Jair Bolsonaro et le racisme structurel brésilien

Alors que la question du racisme se pose à nouveau violemment aux États-Unis, prévaut également au Brésil un racisme structurel – accompagné de son lot de violence quotidienne. Jean-Jacques Kourliandsky rappelle que ce racisme est refoulé, nié au Brésil, mais aussi ignoré par la communauté et les médias internationaux – ce que la Fondation a dénoncé à plusieurs reprises notamment au travers des prises de parole ou des écrits du sociologue brésilien Jessé Souza.

« Depuis que j’ai vu les 8 minutes et 43 secondes d’agonie de George Floyd, je n’arrête pas de m’interroger : combien de George Floyd avons-nous au Brésil ? Combien sont les Brésiliens qui ont perdu la vie parce qu’ils ne sont pas blancs ? Oui, la vie des Noirs compte. Mais cela vaut pour tout le monde, au Brésil comme aux États-Unis. […] Jusqu’à quand allons-nous vivre avec tant de discrimination, d’intolérance et de haine ? » Luis Inacio Lula da Silva, 7 septembre 2020, jour commémorant l’indépendance du Brésil

Il est difficile de comprendre Jair Bolsonaro sans soulever la poussière esclavagiste mise sous le tapis de l’histoire brésilienne. Janus sud-américain, le Brésil présente, en même temps, une facette souriante de respectabilité démocratique et une autre facette raciste plus ou moins bien refoulée.

De façon commune, on considère qu’il y a deux types de racisme. Le premier, un racisme institutionnel, s’appuyant sur des dispositifs réglementaires – l’Afrique du Sud ou certains États du sud des États-Unis le pratiquaient encore dans la deuxième moitié du siècle dernier. Le second est un racisme dit structurel, plus diffus, et donc moins perceptible. C’est celui qui est dénoncé dans la plupart des démocraties ayant pourtant inscrit l’égalité des droits dans le marbre de leurs lois fondamentales.

Le Brésil est l’un des États au racisme structurel, c’est même l’un de ceux dont les pratiques discriminatoires sont les plus violentes. Une violence culturelle au quotidien, mais aussi une violence physique ciblant une catégorie de la population, tout à la fois pauvre et identifiable par ses caractéristiques extérieures : les Noirs et les autochtones. Mais, paradoxalement, le Brésil est un pays qui a bénéficié en la matière d’une image internationale faisant abstraction du problème, faisant même du Brésil un exemple de démocratie raciale.

Ce paradoxe conduit à une triple interrogation. La première est de vérifier – dans le cadre permis par une note, synthétique et donc réductrice – la réalité du racisme structurel « à la brésilienne ». La deuxième est, dans l’hypothèse où cette réalité aura été de façon suffisamment convaincante mise en évidence, de comprendre pourquoi le racisme structurel « à la nord-américaine », la mort d’un Afro-Nord-Américain tué par un policier, occupe la une des médias internationaux et mobilise une part importante des jeunesses occidentale et africaine alors que les 5000 Afro-Brésiliens tués par les forces de l’ordre en 2019 échappent au regard de la presse mondiale comme à la vigilance morale des grandes organisations non gouvernementales. La dernière interrogation portera sur les raisons historiques et sociales du racisme structurel brésilien, perpétué dans une indifférence, locale comme internationale, qu’il convient d’interpeller.

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Photo de Couverture : Midia Ninja

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