Enquête sur une campagne anti-genre dans les écoles

 | Par outraspalavras

Le chercheur Lucas Bulgarelli a réalisé une enquête sur le fonctionnement et les effets des campagnes contre « l’idéologie de genre », utilisées par les conservateurs et ultra-conservateurs pour limiter la discussion sur la sexualité dans les écoles. L’anthropologue s’est rendu dans 15 villes du Sud et Centre-Ouest du Paraná lors d’une première incursion qui, sans la pandémie, aurait également inclut l’État de Santa Catarina. Il s’est entretenu avec des responsables de la santé, de l’éducation et de l’assistance sociale dans les villes de Foz do Iguaçu, Cascavel et alentours. Les informations qu’il a déjà recueillies permettent de brosser un tableau de la manière dont le Brésil, qui a voté massivement pour le président brésilien Bolsonaro, traite ces questions.

Traduction de Roger GUILLOUX pour Autres Brésils
Relecture : Marie-Hélène BERNADET

La situation est préoccupante, estime Bulgarelli, doctorant à l’USP et coordinateur du Centre de recherche sur le genre et la sexualité de la Commission de la diversité sexuelle et de genre de l’Ordre des avocats de São Paulo (OAB-SP). L’un des points particulièrement délicats est que ce type de campagne – qui n’engage pas que des extrémistes, souligne-t-il – finit par réduire l’espace dans les écoles où les victimes de la violence sexuelle pourraient s’exprimer.

"En fait, ces campagnes de retrait des débats sur le genre réussissent à intimider les professionnels de l’éducation, à les empêcher d’aborder les questions d’éducation sexuelle, de genre, de droits sexuels et reproductifs. Et pourtant il s’agit là de dispositifs à l’efficacité reconnue qui aident les jeunes à identifier les abus, à reconnaître et dénoncer des situations de violence" indique-t-il.

Bulgarelli rappelle que le Conseil municipal de Vereadores de São Mateus – ville de la fillette de 10 ans de l’État de l’Espírito Santo qui a avorté après avoir été violée pendant des années par un oncle – a été l’une des premières où s’est déroulé un débat houleux visant à interdire « l’idéologie de genre » dans les écoles. L’enfant a dû être inclue dans un programme de protection de témoins en raison du harcèlement ultra-conservateur qui a impliqué l’envoi d’émissaires de la Ministre anti-avortement Damares [1] Alves (Famille et Droits humains) dans cette ville. Selon la Folha de São Paulo, l’équipe envoyée par la ministre est intervenue directement pour essayer d’interdire l’interruption de la grossesse, proposant d’envoyer la fillette dans un hôpital pour qu’elle mène à terme sa grossesse.

Lucas Bulgarelli est interviewé par Flávia Marreiro de El País Brasil

Q : Dans votre commentaire de l’épisode de harcèlement ultra-conservateur de l’enfant violée, vous disiez que la campagne contre la soi-disant « idéologie de genre » est l’une des opérations les mieux réussies de la droite et de l’ultra-droite. Pourquoi ?
R : Si l’origine de l’expression « idéologie de genre » est liée à la production d’une théorie théologique chrétienne émanant de secteurs du Vatican, la diffusion de ces idées a été repensée en fonction de programmes et de campagnes qui échappent à l’action des églises, des prêtres et des pasteurs. Au Brésil, « l’idéologie de genre » a conduit à des alliances entre deux secteurs qui se disputent le marché de la foi, les églises catholiques et évangéliques. C’est cette proposition de re-naturalisation des différences sexuelles et de combat contre les droits de genre et les droits sexuels qui a réussi à rassembler différents secteurs religieux et sociaux. Il y a au moins 10 ans que Jair Bolsonaro a compris que « l’idéologie de genre » pouvait être un instrument de rassemblement autour d’une morale conservatrice partagée par différentes couches de la population. Il s’en est servi durant la Présidence de Dilma Rousseff, quand il s’est fait passer pour le député qui « a débusqué le kit gay », surnom qu’il a donné au « kit anti-homophobie ». Même si ce kit n’a jamais dépassé le stade de projet, ce sont les attaques constantes contre celui-ci qui lui ont permis de gagner une légitimité en faveur de la défense d’une morale traditionnelle centrée sur la famille et la défense de la vie. Ces éléments ont non seulement pesé dans sa campagne victorieuse en 2018 mais ont également permis aux candidats aux élections parlementaires locales et fédérales ainsi qu’aux élections sénatoriales, se prévalant de ce programme, de se faire élire.

