Etre indien au Brésil

Au Brésil, comme dans toute l’Amérique la politique officielle par rapport aux Indiens a été celle d’un pillage à visage découvert, motif de leur extermination ou d’un pillage camouflé sous couvert d’intégration nationale.

Leur histoire est une litanie de tentatives et d’actions génocidaires : conquête, esclavage, épidémies, prisons,
tortures, tromperies, répression culturelle et religieuse, regroupements dans des ghettos, déplacements dans des bidonvilles, vols, pillages, marginalisation...
(extrait du livre « Outros 500, construindo uma nova historia », 2001)

Pour beaucoup d’Indiens brésiliens, les racines raciales et culturelles sont lointaines et plus ou moins estompées. Ceci influence considérablement la perception que l’opinion publique a de cette minorité de 650 000 à 750 000 personnes (soit un Indien pour 240 habitants), regroupées en 235 peuples et parlant 180 langues.

Pour la majeure partie des Brésiliens, ne sont Indiens que ceux qui ont conservé, au moins de façon visible, leur
mode de vie, leur langue, leur religion, leur habitat, leurs vêtements.
Les autres, qui constituent sans doute les trois-quarts du nombre total, sont vus comme des compatriotes n’ayant plus de raison de se référer à leurs
origines pour revendiquer une place particulière dans la société.

Deux citations relevées par « Porantim », journal du C.I.M.I. (Conseil Missionnaire chargé des questions
indigènes) sont révélatrices de cet état d’esprit :
« ... pour moi les Indiens qui suivent des cours à l’université ne sont plus des Indiens... »
« ... il est temps d’en finir avec l’hypocrisie nostalgique de certaines personnes qui considèrent encore comme
indigènes des gens qui utilisent des téléphones portables, des antennes paraboliques et ont une voiture dans
leur garage
... »

Avant l’arrivée des Portugais, les Indiens, regroupés en villages, vivaient essentiellement de chasse et de
cueillette. Pendant l’époque coloniale ils furent décimés, chassés de leurs terres, réduits en esclavage. Leur nombre, estimé à 5 millions, diminua considérablement.

Au XIXe siècle, l’Etat voulut les intégrer dans la population afin qu’ils s’y fondent et disparaissent en tant que peuples. L’objectif fut pour une bonne part atteint. Cependant des groupes ont résisté, particulièrement les
Guaranis.

En 1910, le gouvernement, ne voulant pas qu’ils disparaissent complètement, créa le Service de Protection des Indiens (S.P.I) qui était censé prendre en charge tout ce qui les concernait, car ils étaient considérés comme
des mineurs.

Pour limiter les heurts avec les colons qui envahissaient leurs terres, on les rassembla. Furent ainsi contraintes
de vivre ensemble sur des territoires exigus leur interdisant toute vie normale, des ethnies qui ne partageaient pas toujours les mêmes modes de vie, parfois se combattaient. Certains groupes s’enfuirent et se réfugièrent auprès de villages amis qui eux-mêmes avaient perdu la majeure partie de leurs terres et avait été placés par le S.P.I. dans des zones réservées.

Pendant des dizaines d’années ils vivent ainsi, exclus parmi les exclus, marginalisés, dénigrés, minimisés,
ridiculisés par les blancs. Ils ont honte de leur culture. Leurs groupes se déstructurent, leurs langues et leurs
cultures se perdent. L’alcoolisme fait des ravages, les suicides sont nombreux. Leur nombre augmente néanmoins régulièrement mais les zones qu’ils occupent restent les mêmes. De graves problèmes de cohabitation surgissent.

Un fait parmi d’autres : en juillet 2004, à Campo Grande, capitale de l’état du Mato Grosso du Sud, il avait été
interdit aux « non indiens » de pénétrer dans les villages indiens pour éviter que se renouvellent des violences
survenues une semaine auparavant, auxquelles étaient mêlés des repris de justice venant de la ville voisine. La
principale cause de ces violences est la situation lamentable dans laquelle se trouvent ces groupes d’Indiens et l’absence de perspectives d’avenir.

Entre les Indiens d’Amazonie dont l’isolement a aidé au maintien des traditions et de l’unité des groupes, et
ceux de beaucoup d’autres états qui ont été heurtés de front pendant cinq siècles par la progression inexorable
des colons et dont les cultures, les traditions, les langues, ont terriblement souffert, les différences sont
importantes.

Plus grande encore est la différence entre ces derniers et les Indiens des autres pays d’Amérique latine, en
particulier du Mexique, d’Amérique centrale et des pays andins qui, beaucoup plus nombreux et héritiers pour
certains d’entre eux de civilisations brillantes, ont mieux résisté à l’anéantissement.

Au Brésil, hors Amazonie, il semble que la majeure partie des Indiens soit constituée de personnes ou de groupes qui, délibérément ou portés par les événements de la vie et de l’histoire, sont demeurés attachés à une de leurs racines : la racine indienne qui avec l’européenne et l’africaine compose leur identité actuelle.

En 1988, la nouvelle constitution leur reconnaît le statut d’adultes (qui entraîne en particulier le droit d’agir en
justice) et reconnaît leurs droits traditionnels historiques. Depuis cette date, les Indiens demandent
l’agrandissement des zones qui leur ont été attribuées et la restitution des terres sur lesquelles ils vivaient. Il
s’agit d’un combat difficile, la problématique a beaucoup de points communs avec celle du M.S.T.

La majeure partie des terres indiennes sont aujourd’hui occupées par des agriculteurs, grands ou petits,
certains de bonne foi d’autres pas, installés parfois depuis longtemps, souvent avec l’accord des autorités
locales, qui agissaient sciemment en marge de la loi.
Par ailleurs, une controverse existe entre, d’une part, les Indiens et ceux qui les défendent (écologistes en
particulier) et, d’une autre, les « développeurs » qui pensent que les Indiens vont disposer de trop de terres si
on leur attribue toutes celles qui leurs reviennent légalement et que cela créera un préjudice économique.
L’actuel gouvernement, sensible à cet argument, serait plutôt favorable à une réduction de la surface des
zones ayant vocation à être reconnues comme terres indiennes.

Sur le plan politique, le poids des Indiens est faible. Trop peu informés, trop dispersés, insuffisamment
conscients et mobilisés ils ne parviennent pas à former un groupe de pression au niveau de l’état. Lors des
négociations, les gouvernements sacrifient facilement les droits des Indiens pour faire aboutir d’autres projets.

Avec la nouvelle constitution de 1988, leur lutte pour récupérer leurs terres et leur identité bénéficie d’un
contexte juridique plus favorable. Les commémorations entourant l’anniversaire des 500 ans de l’arrivée des
Espagnols et des Portugais en Amérique latine (1992) ont
été l’occasion pour eux d’une meilleure prise de conscience de la nécessité de se regrouper et de rejoindre les autres peuples indigènes du continent, afin de peser davantage sur les décisions.

Ils demeurent néanmoins, du fait de leur faible nombre, de leur éparpillement dans un immense territoire et de
leur fragilité sur le plan culturel, dans une situation difficile.

Par Jean-Luc Pelletier - Info Terra - Janvier 2004

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