En 6 mois de mandat Witzel, la police de Rio tue encore plus dans le Complexo da Maré

, par Arthur Stabile

Cette semaine, depuis le 12 août, des dessins d’enfant montrant la violence dans le quartier de Maré, Rio de Janeiro, sont partagés sur les réseaux sociaux brésiliens.
D’oú viennent-ils ?

Un total de 1509 lettres ont été écrites par des enfants, adolescents et mères qui ont récemment été victimes des violences de l’État. Rassemblée par l’ONG Redes da Maré, ces lettres font parti d’une étude chiffrée montrent que la fin du contrôle des actions de la police est l’une des raisons de l’augmentation de la violence. Ce semestre, 15 personnes ont été tuées. Un total de 434 morts par la police sur l’ensemble de l’État de Rio, le plus haut taux depuis 1998.

Ce vendredi, la Justice est revenue sur sa décision du mois de Juin. La mesure judiciaire de l’Ação Cívica Pública" de la Maré est a nouveau en vigueur, obligeant les polices civiles et militaires à suivre des procédures dictées par la Justice selon les recommendation de la société civile de Maré. Pourtant, le gouverneur de l’état a ainsi annoncé une enquête sur l’origine des lettres - présentées ci dessous - insinuant qu’elles seraient falsifiée et d’origine de criminelle. Une stratégie devenue commune à l’extrême-droite brésilienne.

Article de Ponte Jornalismo, du 12 août 2019


Dessin réalisé par un élèves de Maré pour montrer la terreur portée par les opérations policières | Photo : Divulgation / Redes da Maré

« Bonjour, j’écris cette lettre parce qu’ici, où je vis, il y a des opérations policières presque tous les jours. Ils [les policiers] n’ont aucun respect pour nous. Ils oublient qu’au milieu de leurs bagarres, il y a des résidents, des travailleurs, des élèves et beaucoup de tristesse. Tu es en train de marcher et en un instant, tu es mort. C’est très triste de perdre quelqu’un. » La lettre est écrite par un habitant du Complexo da Maré, quartier composé de 16 favelas dans la zone nord de Rio de Janeiro, et traite de la violence policière croissante dans la région depuis la prise de fonction de Wilson Witzel (Parti Social Chrétien), en tant que gouverneur de l’état.

Une étude (voir le bulletin en portugais) [1] publiée lundi (12/8), traduit en chiffres le ressenti de violence policière accrue dans le complexe de la favela pendant les opérations de police. Elle a été réalisée par Redes da Maré [en savoir plus sur l’Observatoire de la démocratie Brésilienne – Autres Brésil] institution créée par des habitants de la région et des chercheurs. Selon l’étude, les interventions, au nombre de 16 pour l’année 2018, sont passées, durant les six premiers mois de gouvernement Witzel à 21. Huit de ces « entrées » [2] dans la Maré comprenait l’intervention de snipers en hélicoptères. Ces hélicoptères sont appelés "caveirão aérien" [3] par la population locale, en comparaison aux véhicules blindés de la police militaire de l’état de Rio de Janeiro.

« [il faudrait] qu’ils [les policiers] assument ce qu’ils font parce que nous en avons déjà assez ici de voir des gens tués dans la communauté. Quand nous arrivons à l’école, elle a été mitraillée et mise sans-dessus-dessous »

écrit un autre élève dans une lettre adressée au président du Tribunal de Justice de RJ, le juge Cláudio de Mello Tavares, au médiateur de TJ, Flávio Citro Vieira de Mello, à la juge Regina Lúcia Chuquer de Almeida, de la sixième division des du ministère de l’intérieur fédéral. Regina est responsable de la décision qui a invalidé le l’arrêt judiciaire [Ação Civil Pública], qui détermine les paramètres à suivre en opérations.