Q : Vous êtes allé sur le terrain pour essayer de comprendre ce que les gens veulent dire quand ils dénoncent cette « idéologie du genre ». Qu’est-ce qui les mobilise ? Sur quelle fibre sensible cette campagne s’appuie-t-elle ?
R : L’une des caractéristiques importantes de « l’idéologie de genre » est son caractère changeant et adaptable à de multiples réalités. L’utilisation politique du scandale et de la polémique vise à donner une matérialité à des questions très souvent abstraites, telles que le débat sur la dimension biologique ou socialement construite du genre et de la sexualité. Il est donc important de comprendre qu’il y a en effet une cohérence dans la proposition des campagnes « anti-genre » et « pro-vie » qui militent à la fois contre un monde englué dans la corruption économique organisée par les responsables politiques et contre la corruption morale exercée par les « idéologues du genre », les féministes et les LGBT+. Attribuer au genre et à la sexualité un caractère diabolique, pervers et dégénérescent signifie également s’auto-attribuer une appréciation morale, celle de ceux qui font le bien. Ces idées ne se répandent pas uniquement par le biais de la parole mais également à travers des pratiques, un travail sur les sentiments et les émotions. La représentation de ce que seraient une maternité et une paternité satisfaisantes capables de protéger vos enfants contre les dangers venant de l’extérieur est largement utilisée pour mobiliser les affects et les émotions légitimes, au-dessus de tout soupçon, pour dire, par exemple ce que serait une bonne mère, une bonne épouse. C’est pour cela que l’on trouve une prédisposition de la part de ceux qui appuient ou participent aux opérations « anti-genre » et « pro-vie » à se considérer comme participant à une croisade contre le mal.

Q : Nous parlons là d’une minorité qui manifeste devant la porte de l’hôpital à Recife contre une fillette violée, mais aussi d’une partie importante de la population qui condamne l’avortement …
R : Il y a ceux qui sont en désaccord avec les actions d’extrémistes comme celles qui se sont produites à Recife mais ce sont justement ces actions qui mobilisent de plus en plus de gens et rendent même possible la remise en question des hypothèses restrictives de l’avortement légal envisagées par le droit pénal. Lors de l’élection de Jair Bolsonaro, on entendait souvent une partie de son électorat dire que ses discours les plus violents n’étaient qu’une manière de se défouler et qu’ils ne déboucheraient pas sur des actions s’il devenait président. Mais ce que nous vivons depuis le début de sa gestion, est un véritable blackout des politiques de genre et de la sexualité au Brésil.

Q : Vous mentionnez l’étude auprès de familles où les cycles de violence et de viols sont trans-générationnels. Pouvez-vous expliquer comment ceux-ci et la pédophilie apparaissent dans votre recherche ?
R : Ma recherche de doctorat a consisté à cartographier le développement de « l’idéologie de genre » au Brésil. Et donc, l’une des premières tâches a été de tenter de comprendre les conflits et les contextes dans lesquels se sont déroulées les campagnes anti-genre dans les villes qui ont massivement voté en faveur de Bolsonaro. Ceci m’a conduit à me rendre dans les écoles publiques, les mairies de villes qui avaient été le théâtre de conflits entre parents et professionnels de l’éducation ainsi que de propositions de lois visant à interdire le débat sur le genre et la sexualité dans les écoles et les institutions publiques. Lors de mes conversations avec les professeurs et les directeurs, nombre d’entre eux me disaient que les campagnes d’interdiction des débats à l’école et la crainte que créait chez les professeurs l’idée d’aborder ces sujets en classe, avaient gravement entravé la possibilité de faire émerger les cas d’abus sexuels contre les jeunes mineurs. Dans beaucoup de situations, l’école fonctionne comme l’un des rares espaces dans lequel l’enfant et l’adolescent ne sont plus sous la surveillance des parents ou de la parentèle et où ils ont la possibilité de dénoncer ou donner des indices d’abus, ce qui est particulièrement important dans un pays qui tolère un nombre effarant de cas de pédophilie dans le milieu familial. Il est rare qu’un jeune ou un adolescent fasse appel aux services de santé et d’assistance sociale. En fait, ces campagnes de retrait des débats sur le genre réussissent à intimider les professionnels de l’éducation, à les empêcher d’aborder les questions d’éducation sexuelle, de genre, de droits sexuels et reproductifs. Et pourtant il s’agit là de dispositifs à l’efficacité reconnue qui aident les jeunes à identifier les abus, à reconnaître et dénoncer des situations de violence. Progressivement, je me suis rendu compte que l’apparition de manifestations visant à dénoncer « l’idéologie de genre » et à interdire le débat sur le genre et la sexualité étaient, à vrai dire, profondément liées à la nécessité de maintenir des structures et des dynamiques de violence, de laisser les choses en l’état. Aujourd’hui, il y a des professionnels de l’éducation qui sont au courant ou qui suspectent des cas de pédophilie et de cycles de viols d’enfants et d’adolescents commis par des proches et des membres de la famille. Ils n’osent pas dénoncer ces actes ou même les commenter par crainte d’être non seulement renvoyés mais également poursuivis en justice et même harcelés.

