IIe Conférence internationale de la FAO sur la Réforme agraire et le Développement rural : le silence médiatique autour d’un événement historique (2)

Renforcement de la coopération intergouvernementale

La rencontre aura permis en outre la signature de 15 accords de coopération internationale, comme par exemple un accord entre la FAO et la Communauté des pays de langue portugaise pour un programme de formation en gestion de la terre, ou encore l’accord signé entre le gouvernement brésilien et les gouvernements du Paraguay, du Bénin et la FAO, pour stimuler le développement rural, principalement par le biais d’activités de recherches et de formation. Autre initiative notoire : la constitution d’un réseau entre organes gouvernementaux liés aux questions agraires de 14 pays latino-américains, qui aura à traiter des questions telles que les politiques d’accès à la terre, la législation foncière, les modèles d’installation, les crédits. « Tant le capital que les mouvements sociaux sont en plein processus d’intégration, alors que les gouvernements ne sont qu’aux balbutiements de ce processus », a déclaré Rolf Hackbart, président de l’Institut national brésilien de colonisation et de réforme agraire (INCRA), pour justifier de l’importance de la création de ce réseau.

« Terre, territoire et dignité »

Dans le même temps, la « société civile » tenait sa conférence parallèle : le forum « Terre, territoire et dignité », du 6 au 9 mars, organisé par le Comité international de planification des organisations sociales pour la souveraineté alimentaire, le CIP, plate-forme de consultation et de dialogue entre la FAO et la société civile. Quatre jours durant, 400 représentants d’organisations paysannes, indigènes, de pêcheurs, d’éleveurs, venus de 67 pays, ont débattu et travaillé ensemble pour élaborer entre autres une analyse globale des processus d’occupation des terres partout dans le monde, et dont les conclusions et recommandations seraient présentées de manière officielle à la Conférence de la FAO le 10 mars. Selon Peter Rossett, chercheur du Centre d’études pour un changement dans la campagne mexicaine (CECCAM), « l’absence d’une évaluation globale par plusieurs gouvernements qui ont mis en place une réforme agraire dans leurs pays, a engendré souvent des conflits entre populations rurales. C’est le cas d’une grande partie des peuples indigènes, expulsés en fonction de l’installation de paysans, ou de pêcheurs expulsés par des projets touristiques ou des projets de développements côtiers. Ce fut le cas de l’Iran, où la réforme agraire des années 60 a installé des agriculteurs sur des territoires historiquement utilisés par les tribus nomades. Ce ne sont pas des éléments contre la réforme agraire, mais les gouvernements doivent prendre en compte tous les secteurs ruraux et leurs multiples droits dans ces processus » [7].

Malgré l’importance ce cette rencontre, les médias (les grands) étaient absents et n’ont donc pas couvert les débats et les enjeux qui se jouaient début mars à Porto Alegre. Le journaliste brésilien Marco Aurélio Weissheimer est incisif : « La communauté internationale tient des rencontres et des conférences pour discuter du problème [la pauvreté et la faim], elle produit des déclarations, se fixe des objectifs, qui dans la grande majorité des cas ne sont pas atteints. Et pourquoi les gouvernements n’atteignent pas ces objectifs ? Manque de moyens ? Absence de volonté politique ? Et pourquoi une telle passivité face à la non réalisation des objectifs ? Peut-être devons nous nous en référer à une hypothèse plus sinistre : les objectifs ne sont pas atteints parce que, de fait, les maîtres du monde se fichent bien d’en finir avec la faim. (...) Ce silence médiatique révèle, de manière exemplaire, l’intime relation existante entre le contrôle des ressources naturelles et le contrôle de l’information. Ignorer cela signifie prendre un raccourci pour, peut-être d’ici 20 ans, assister au même phénomène lors d’une possible troisième conférence mondiale sur la réforme agraire et le développement rural. [8] »

Difficile de ne pas abonder dans ce sens... mais essayons de ne pas nous laisser gagner par ce pessimisme, et espérons que le dialogue et la synergie nouvelle entre gouvernements et sociétés civiles se poursuivront dans les mois et les années à venir. D’après l’évaluation de La Via Campesina, des avancées notoires sont d’ores et déjà à mettre au crédit de la déclaration finale de la Conférence, où pour la première fois dans ce type de rencontre, les politiques néolibérales mises en avant par la Banque mondiale concernant la réforme agraire ne sont pas reconfirmées, et où des espaces semblent dorénavant ouverts pour des approches alternatives.

Espérons que bientôt le droit à la vie reprendra le dessus sur le droit au marché et au libre-échange... Ou n’est-ce que pure utopie ?

La IIe CIRADR était dédiée à la mémoire de Josué de Castro [9]. Peut-être parce que c’est l’utopie aussi qui fait avancer le monde...


Par Isabelle Dos Reis

Source : INFO terra n°66 (mars 2006), mensuel édité par Frères des Hommes - http://www.fdh.org


Consulter différents documents produits pendant le forum « Terre, territoires et dignité »

Le site de la conférence contient également des éléments d’analyse intéressants sur la situation dans différents pays du monde


Notes :

[7] Source Agencia Carta Maior, « Forum paralelo articulou agricultores, pescadores e indigenas »

[8] Marco Aurélio Weissheimer, « El ruidoso silencio de los medios »

[9] En 1964, alors âgé de cinquante-six ans, Josué de Castro était un diplomate brésilien en poste aux Nations Unies à Genève, lorsqu’il fut privé de ses droits politiques au Brésil. De toutes ses activités, que ce soit l’enseignement, le rôle de président indépendant du Conseil de la FAO, le parlement brésilien (en tant que législateur de l’ancien Parti des travailleurs brésiliens), les auditoires ou les moments d’isolement comme écrivain de renom, Josué de Castro est mieux connu pour avoir choisi de consacrer ses énergies à un sujet que lui-même jugeait délicat et périlleux : la faim.

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