Selon le bulletin "Droit à la sécurité publique de la Marée" publié le lundi (12/8), de janvier à juin de cette année, la police a déjà tué 15 personnes lors de ses interventions. Au long des 12 mois de l’année 2018, 11 personnes avaient été victimes lors d’interventions officielles [4] Parmi les 15 victimes cette année, 14 ont été tuées par la police utilisant un hélicoptère comme « plateforme de tir » - armement exalté par Witzel. En mai de cette année, ce dernier s’est filmé dans la cabine d’un "caveirão aérien » en plein vol. Au total, ce premier semestre de 2019, les affrontements armés ont fait 27 morts dans la Maré. En comparaison, on enregistre 24 meurtres entre janvier et décembre 2018.

« Le problème avec les opérations policières dans les favelas, c’est qu’on ne peut pas vraiment s’amuser. Il y a beaucoup d’habitants qui meurent dans les communautés et il y a aussi beaucoup de violence »

écrit un élève, qui a dessiné deux marionnettes armées qui s’affrontent. "Ce n’est pas bien, dit-il, je n’aime pas ça". Parmi les polices, la Police Civile est celle qui tue le plus. 10 victimes en cinq opérations dans la Maré. La Police Militaire elle, a tué 5 personnes lors de 14 actions. Au cours du premier semestre 2019, deux opérations conjointes des polices n’ont fait aucune victime.

Outre les morts, l’enquête met en lumière la manière dont les opérations de police interfèrent directement dans la vie quotidienne des gens, notamment depuis la fin de de la mesure judiciaire de l’« Ação Civil da Maré (ACP) » qui formule une série de recommandations sur la manière dont la police doit procéder lors de ses interventions dans les communautés. L’instrument a été créé en 2017, après que les élèves aient passé en moyenne 22 jours sans école en raison d’opérations ou de fusillades [5]. En 2018, la période pendant laquelle les élèves étaient sans classe est redescendue à 4 jours. Cependant, le nombre a encore augmenté avec la fin de l’ACP et le début de la gestion de Witzel, sautant à 10 jours sans cours [6].

Les hélicoptères, jamais utilisés en 2017, sont devenus de vrais protagonistes cette année, avec au moins 12 apparitions lors des opérations policières dans la communauté.


Dans une lettre adressée au juge qui a annulé l’action publique civile de Maré, un autre élève a dessiné un assassinat commis par un policier | Photo : Disclosure / Maré Networks.

Un jour, j’étais à l’école, en train de faire de l’éducation physique dans la cour, quand soudain, l’hélicoptère a commencé à nous tirer dessus. Alors tout le monde a couru vers le coin des gradins, puis, les coups de feu sont passés, on s’est réfugié dans l’école jusqu’à ce que ma mère vienne me chercher. Je suis rentré à la maison avec elle. Quand il y a encore eu des coups de feu, j’étais à la maison, raconte une élève dans une des lettres publiées par Redes da Maré pour dénoncer le durcissement des opérations policières dans les communautés.

« C’est de la lâcheté, ce qui se passe dans la favela ».

Afin d’attirer l’attention sur l’augmentation de la violence policière, un groupe d’habitants a organisé une manifestation l’après-midi de ce lundi (12/8) devant la TJ-RJ. L’action vise à faire en sorte que la Justice détermine la reprise de l’ACP de Maré, comme l’explique Eliana Sousa, directrice de Redes da Maré et habitante de la région depuis 30 ans.

« Historiquement, c’est de la lâcheté ce qui se passe ici », dit-elle. « Ils font passer cette violence pour naturelle afin d’améliorer la sécurité publique dans les communautés et nous savons que ce n’est pas comme cela. Est-ce que l’on accepterait que ça se passe comme ça à Copacabana, à Leblon ? [Quartiers de la zone Sud de Rio, généralement clichés des cartes postales.] C’est parce qu’il y a un processus qui accepte ce genre de choses, comme si les habitants étaient complices de crimes. Et ce n’est pas vrai, c’est révoltant, poursuit Eliana.