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Q : A chaque nouveau cas dramatique, comme celui de l’Espírito Santo, apparaissent des discussions futiles et sans fin entre les anti-bolsonaristes. Damares est-elle ou non un « rideau de fumée » ? Qu’en pensez-vous ?
R : On trouve actuellement dans les secteurs progressistes une manière de voir qui consiste à séparer, dans l’action du gouvernement, les questions considérées comme morales des questions économiques mais cette manière d’analyser ce qui se passe en dit plus sur ceux qui jugent que sur l’action elle-même du gouvernement. L’idée « d’écran de fumée » montre l’incapacité de certains secteurs progressistes à comprendre que le conservatisme et le néolibéralisme, contrairement aux apparences, non seulement n’entretiennent pas de relations conflictuelles mais en réalité se rétro-alimentent et collaborent à la mise en place d’un projet autoritaire et rétrograde du pays qui vise à détruire les garanties sociales. Les actions telles que celles que Damares réalise sont très efficaces pour maintenir le moral de la base du soutien le plus radical au gouvernement. Elles sont aussi profitables à ce militant qui n’irait pas jusqu’à l’hôpital mais qui cependant, est contre l’avortement résultant d’un viol de mineure. Considérer les articulations anti-genre et « pro-vie » comme de simples « distractions » cachant « ce qui est vraiment important » est une erreur grave aussi bien en ce qui concerne l’interprétation des manœuvres de ministres tels que Damares - perçue comme la conscience morale du gouvernement brésilien - que des agissements de ministres comme Paulo Guedes [2]. Tous les deux embrassent le projet de dégraissage de l’État, de transfert de la gestion des conflits liés au genre et à la sexualité aux familles, de l’éducation, de la santé et de l’assistance sociale au marché comme le montre la défense du « homeschooling » faite par Damares.

Q : Damares prêche l’abstinence sexuelle à l’adolescence comme méthode de lutte contre les grossesses précoces. Quel est le lien entre un tel projet et ce qui s’est passé dans l’Espirito Santo ?
R : Cette campagne d’abstinence n’a rien à voir avec le cas de la jeune fille de l’Espírito Santo puisque, selon la loi brésilienne, il ne peut y avoir de consentement dans une relation sexuelle avec une mineure de moins de 14 ans. Il s’agit d’un viol présumé. Et donc, peu importe ce que la petite a fait ou n’a pas fait, elle a été violentée. L’idée que les jeunes puissent, par leur propre volonté, se prémunir des « risques liés au sexe » - allant du flirt entre jeunes au viol et à la pédophilie - en pratiquant l’abstinence, est mensongère. Elle n’a aucune base scientifique et ne sert qu’à relativiser la responsabilité du crime commis par l’agresseur. Imaginer que l’intention supposée de la jeune serait de provoquer son propre viol [3] et confier la résolution de ces situations à la famille, ne servirait à rien car, comme dans le cas de cette mineure et de bon nombre d’autres, c’est justement au sein de la famille que se produisent de tels crimes.

Q : Vous avez suggéré que la coalition anti-genre est beaucoup plus importante qu’elle ne le paraît …
R : Il faut bien comprendre que Damares et certaines autorités évangéliques jouent le rôle de vitrines des campagnes « anti-genre » et « pro-vie » au Brésil mais celles-ci ne sont pas portées que par ces seuls acteurs. Les articulations au tour de ces actions s’organisent en suivant une logique transnationale impliquant des entités et des organisations religieuses et non religieuses, des maisons d’édition, des chaînes de télévision et de radio, des youtubeurs, des responsables communautaires au niveau local, une production théologique et parascientifique sur le genre et la sexualité. Il existe des indices d’une sécularisation croissante des arguments des campagnes « anti-genre » et « pro-vie » comme l’a suggéré la politologue Camila Rocha, visant à remettre en cause, d’un point de vue scientifique, les concepts de début et d’interruption de la vie. Dans le cas le plus récent, on a vu circuler sur les réseaux bolsonaristes un avis médical affirmant que le risque d’interrompre la grossesse était similaire à celui de la conception, ce qui a été démenti par des spécialistes consultés par les médias. Ceci explique que la foi n’a pas d’explication à tout. On doit prendre en compte l’impact d’un activisme conservateur structuré par des catégories professionnelles où l’on trouve des juges, des procureurs, des médecins, des psychologues. Ils jouent un rôle moins visible mais très efficace dans la déconstruction des droits sociaux liés au genre et à la sexualité.

