité, la situation actuelle est toute autre. Les projets du Ministère de l’environnement sont très bons, mais par la suite les moyens financiers et les directives sont contingentées et, en réalité, les actions ne sont pas mises en application » dit-il.

Paulo Adário semble également croire que les directions prises par le gouvernement Lula, en ce qui concerne la forêt amazonienne, sont déjà toutes tracées en raison du manque d’appui financier : « Ce que l’on remarque c’est une réelle absence de priorité de la part du gouvernement quant à la protection de l’Amazonie, reflétée par le manque de ressources suffisantes et la lenteur des versements » affirme-t-il dans une note divulguée par Greenpeace. Outre le contingentement, le retard de l’attribution des ressources est également cité par l’ONG : « Des 82 millions de réals qui étaient destinés à l’Ibama afin d’empêcher des activités prédatrices en Amazonie en 2004, 40 millions sont parvenus à l’organisme au mois d’août et 20 millions deux jours avant la fin de l’année. Et, malgré cela, le montant déclaré à l’administration fiscale n’est que de 9 millions. Pendant ce temps, l’Ibama a dû faire face à deux mouvements de grève et ne dispose encore aujourd’hui que d’un nombre d’employés insuffisant pour pouvoir accomplir sa mission », affirme la note de Greenpeace.

Augmentation des saisies

Malgré la contrariété manifestée par le mouvement environnementaliste, le ministère de l’environnement a divulgué des informations qui mettent en évidence l’action du gouvernement. En 2003, selon le ministère, un accroissement de 68% de la réalisation de grandes opérations fiscales et une augmentation de 54% du total des infractions enregistrées par l’Ibama ont pu être constatés. L’année dernière, lors du démarrage des opérations intégrées du ministère de l’environnement avec les ministères du Tavail et de la Défense et avec les polices fédérale et routière fédérale, les infractions enregistrées par l’Ibama ont augmenté de 83%, avec la saisie de 73 0000 mètres cubes de bois extraits illégalement. Jusqu’au mois d’avril de cette année, selon le ministère de l’environnement, l’Ibama a déjà saisi 52 000 mètres cubes de bois illégal.

Le gouvernement a également l’intention de développer de manière positive l’information faisant état de la diminution du rythme de déforestation dans six des huit Etats analysés par l’Inpe. Les Etats en question sont : Tocantins (- 44%), Amazonas (-39%), Maranhão (-26%), Acre (-18%) et Pará (-2%), avec une mention particulière pour l’Etat de Roraima dont l’indice présenté est égal à zéro. En revanche, les deux Etats qui ont augmenté leurs indices, Rondônia (+23%) et Mato Grosso (+20%), l’ont fait de manière dévastatrice : « La diminution des indices est bonne, mais dans certains cas, comme dans l’Etat du Pará, elle est infime. En revanche, l’augmentation dans les Etats de Rondônia et du Mato Grosso est alarmante », alerte Vieira.


Par Maurício Thuswohl - Agência Carta Maior - 19/05/2005

Traduction : Jean Jacques Roubion pour Autres Brésils


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