Des prêtres de la CPT défendent l’action directe pour la Réforme Agraire

Photo : Marcos Tothi

A la commémoration des 30 ans de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), à São Paulo, des religieux, des députés et des sans-terre se remémorent l’organisation paysanne comme un des facteurs qui "a sauvé le pays de l’effondrement". Dans un moment de décontraction, un prêtre lance la candidature de D. Tomas Balduino, l’actuel président de l’entité, au titre de "vice-Pape".

São Paulo - En fêtant ses 30 ans en 2005, la Commission Pastorale de la Terre (CPT) est aujourd’hui la plus ancienne organisation à agir avec les petits agriculteurs et les sans-terre dans tout le pays. Référence dans les questions de collecte de données, de dénonciation des conflits dans les campagnes et du travail esclave, elle a été l’une des premières pastorales sociales nationalement organisées et influentes de l’Église catholique, stimulant la création tant de pastorales urbaines que du Mouvement des Travailleurs Agricoles Sans Terre (MST) lui-même.

La rappel de la dette historique envers la CPT a été fait ce vendredi (15 avril) à l’Assemblée Législative de São Paulo en l’hommage de ses 30 ans, une initiative des députés du PT Renato Simões et Simão Pedro, tous deux de la Commission d’Agriculture de la Chambre. En rappelant la première action officielle dans le but de créer la CPT - une initiative de Dom Helder Câmara et 24 autres évêques du CNBB en 1973 -, le coordinateur national de l’entité de São Paulo, le prêtre Antonio Navires, a expliqué qu’en fonction de la répression politique et sociale de la dictature militaire de l’époque, la préoccupation des religieux était grande : "Si nous ne faisons rien devant les actions de la dictature, des multinationales en zone rurale, dans 20, 30 ans, nous aurons la barbarie dans le pays".

"Il y avait la préoccupation de créer quelque chose, quelque activité auprès des agriculteurs, et nous avons créé la première pastorale. L’objectif, depuis le début, était d’assister, de participer et de dynamiser les luttes paysannes, et nous avons réussi à le faire dans le Centre-Ouest et dans le Nord. Dans le Nord-Est, où nous prétendions travailler la question des migrations, nous avons failli parce que la répression a tué tout le monde. Au début des années 80, nous venions de créer des commissions dans tout le pays, et à partir de là s’est produite la grande bénédiction pour le pays : la naissance du MST", relate Naves. Et il achève : "Aujourd’hui, nous travaillons sur deux phrases bibliques : « Allez aux carrefours de ce pays et invitez tous ceux qui le veulent à lutter pour une vie meilleure ». Et « Qui enlève le pain du pauvre est un assassin ». Ceci est adressé au Judiciaire, qui continue de contrecarrer la réforme agraire, et au gouvernement, pour sa lenteur".

Un des activistes les plus dynamiques de la CPT à l’intérieur de l’état de SP, le prêtre belge Francisco Vannerom, connu sous le nom de Prêtre Chico, de Ribeirão Preto, s’est entousiasmé avec la commémoration. "Ce qui arrive ici est tout aussi important que ce qui arrive à Rome. Le choix d’un nouveau pape est très important, mais rappeler les 30 années de la CPT est aussi important, surtout que nous rassemblons ici aussi une bonne quantité de prêtres. Nous ne savons pas comment avoir un candidat pape, c’est clair, mais nous pourrions envoyer une lettre à Rome et suggérer une nouvelle fonction de vice-pape, avec la candidature de Dom Tomas Balduíno [le président actuel de la CPT]", a-t-il blagué.

Poursuivant sur le pontife, Prêtre Chico a affirmé qu’il avait choisi le mauvais jour pour mourir, car la CPT et 400 familles de sans-terre avaient planifié pour 2 avril une grande action pour la règlementation d’une surface désappropriée par le gouvernement fédéral en décembre dernier. "Toute la presse locale voulait des entrevues, mais ils s’intéressaient seulement au pape, il n’y a pratiquement pas eu d’opportunités de parler de note action", a provoqué le prêtre.

Exigences

Invités pour participer à l’hommage, le coordinateur national du MST, Delvek Mateus, et le député fédéral Luis Eduardo Greenhalgh (PT-SP), en ont profité pour faire des revendications politiques. "Cette semaine, le Ministère du Développement Agraire a finalement divulgué un tableau actualisé des indices de productivité des grandes propriétés, maintenant nous avons besoin que les députés ici présents se mobilisent pour son approbation", a-t-il exigé. Greenhalgh, quant à lui, a défendu l’expropriation des terres où l’on constate non seulement le travail esclave - le PEC (Projet d’amendement Constitutionnel) du Travail Esclavagiste est en train d’être transmis au Congrès - mais aussi des propriétés appartenant aux commanditaires de crimes contre les défenseurs des droits de l’homme, comme Soeur Dorothy.

Conflits ruraux

Ce vendredi également, la CPT nationale a annoncé la divulgation du rapport sur les Conflits en Zone Rurale de 2004. La publication est éditée annuellement et rapporte les données sur les conflits relatifs à la terre - violences, comme les expulsions - et les chiffres de violence contre des personnes - comme les meurtres, les menaces de mort et les emprisonnements. Il y a aussi un chapitre sur le travail esclave et les conflits relatifs à l’eau, entre autres.

Pendant le lancement du rapport, qui aura lieu mardi prochain (le 19), à 10h20, au siège de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil (CNBB) et qui apportera les premières données de l’année de 2005, seront présentes des personnes menacées de mort parce qu’ils défendent les droits des travailleurs agricoles ou dénoncent le travail esclave, ainsi que la veuve du commissaire aux comptes du Ministère du Travail, Nelson José Da Silva, assassiné à Unaí, Minas Gerais, en 2004.

Par Verena Glass - Agência Carta Maior - 15/04/2005

Traduction : Bettina Balmer et G. da Costa pour Autres Brésils

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