Elections municipales au Brésil - octobre 2012

, par Gauthier Berthélémy

Un Premier tour équilibré

Les résultats sont tombés. Les brésiliens connaissent désormais les candidats qui disputeront le second tour des élections municipales ou, pour ceux qui ont obtenus la majorité absolue, leurs nouveaux maires et conseillers municipaux. Petit tour des principales villes du pays.

La première surprise vient des résultats de la plus grande ville d’Amérique Latine. A São Paulo, tous les observateurs et spécialistes politiques s’accordaient sur un second tour opposant Russomano du Parti Républicain Brésilien à l’infatigable candidat du PSDB, José Serra. Concurrent malheureux de Dilma Rousseff et de Lula dans la course à la présidence de la République, le tucano s’est une fois de plus heurté à l’incroyable charisme de l’ancien métallurgiste. Depuis son entrée dans la campagne, le candidat du Parti des Travailleurs et ancien ministre Fernando Haddad (28,9%) a rattrapé son retard sur ses concurrents. A tel point qu’il talonne José Serra (30,5%), pourtant grand favori, et exclut Russomano ( 21,2 %) de la course à la mairie pauliste.
Rio de Janeiro est également l’une des villes vers lesquelles les yeux des Brésiliens se sont tournés ce week-end. Accueillant la Coupe de Monde de football en 2014 et les Jeux Olympiques de 2016, la Ville Merveilleuse est d’une importance capitale : elle sera la vitrine du pays pour les années à venir. Là, pas de surprise, c’est Eduardo Paes du PMDB qui est réélu au premier tour avec 64,6% des votes. Une fois de plus, la présence de Lula et de Dilma Rousseff auprès du candidat a renforcé sa popularité et attiré le vote des électeurs.
Après l’annonce de sa victoire, Eduardo Paes a invité ses adversaires à le rejoindre pour préparer la ville aux différents défis qu’elle rencontrera ces prochaines années. Il a d’ailleurs affirmé sa volonté de se rapprocher des Verts qu’il estime « très qualifiés » avant de lancer : « j’adorerais voir le Parti Vert gouverner avec nous ». Soucieux de créer un consensus à Rio, Eduardo Paes a promis d’appliquer les mesures de ses concurrents qu’il jugera nécessaires pour le développement de la ville.
D’autres capitales connaissent également leurs maires. C’est le cas de Belo Horizonte où Marcio Lacerda (PSB) a été réélu, Porto Alegre où Fortunati du PDT a survolé le scrutin remportant 65% des votes, Maceio avec Rui Palmeira du PSDB, João Alves Filho du DEM est élu à Aracaju, Geraldo Julio du PSB à Récife, Paulo Garcia du PT à Goiania, Teresa du PMDB à Boa Vista et Carlos Amastha, le Colombien naturalisé, à Palmas. De manière générale, les grandes formations politiques historiques accusent un certain recul dans les grandes et moyennes villes, le PT par exemple n’a remporté qu’une seule ville, mais on assiste à la fin de ce premier tour à un partage équilibré des forces sur l’ensemble du territoire.

Lula encore présent

Le premier enseignement de ce scrutin est la permanence du poids politique de Lula et sa capacité à renverser le cours d’une campagne par une simple apparition, non seulement à São Paulo, mais également dans la plupart des capitales où les candidats du PT ou des partis affiliés se trouvent en difficulté. A Aracaju, par exemple, le candidat Valadares Filho du Parti Socialiste Brésilien a gagné 10 points dans les sondages passant de 23 à 33 % d’intentions de votes suite à l’intervention télévisée de Lula en sa faveur. Le même phénomène s’est déroulé avec Dilma Rousseff à Rio de Janeiro, par exemple, où Eduardo Paes l’a remercié publiquement de son implication dans la campagne.
Le premier tour des élections municipales a également confirmé une tendance amorcée depuis 2010 avec l’arrivée de la première femme à la Présidence de la République : celle de la présence accrue des femmes dans la politique brésilienne. Dimanche soir, 12,5% des maires élus étaient des femmes, soit une augmentation de 31,5% par rapport aux élections de 2008. Elles sont désormais à la tête de 663 villes dont une capitale d’État, Boa Vista.
Dans son discours, Carmen Lucia, présidente du Tribunal Suprême Electoral, a loué l’organisation du scrutin sur l’ensemble du territoire soulignant l’efficacité du système de reconnaissance biométrique des électeurs déjà intégralement adopté dans les États de l’Alagoas et de Sergipe, dans le Nordeste. Malgré le remplacement en urgence de plusieurs centaines d’urnes défectueuses, la nouveauté a été bien acceptée par la population qui y voit un moyen de rendre plus sûr le vote. Par la reconnaissance biométrique il est désormais impossible pour un électeur de se faire passer pour un autre.
La magistrate a longuement insisté sur les résultats de la campagne « Ficha Limpa » dont l’objectif est de donner aux électeurs toutes les informations sur les candidats en lice et notamment leur situation vis à vis de la justice électorale. Le but est de limiter l’élection de candidats déjà jugés pour corruption ou d’autres crimes. Pour Carmen Lucia, « la Ficha Limpa a rassuré les électeurs, mais les efforts doivent être doublés pour qu’ils soient mieux informés ».

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