Q : Peu de temps après l’épisode de la fillette de 10 ans de l’Espírito Santo, le ministère de la santé a publié un décret modifiant les règles d’accès à l’avortement légal au Brésil …
R : Ce changement aide à comprendre la manière dont ces questions ont été discutées au niveau politique et de l’État. Bien que le cas de cette fille relevait de deux des trois uniques hypothèses d’avortement légal au Brésil, il y eut une forte pression de la part des groupes qui sont allés protester à la porte de l’hôpital et sur les réseaux sociaux. Ils défendaient l’idée que ne pas avorter, dans ce cas, signifierait sauver la vie des deux personnes et que ceux qui défendaient l’avortement défendaient en fait la mort. Les notions de vie et de mort sont porteuses de significations très opératoires pour attribuer des valeurs morales à chacune des parties. Et alors, la publication du décret, bien que celui-ci n’élimine pas l’hypothèse de l’avortement légal, rend plus difficile sa pratique en raison de la création de nouvelles règles que devra suivre la personne enceinte, en favorisant un climat de gêne entre les professionnels de la santé ou encore en moralisant une question qui est avant tout une question de santé publique et qui fait partie de la routine des hôpitaux. Ceci nous aide à comprendre que les mouvements « anti-genres » et « pro-vie » ne visent pas seulement à contester la dépénalisation de l’avortement ou l’éducation sexuelle. Tout récemment, ils ont franchi le pas et agissent avec ostentation afin de contester tout ce qui se trouve déjà défini par la législation. L’idée que même les rares garanties conquises soient menacées se matérialise dans des épisodes comme celui-ci.

Q : Voyez-vous une relation entre l’offensive anti-genre et la tentative de la part des radicaux, d’établir un lien entre des opposants et des personnalités antibolsnaristes, telles que Felipe Neto [4] et la pédophilie ?
R : Lors des campagnes « anti-genre » et « pro-vie », il était crucial d’attribuer à la gauche, au féminisme et aux mouvements LGBT, la défense de la pédophilie et des pédophiles. Ce lien apparaît dès les premières campagnes, tantôt en établissant un lien entre les personnes LGBT et la pratique de la pédophilie, tantôt en accusant des féministes et des personnes de gauche d’être complices des crimes de pédophilie. C’est une manœuvre efficace dans la mesure où elle retire la responsabilité d’être pédophile à cet individu conservateur abstrait en attribuant à l’adversaire politique l’accusation a priori de ce qui est considéré comme un crime pour toute la société. Ce qui se produit aujourd’hui avec Felipe Neto, se produisait déjà il y a 20 ans avec les militants gays, lesbiens et bisexuels, dans des contextes et des proportions différentes, il est vrai ; actuellement avec Internet, ce mouvement a pris une autre dimension. Personne n’est en faveur de la pédophilie et l’individu qui commet un tel acte n’a pas besoin de la défendre pour pratiquer ce crime et donc, ces arguments visent principalement à décaractériser ces épisodes en attribuant a priori, un biais idéologique à un crime qui relève exclusivement du pouvoir de l’agresseur contre la victime. Ce n’est pas un hasard si ce crime est perpétré dans des proportions alarmantes par les pères, les beaux-pères, les grands-pères, les oncles et les frères des victimes.

Q : Le mouvement conspirationniste QAnon qui voit dans ses adversaires politiques, des membres d’une maffia globale pro-pédophile, donne déjà des signes de ses agissements au Brésil. Vos recherches mettent-elles en évidence cette présence ?
R : Jusqu’à présent, je n’ai rien noté, mais il est possible que j’en détecte maintenant que je commence à chercher sur YouTube …

Voir en ligne : Outras Palavras - Outras Midias (El País Brasil) : « Investigação sobre sobre a agenda antigênero no ensino »

Photo de couverture : Manifestations de l’ultra-droite contre la présence de Judith Butler (professeure et philosophe spécialiste de la question du genre) au Brésil, 2017

[1Damares. Pasteure évangélique, ministre des droits humains, de la famille et de la femme.

[2Paulo Guedes. Ministre de l’économie.

[3La ministre Damares, lors de l’une de ses interventions au sujet du viol de la fillette de l’Espirito Santo, indiquait qu’il s’agissait souvent de mineures perverses qui provoquaient et prenaient plaisir à ces relations sexuelles, sous-entendant que la victime pouvait être l’adulte.

[4Felipe Neto. Comédien, écrivain, youtubeur brésilien immensément populaire (plus de 40 millions d’abonnés) et critique du gouvernement actuel et notamment de son approche de l’éducation sexuelle.

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