La chercheure explique que les études sont menées annuellement depuis quatre ans. La collecte de donnée est basée sur des rapports d’habitants et des demandes formelles adressées aux polices civile et militaire et, auparavant, au Seseg (Secrétariat d’État à la Sécurité), qui a été fermé par Wilson Witzel lors de sa prise de fonction. Le gouverneur a préféré fermer le secrétariat et donner un statut similaire aux polices civile et militaire, qui agissent librement sous chacun de leur commandement, et non plus sous la tutelle d’un secrétariat.

« Nous sommes très conscients que l’État lui-même n’obéit pas à la loi. Nous ne savons pas comment faire face à cette violence étatique avec la décision du gouvernement d’en finir avec le Secrétariat à la sécurité publique », a déclaré la chercheure. "Leur réponse à la violence est plus violente. En continuant sur cette voie, la violence continuera d’augmenter. Nous vivons un moment de réponses extrêmement grossières, sans un dialogue plus humain », ajoute-t-elle.

L’un des moyens de sensibilisation est précisément d’utiliser les messages écrits par ceux qui ressentent cette violence dans leur chair : les élèves des écoles situées dans le Complexe et les résidents.

« Je voudrais au moins être respecté, pouvoir aller à l’école, en cours, être libre de sortir avec mes parents ou avec mes amis. Juste ça. Que vous respectiez les gens, car il y en a beaucoup qui meurent de balles perdues ", dit un garçon.
"Quand il y a une opération [policière], je ne peux aller nulle part, je dois rester chez moi dans la salle de bain. Quand l’hélicoptère commence à descendre, ma tante vient chez moi parce que sinon les rafales de tirs pourraient l’atteindre [chez elle] ", dit un autre.

Un habitant a préféré s’adresser directement à la juge Regina Lúcia Chuquer. "Votre Honneur, la suspension de l’ACP, pour nous les habitants de Maré, cela signifie de la violence parce que ce qui se passe ici, ce sont des morts, la peur, la terreur, l’absence d’école. C’est comme si vous autorisiez toute cette horreur ", écrit-il, en ajoutant. « Le « Caveirão », quand il entre dans la favela, c’est pour nous tuer. Il ne vient pas ici pour une simple intervention. L’Etat tue les rêves, tue les vies, tue l’avenir de gens qui pourraient un jour, Madame la juge, être à votre place ».

Voir en ligne : Ponte Jornalismo

[111 des 1509 lettres sont publiés dans cette traduction. L’étude est disponibl en cliquant ici

[2expression utilisée en portugais

[3Le Caveirão, Gros crâne, est l’unité blindée du Groupes des Forces Armées BOPE intervenant en milieu urbain. Le nom vient de l’emblème des Forces Armées.

[4Ici, la notion d’intervention officielle gagne tout son sens en comparaison à l’augmentation des « chacinas » meurtres de masses comme forme d’exécution extra-judiciaire caractérisée dans les périphéries au Brésil – notamment depuis la fin de la Dictature en 1985.

[5voir Brésil : quand la police mitraille les alentours d’une école publique de Glauber Sezerino, 29 Juin 2018, Basta !

[6Selon le projet De Olho na Maré, de Redes da Maré, en 2017, 41 opérations policières ont été enregistrées. Avec la mise en application de l’ACP et la coopération des Forces Armées et de la société civile, en 2018, il y en a eu 16. Au total, 45 personnes ont étés tuées lors d’opérations policières en 2017 et 24 en 2018
les jours de fermeture des écoles, nous avons trouvé 35 jours en 2017, 10 en 2018
Les postes de santé ont été interrompus pendant 45 jours en 2017, 11 jours en 2018

En 2019, tous les chiffres sont en augmentation. Jusqu’en Juin 2019, le projet compte déjà 21 opérations et 27 personnes tuées. En conséquences des opérations, les ecoles ont été fermées pendant 10 jours ; de même pour les postes de santé.

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